Qu’est-ce que
l’enfer ? Y va-t-on ? Et si oui, pourquoi ?
« Le monde sera probablement
transformé en…un vaste océan de feu, dans lequel les méchants seront
engloutis…leurs têtes, leurs yeux, leurs langues, leurs mains, leurs pieds,
leurs reins, et leurs organes vitaux seront à jamais emplis d’un feu
incandescent et dévorant…ils éprouveront à jamais les tourments…sans aucun
répit du tout, et ils n’en seront jamais, jamais délivrés ». (1)
Cette effrayante description de
l’enfer du feu éternel vient de la plume de Jonathan Edwards (1703-1758), le
théologien chrétien le plus influent de l’Amérique coloniale, et l’un de ses
prédicateurs les plus puissants. Les sermons d’Edwards, tel que « Pécheurs
aux mains d’un Dieu en colère », enseignaient que les non-repentants et
les laxistes sur le plan spirituel termineront leurs jours dans le feu
inextinguible d’un enfer. On peut comprendre pourquoi les gens à l’écoute
d’Edwards – ou des autres prédicateurs au message similaire – pouvaient gémir
et hurler d’effroi, comme certains le firent, et succomber à une terreur
hystérique, voire même devenir fous.
Cette particularité consistant à
prêcher sur le feu de l’enfer a été une tendance durable et courante dans la vie
de l’Eglise tout au long de la majeure partie de son histoire jusqu’à une
époque récente. Pourtant, aujourd’hui, vous n’entendrez probablement aucun
sermon dans l’Eglise qui traite d’un enfer de feu et de soufre.
Doit-on prêcher
l’enfer ou non ?
Un nombre croissant de
théologiens évangéliques – incluant F.F. Bruce (1910-1990), Michael Green, John
Stott, John W. Wenham, pour en citer quelques-uns – ont exprimé leur opposition
au point de vue traditionnel de l’enfer. Clark Pinnock, théologien canadien et
érudit biblique, n’a pas mâché ses mots dans le livre intitulé Quatre Vues
sur l’Enfer. Il a écrit : « Une torture éternelle est intolérable
d’un point de vue moral parce que cela dépeint Dieu agissant comme un monstre
assoiffé de sang, qui maintient un Auschwitz éternel pour Ses ennemis auxquels
Il ne permet même pas de mourir ». (2)
Bien que Pinnock se soit attiré
les foudres de certains de ses collègues les plus conservateurs, sa vision sur
la prédication d’un enfer de feu est partagée par beaucoup d’enseignants et
d’érudits chrétiens, même s’ils ne formulent pas leurs objections en des termes
aussi tranchés. Tout comme Pinnock et de plus en plus de personnes, ils
« considèrent le concept d’un enfer fait de tourment sans fin du corps et
de l’esprit comme étant une doctrine outrageuse » et une « énormité
théologique et morale ». (3) L’expression « énormité
morale » pourrait être un euphémisme quand nous considérons le fait que
certains de ceux qui enseignent un enfer de feu éternel enseignent aussi que Dieu
a choisi arbitrairement une faible minorité de gens seulement pour jouir d’une
vie céleste, et qu’Il a automatiquement, depuis l’éternité, livré tous les
autres gens à une destinée effrayante dans un enfer éternel.
Tous les enseignants et
théologiens chrétiens ne partagent pas l’idée qu’un enfer inextinguible servant
de chambre de torture soit un enseignement abominable. Certains insistent sur
le besoin de prêcher davantage sur l’enfer. Larry Dixon, un théologien qui a
écrit il y a quelques années dans le magazine Moody, a décrié le manque
de prédication au sujet du feu de l’enfer. « Quand avez-vous entendu un
sermon sur l’enfer pour la dernière fois ? » demanda-t-il.
« Dans votre témoignage pour Christ, avez-vous récemment mis en garde
quelqu’un au sujet du jugement éternel ? » (4) Les
théologiens Christopher W. Morgan et Robert A. Peterson disent que nous devons
« proclamer tout le conseil de Dieu – oui, ce qui inclut l’enfer – aux
chrétiens tout comme aux non-chrétiens ». (5)
Dixon croit – tout comme certains
enseignants chrétiens le croient aujourd’hui et l’ont cru tout au long de
l’histoire de l’Eglise – que les gens ont besoin d’être poussés par la peur
pour les amener à s’engager pour Christ. Il affirme : « Les
Nord-Américains autosuffisants n’écouteront jamais vraiment l’Evangile si nous
ne les avertissons pas dans une certaine mesure au sujet du jugement ».
Son point de vue est : « Si nous ne parlons que d’amour et de
certitude, les païens rassurés écouteront poliment pendant un temps, diront
qu’ils sont contents pour nous, et continueront à suivre leur voie ». Il
conclut en disant : « A moins qu’ils ne redoutent Son courroux,
beaucoup ne chercheront pas Son amour ». (6)
Cette approche semble supposer
que les Américains ne croient pas déjà en leur for intérieur qu’il existe une
sorte « d’enfer ». Cette hypothèse s’avère erronée. Dans pratiquement
tous les sondages effectués ces dernières années, une majorité d’Américains
disent qu’ils croient vraiment en un enfer réel. Selon un sondage Gallup effectué
à la mi-2007, 69 pour cent des sondés ont dit croire en un enfer. Dans certains
sondages, le pourcentage des personnes exprimant leur croyance en un enfer a
même été plus élevé. (7)
Alors, si les gens n’ont pas
entendu parler de l’enfer par une Eglise, d’où vient la croyance d'une personne
au sujet de l’enfer ? En fin de compte, elle vient de la Bible puisque la
Bible est la source d’information originelle au sujet de l’enfer. Le problème
est que beaucoup de désinformation a été mélangée avec l’enseignement biblique
sur l’enfer. Trop souvent, Dieu a été dépeint comme un Juge courroucé, prêt à
jeter les gens dans les tourments de l’enfer à la moindre provocation.
Mais c’est incontestablement un
point de vue non-biblique au sujet de Dieu et de l’enfer. Le Nouveau Testament
atteste que Dieu n’a pas l’intention de condamner les gens à
« l’enfer » sans autre forme de procès. Son but est de nous sauver
de nos péchés et de guérir notre chute spirituelle.
Parvenir à une perspective sur
l’enfer
Quand vous lisez le Nouveau
Testament, vous trouvez que l’enfer est incontestablement un sujet mineur. On
peut littéralement compter sur ses doigts et ses orteils les passages qui
parlent directement de l’enfer. Cependant, il est vrai que chaque auteur du
Nouveau Testament a quelque chose à dire d’une façon indirecte au sujet de
l’enfer en parlant d’un futur jugement sur quiconque rejette volontairement la
grâce aimante de Dieu et la vie agréable que Dieu projette depuis l’éternité de
donner à Ses enfants humains.
Voici un passage de Matthieu,
chapitre 25, verset 41 – qui sont les paroles de Jésus – au sujet de quiconque
demeure infidèle : « Retirez-vous de moi, maudits; allez dans le feu
éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges ». Dans
Marc, chapitre 9, verset 43, Il a parlé de ceux qui pourraient « aller
dans la géhenne, dans le feu qui ne s’éteint point ». Le livre des
Hébreux parle d’une « attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu
qui dévorera les rebelles » (Hébreux 10 : 27).
Ainsi, l’enfer est un sujet
sérieux, et nous ne voudrions donc pas le sous-estimer, parce que le témoignage
de l’Ecriture ne le sous-estime pas. Nous devons réfléchir sérieusement sur le
fait qu’une sorte d’enfer existe bien, quelle que soit sa nature, si nous
croyons au témoignage de la Bible. La question demeure celle-ci : Quelle
sorte d’enfer enseigne réellement la Bible, et qui y va vraiment ?
Beaucoup de chrétiens ont un
point de vue légaliste au sujet de la relation de Dieu avec l’humanité. Ils
voient Dieu comme un Juge qui condamne, qui est en colère avec le monde, et qui
envoie les « mauvaises gens » dans les flammes de l’enfer pour toute
l’éternité. Il emmène seulement les « bonnes personnes » avec Lui
vers une félicité céleste éternelle.
Dieu est pour nous, pas contre
nous
Le témoignage de l’Ecriture nous
donne un tableau entièrement différent. Il nous dit que le Dieu Trine a ouvert
la porte de Son amour approbateur à tout le monde. Dieu, qui est amour
(I Jean 4 : 8), est tellement appliqué à sauver
l’humanité de la destruction du péché qu’Il a Lui-même pris la condition
humaine. Il est entré dans Sa création en tant qu’être humain dans la Personne
de Son Fils.
Jésus, Dieu dans la chair, a
revêtu notre nature humaine déchue et l’a refaçonnée à Son image parfaite et
juste, en pardonnant et détruisant le péché humain. Paul dit que, en Christ,
nous sommes en mesure de « revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu
dans une justice et une sainteté », ce qui signifie que nous sommes Sa
propre œuvre, créée en Christ à Son image (Ephésiens 4 : 24).
Tout est fait par Dieu pour nous et en nous à travers Christ et par l’Esprit.
Robert Farrar
Capon, prêtre épiscopalien aujourd’hui retraité, et auteur de beaucoup de
livres sur des thèmes chrétiens importants, écrit ceci : « Les
vieilles balivernes au sujet du ciel destiné aux bons gars et de l’enfer pour
les mauvais types sont complètement fausses. Le ciel est entièrement peuplé de
pécheurs pardonnés… et l’enfer est entièrement peuplé de pécheurs pardonnés !
La seule différence entre les deux groupes est que ceux qui sont au ciel
acceptent le pardon, et ceux en enfer le rejettent ». (8)
Les mots de Capon sont en
résonance avec les Ecritures. En Christ, Dieu a réconcilié l’humanité avec
Lui-même, alors même que les gens étaient encore Ses ennemis et dans les
ténèbres spirituelles. « Lorsque nous étions encore des pécheurs,
Christ est mort pour nous », est la manière dont l’apôtre Paul
l’affirme (Romains 5 : 8). Paul dit à nouveau que même quand les
gens haïssaient Dieu dans leur cœur et qu’ils étaient totalement ignorants de
Sa promesse éternelle pour toute l’humanité, ils ont « été réconciliés
avec Dieu par la mort de son Fils » (Romains 5 : 10).
Paul soutient que ce don de la
grâce et de l’amour de Dieu est universel – destiné à tout le monde ! « Car
Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, en n’imputant point
aux hommes leurs offenses » (II Corinthiens 5 : 19) est la
façon dont Paul exprime l’amour miséricordieux de Dieu pour nous. En fait,
selon Paul, toutes choses dans les cieux et sur la terre ont été
réconciliées avec Lui en Christ
(Colossiens 1 : 19 – 20).
Quel est le rapport entre ceci et
l’enfer ? Si nous parlons au sujet de comment une personne pourrait
terminer en enfer, séparée de Dieu, nous devons premièrement comprendre que
ceci est totalement contraire à ce que Dieu veut pour tout le monde. C'est
pourquoi Il a déjà agi afin de sauver tout le monde. Personne n’a jamais
besoin d’aller en enfer, excepté par son propre choix entêté.
Qui va en enfer, et pourquoi
Capon affirme : « Quoi
que ce soit que nous disions au sujet de l’enfer, cela doit être dit sous la
rubrique d’une réconciliation universelle et effective de toutes choses en
Christ. Si nous choisissons d’expliquer ce qu’est l’enfer, nous devons
dire d’une façon ou d’une autre que Jésus accepte notre choix de l’enfer sans
vouloir que nous y allions par un quelconque déterminisme ». (9)
Dieu veut que tout le monde soit sauvé, et qu’il expérimente à jamais la joie
de la communion avec Lui. Mais l’amour n’est pas de l’amour s’il est forcé.
Dieu nous laissera, au final, avoir ce que nous voulons vraiment. Comme C.S.
Lewis l’a écrit : « Il y a deux sortes de gens : ceux qui
disent à Dieu « Que Ta volonté soit faite », et ceux à qui Dieu dit
« Que ta volonté soit faite » ». (10)
Avec la compréhension
théologique, l’enfer n’est pas une prison ou un endroit où Dieu envoie les gens
qu’Il hait. L’enfer est un état de déni de qui est Dieu et du but pour lequel
Dieu nous a créés : être réconciliés en Christ, dans une relation
éternelle avec Lui, en partageant Sa vie. L’enfer c’est refuser d’accepter
l’amour de Dieu, en préférant plutôt le monde égoïste que nous avons fait.
Ceux qui sont en enfer y sont
parce qu’ils ne veulent pas de communion avec le Dieu qui les a faits et qui
les aime. Ceux qui sont au ciel y sont parce qu’ils remettent leur sort au
Christ, qu’ils L’acceptent comme Sauveur, Le suivent comme Seigneur, et se
confient en Sa grâce aimante et gratuite. Lewis a écrit : « Aucune
âme qui désire sérieusement et constamment la joie ne la manquera jamais. Ceux
qui cherchent trouvent. A ceux qui frappent, on ouvre ». (11)
Les gens en enfer y sont en
dépit de la volonté de Dieu pour eux, et non à cause d’elle. Ils ont ce qu’ils
veulent, et non ce que Dieu veut pour eux.
Dieu ne condamne personne à
l’enfer par un décret prédéterminé. Le témoignage de l’Ecriture nous donne la
glorieuse bonne nouvelle que Dieu notre Sauveur « veut que tous les
hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité »
(I Timothée 2 : 4), « ne voulant pas qu’aucun
périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance »
(II Pierre 3 : 9).
L’enfer est un désastre lugubre,
tragique, morne et non nécessaire. Il est en totale contradiction avec ce que
Dieu veut pour nous. Un pasteur chrétien a résumé un jour ce que signifie
d’être avec Dieu par opposition à choisir d'être sans Dieu en enfer. Il a
simplement dit « Le ciel, c’est bon-on-on-on ; l’enfer, c’est ma-a-a-a-al ». Amen à
cela ! o
Notes de renvoi
1. Jonathan Edwards, The Works of President Edwards, vol. 7
(Worcester, Mass.: Isaiah Thomas, 1809), pp. 486-502.
2. William Crockett, editor, Four Views on Hell (Zondervan,
1992), p. 149.
3.
Christopher W. Morgan and Robert A Peterson, Hell Under
Fire (Zondervan, 2004), p. 34.
4. Larry
Dixon, "Whatever Happened to Hell?" Moody magazine, June 1993,
p. 26.
5. Morgan
and Peterson, p. 240.
6. Ibid, quotes from pgs. 28-29.
7. Gallup
Poll conducted May 10-13, 2007.
8. Robert Farrar
Capon, The Mystery of Christ …And Why We Don’t Get It (Eerdmans, 1993)
p. 10.
9. Robert
Farrar Capon, Between Noon and Three (Eerdmans, 1997), p. 269.
10. C.S.
Lewis, The Great Divorce (Simon & Schuster, 1996 edition), p. 72.
11. Ibid.
Tous droits réservés © Eglise Universelle de Dieu
Novembre 2008 – contact@lemondeavenir.com
Titre original : Sinners in the Arms of a
Loving God
Christian Odyssey - avril-mai
2008
Source : http://www.christianodyssey.com/08/lovinggod.htm