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Leadership des femmes dans l'église
6ème partie C
Joseph Tkach
 

Le Cercle Masculin des Apôtres

Comme l'indiquent les témoignages des parties A et B de cette étude, les érudits s'accordent généralement pour dire que Jésus traitait les femmes avec respect, comme des personnes de la même importance spirituelle que les hommes. Sur ce point, les érudits en faveur de l'ordination des femmes s'accordent avec ceux qui s'y opposent. Il y a un aspect important du ministère de Jésus sur lequel ils ne s'accordent pas : ce sont les implications du fait que Jésus choisit seulement des hommes pour faire partie des Douze. Par exemple, James Borland écrit que :

Jésus démontra qu'il existe une distinction claire dans les rôles entre hommes et femmes. Nulle part ce sujet n'est plus clair que dans le choix que fit Jésus d'avoir seulement des hommes comme apôtres…. Lorsque des sujets moraux étaient en jeu, Jésus ne se soumettait pas à la pression culturelle. Ce n'était pas la coutume sociale ou la pression culturelle qui amena Jésus à nommer un groupe d'apôtres entièrement masculin. S'il l'avait voulu, Il aurait facilement pu désigner six hommes et leurs épouses comme apôtres…

La culture juive acceptait les femmes à des positions de leadership. Juste trois décennies avant qu'Hérode le Grand prenne la succession en tant que roi, Israël fut gouverné pendant des années par la reine Alexandra. Le fait qu'un juge occasionnel (Débora, Juges 4 – 5), ou qu'une gouvernante (Athalie, II Rois 11 : 3) fut une femme démontre aussi que le leadership féminin était possible. [40]

Puisque Jésus avait la volonté de rompre avec les coutumes sociales et que la culture juive permettait parfois qu'il y ait des leaders féminins, alors Jésus dut avoir eu une bonne raison de choisir seulement des hommes, et cette raison, selon Borland, c'est que les leaders de l'Eglise devaient tous être des hommes. « Même si beaucoup de femmes ont d'excellentes qualités pour exercer un leadership, malgré cela Dieu établit clairement des distinctions dans les rôles quand il s'agit d'exercer un apostolat ou un ministère. » [41]

Cependant, les égalitaires [partisans de l'égalité hommes-femmes] répondent que les apôtres étaient non seulement des hommes mais qu'ils étaient aussi des Juifs, et cela indique une limitation culturelle qui ne s'applique pas aujourd'hui au leadership dans l'Eglise. Jésus n'a pas choisi non plus un homme Samaritain pour être apôtre, à cause des limitations culturelles dans lesquelles Il opérait.

Un fait théologique nécessitait la judaïté des disciples : Jésus n'avait été envoyé que vers les Juifs (Matthieu 15 : 24), et nous avons de bonnes raisons bibliques pour comprendre que ceci était une limitation temporaire. La Bible montre que l'Eglise débuta en étant entièrement juive ; il n'est donc pas surprenant que les leaders étaient tous Juifs.

Cependant, Borland signale un fait important : « L'Eglise ne commença pas par des hommes seulement, pour ensuite devenir mixte. Des hommes et des femmes furent disciples de Christ dès le début, » et pourtant les femmes ne furent pas choisies comme leaders. Deuxièmement, contrairement à l'entière judaïté du leadership, le leadership masculin fut perpétué par ceux que Christ enseigna à l'origine, qu'Il forma et auxquels Il confia le futur leadership de Son Eglise. » [42]

Douze Hommes Juifs

Lorsque Jésus ne choisit que des hommes pour apôtres, cela reflétait-il une restriction permanente du leadership au sein de l'Eglise, ou était-ce dû à un besoin temporaire ? Jésus avait la volonté d'enseigner les femmes en public et en privé, et des femmes figuraient parmi ses disciples, mais Il ne les inclut pas parmi les Douze. Il y a de bonnes raisons de ne pas avoir un païen parmi les Douze, mais pourquoi pas une femme ?

Certains égalitaires ont répondu que Jésus était limité par sa culture. Mais comme le remarque Borland, il semble improbable que Jésus, qui rompit avec beaucoup de conventions religieuses, fut limité par sa culture.

Cependant, Jésus ne remit pas en cause toutes les coutumes sociales imparfaites de son époque. Il ne s'attaqua pas au gouvernement romain, ni à la coutume de l'esclavage. Au lieu de cela, Il utilisa des esclaves dans certaines de Ses paraboles sans faire une seule allusion par laquelle cette coutume n'était pas conforme à la volonté de Dieu. Oui, Jésus voulait remettre en cause la culture sur certains points, mais nous ne pouvons pas supposer qu'Il approuvait ce qu'Il n'a pas contesté. Toutefois, nous devons reconnaître que lorsque vint le moment de choisir les disciples, Jésus avait une opportunité de remettre en question la culture, mais Il ne le fit pas. Il traita les femmes en égales dans d'autres domaines, mais pas pour faire partie des Douze.

Les égalitaires soutiennent souvent qu'à valeur égale il doit y avoir égalité dans l'accès à tous les rôles, mais cela ne semble pas être une supposition valable. Le chrétien qui a le don de diriger n'a pas davantage de valeur pour Dieu qu'un chrétien qui a le don de servir. Un don peut avoir davantage de valeur qu'un autre pour exercer certaines fonctions dans l'Eglise, mais les personnes sont d'égales valeurs même si elles ne peuvent pas exercer les mêmes rôles. L'exemple de Jésus montre que, au moins dans certaines situations, ce n'est pas un péché de discriminer sur la base du sexe pour choisir les leaders dans une église.

Borland résume cet argument de la façon suivante : « Nous pouvons conclure que dans le choix des douze apôtres…dans le modèle de leadership masculin suivi par ceux que Jésus enseigna le plus intimement, et même dans les douze noms inscrits sur les fondations de la cité céleste, Jésus affirma clairement qu'il existe une distinction permanente des rôles entre les hommes et les femmes, et qu'aux hommes est dévolu un rôle permanent de leadership. » [43]

John Piper et Wayne Grudem écrivent : « Nous ne soutiendrions pas que Jésus ait favorisé un ministère uniquement masculin dans l'Eglise, simplement parce qu'Il a choisi douze hommes pour être Ses apôtres revêtus d'autorité. Mais cet argument serait pour le moins aussi valable que de soutenir que tout ce que Jésus a fait d'autre signifie qu'Il s'opposerait à un ministère de tous les hommes. » [44] En d'autres mots, Jésus n'a pas directement parlé au sujet du ministère, mais ce qu'Il a fait soutient la conclusion des conservateurs. Schreiner écrit : « Un apostolat masculin ne prouve pas que les femmes ne devraient pas servir comme leaders, mais quand on le combine avec l'autre évidence, cela permet de confirmer le point de vue favorable à la complémentarité des sexes. » [45]

Cependant, il y a un autre facteur à considérer : les disciples n'étaient pas seulement tous des Juifs, mais ils étaient exactement douze. Quand il y en eut seulement onze, Pierre dit qu'il était nécessaire de ramener le nombre à douze (Actes 1 : 22). Jésus était en train de former un nouveau peuple de Dieu, et les douze disciples représentaient les douze tribus d'Israël, et pour cette raison ils devaient être douze hommes. [46] Pour le symbolisme de ce groupe, il était nécessaire pour Jésus de discriminer les païens et les femmes. L'un des facteurs discriminants est maintenant obsolète, si bien qu'il est possible que l'autre facteur soit obsolète aussi. L'exemple donné par Jésus en cette matière est donc d'une importance incertaine.

Belleville commente le symbolisme biblique :

Douze hommes Juifs…représentent les douze tribus et leurs têtes patriarcales. Ce sont les douze apôtres qui s'assiéront sur des trônes, pour juger les douze tribus d'Israël (Matthieu 19 : 28 ; Luc 22 : 30). La nouvelle Jérusalem aura douze portes, douze anges, douze fondations et sur celles-ci les noms des douze apôtres (Apocalypse 21 : 12, 14). Il est important de ne pas établir un lien entre les douze apôtres et le leadership masculin dans l'Eglise. Le lien devrait plutôt être fait entre les douze apôtres et l'Eglise [entière] de Jésus-Christ. Ce ne seront pas des leaders masculins qui serviront de juges dans le futur, ni, en cette matière, des leaders féminins. Paul affirme : « Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde? …Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges? » (I Corinthiens 6 : 2 – 3). [47]

De plus, les douze apôtres ne représentent pas un modèle pour le futur leadership de l'Eglise. [48] Après que Jacques ait été tué, il n'y a pas eu de tentative de ramener le nombre à douze. Nous ne devrions pas supposer que le choix de douze apôtres juifs masculins constitue un modèle pour choisir les futurs leaders de l'Eglise, nous savons que cela n'établit pas un modèle ni par le nombre ni par l'ethnie, si bien que nous devrions être ouverts à la possibilité que cela n'établisse pas non plus un modèle par le sexe. Il nous faut voir ce que l'Eglise enseignait vraiment sur le sujet du leadership, et ce que les femmes faisaient réellement dans l'Eglise primitive.

Résumé

Dans leurs savants débats sur l'ordination des femmes, les érudits opposés sur la question tentent souvent d'avancer que chaque fragment de preuve confirme leur point de vue particulier, et dans certains cas il semble qu'ils s'efforcent de faire dire à certains passages des Ecritures ce qu'ils ne disent pas clairement.

Il semble préférable de reconnaître plutôt que certains aspects du débat penchent d'un côté, et certains aspects de l'autre, et nous espérons qu'admettre cela nous permettra d'examiner les preuves de façon plus objective, en permettant à chaque verset ou passage de transmettre son propre message. Nous pouvons résumer ici ce que nous avons trouvé dans cette étude et dans celles qui ont précédé :

— Dans Genèse 1, les hommes de même que les femmes sont faits à l'image de Dieu, favorisant ainsi, mais sans le prouver, le point de vue égalitaire.

— Dans Genèse 2, les conservateurs ont un argument raisonnable (quoique non décisif) que l'homme créé avant la femme puisse donc avoir l'autorité.

— Dans Genèse 3, la domination de l'homme sur la femme est présentée comme faisant partie de la conséquence du péché, en suggérant qu'une telle domination n'était pas l'intention de Dieu à l'origine.

— Dans l'Ancien Testament en général, des femmes endossaient parfois des rôles de leaders civils et elles proclamaient parfois la parole de Dieu, qui fait autorité par définition. Ceci favorise le point de vue égalitaire. Cependant, les femmes ne figuraient jamais dans la prêtrise, ce qui soutient le point de vue conservateur selon lequel Dieu ne permet pas aux femmes d'exercer certains rôles religieux.

— L'exemple de Jésus remet en cause le point de vue selon lequel les femmes sont subordonnées, mais il n'aborde pas de façon spécifique les rôles des sexes dans l'Eglise. Les conservateurs sont confortés dans leur position par le fait que Jésus fit des distinctions de sexe en sélectionnant seulement des hommes comme apôtres. Mais comme les érudits conservateurs l'admettent, cela ne prouve pas de façon exclusive leur point de vue selon lequel les femmes ne peuvent pas servir comme ministres, car d'autres explications sont possibles quant à savoir pourquoi Jésus a choisi douze hommes Juifs comme apôtres.

Dans les prochains articles, nous porterons notre attention sur ce qui arriva réellement dans l'Eglise primitive, et sur ce que le reste du Nouveau Testament dit sur les femmes dans l'Eglise.

Notes de renvoi  :

[40] Borland, 120-21. -retour-

[41] Borland, 120-21. -retour-

[42] Borland, 121. Ici, il cite Actes 1 : 21 et Actes 6 : 3, deux passages spécifiant les hommes. Nous remarquons aussi que Actes 6 : 3 fait appel aux hommes même si le besoin immédiat était de trouver des gens pour assurer le service auprès de femmes. -retour-

[43] Borland, 122. -retour-

[44] John Piper and Wayne Grudem, “An Overview of Central Concerns,” 67-68, les italiques ont été ajoutées. -retour-

[45] Schreiner, 196. -retour-

[46] Davidson, 176, citant Evelyn et Frank Stagg, Women in the World of Jesus (Philadelphia: Westminster, 1978), 123. La faiblesse de cette explication est que les disciples n'étaient pas originaires de toutes les tribus. Et s'ils ne représentaient pas exactement les douze patriarches par la généalogie, alors on pourrait affirmer qu'ils n'avaient pas besoin non plus d'être du même sexe. Mais la conclusion est encore la même : Puisque un facteur est obsolète, l'autre peut l'être tout autant. Nous devons nous tourner vers les épîtres pour discerner si c'est le cas. -retour-

[47] Belleville , 149. -retour-

[48] « Les Douze ne constituaient pas et ne fournissaient pas le modèle ou la charpente du leadership ou de l'autorité dans l'Eglise primitive, à part dans les tout premiers jours de l'Eglise de Jérusalem » (David Scholer, « Women, » in Dictionary of Jesus and the Gospels [ed. Joel Green et al.; InterVarsity, 1992], 886). -retour-

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