télécharger le fichier en pdf
Leadership des femmes dans l'église
10ème partie
Joseph Tkach
 

Pour beaucoup de gens, I Timothée chapitre 2, verset 12 est la preuve concise que les femmes ne devraient pas avoir de l’autorité dans l'Eglise. Selon eux, Paul ne permettait pas aux femmes d'enseigner ni d'avoir de l’autorité, et nous ne devrions pas le permettre non plus.

Cependant, il est évident que nous n'insistons pas sur la dernière partie du verset : « mais elle doit demeurer dans le silence ». Même Paul ne croyait pas que les femmes gardaient le silence en tout temps, même dans l’Eglise. Alors, dans cet article, nous allons examiner plus attentivement ce verset dans son contexte pour voir ce que Paul interdit réellement. Lors de notre examen approfondi, des questions se posent au sujet de la façon dont nous devrions appliquer ces paroles à l’Eglise d’aujourd’hui.

Ces versets sont importants, c’est pourquoi nous devons les étudier soigneusement, dans la prière, pour essayer d’éviter des erreurs. Comme nous l’avions noté au début de cette série d’articles, dans l’Eglise Universelle de Dieu nous voulons baser nos croyances et nos pratiques sur l’Ecriture. Nous ne voulons pas tordre les Ecritures.

En même temps, nous voulons reconnaître qu’il existe de réelles difficultés dans la compréhension de ce passage. Un érudit a écrit ceci : « On sous-entend parfois que la thèse hiérarchique est résumée entièrement dans I Timothée chapitre 2. Ce n’est manifestement pas le cas… Le seul apport de ce passage est de compliquer les choses, parce que les questions exégétiques sont tellement complexes ». [1]

A cause des difficultés de ce passage, l’article qui suit est vraiment long, même en utilisant des notes de renvoi pour citer certaines de nos sources importantes. Je vous encourage à lire soigneusement cet article, et à lire au moins le résumé qui se trouve à la fin.

Ma prière est que nous puissions tous examiner ce passage de l’Ecriture avec le désir sincère d’écouter ce que Dieu nous dit à travers lui.

 

Questions concernant I Timothée chapitre 2, versets 11 à 15

I Timothée chapitre 2, versets 11 à 12 dit ceci : « Que la femme écoute l'instruction en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre de l'autorité sur l'homme ; mais elle doit demeurer dans le silence ». Nous commencerons avec quelques observations au sujet de ces versets, en notant les points où nous avons besoin de davantage de clarification :
1) Paul ne croyait pas que « la femme…doit demeurer dans le silence » en tout temps. Il dit que les femmes peuvent prier et prophétiser dans un service cultuel (I Corinthiens 11). Il peut y avoir une différence entre prophétiser, que Paul autorisait, et enseigner, qu’il n’a pas autorisé – ou une situation spéciale à Ephèse peut avoir nécessité le silence.

2) La Bible n’enseigne pas que les femmes ne peuvent jamais avoir de l’autorité sur les hommes. L’Ecriture permet aux femmes d’exercer une autorité civile sur les hommes [2] et d’avoir de l’autorité sur les enfants mâles, les adolescents mâles, et éventuellement sur d’autres personnes. De nouveau, nous devons déterminer à quelle situation Paul était confronté, et si cela s ‘applique à l’Eglise d’aujourd’hui.

3) Quand Paul dit : « Je ne permets pas… », il expose sa position pour les Eglises de sa juridiction. Cela peut impliquer que toutes les Eglises au cours des siècles subséquents devraient avoir une politique similaire – ou il se peut que tel ne soit pas le cas.

4) I Timothée chapitre 2, verset 11 dit qu’une femme devrait écouter avec « une entière soumission ». Cependant, l’Ecriture n’enseigne pas qu’une femme doive être dans une entière soumission avec tous les hommes. Alors, nous devons déterminer de quelle sorte de soumission parle Paul.

5) I Timothée chapitre 2, verset 12 n’utilise pas le mot grec normal pour autorité (exousia) – il utilise le rare verbe grec authenteō. Nous devons déterminer s’il y a une différence de signification entre ces deux mots.

6) Aux versets 13 à 15, Paul apparaît donner des raisons pour ce qu’il dit au verset 12. Mais les raisons données créent des questions additionnelles :
a) Le verset 13 dit qu’Adam a été formé le premier, mais cela n’explique pas pourquoi ce devrait être une raison pour éviter que les femmes exercent de l’autorité spécifiquement dans l’Eglise, alors que les femmes peuvent avoir de l’autorité dans un gouvernement civil.
b) Le verset 14 dit qu’Adam n’a pas été séduit – suggérant ainsi qu’il a péché délibérément. Cela n’explique pas pourquoi c’est une raison pour que les hommes aient de l’autorité.
c) Le verset 15 dit que la femme « sera néanmoins sauvée en devenant mère », mais cela n’a aucun rapport avec le salut spirituel ou la protection physique.

7) I Timothée chapitre 2 aborde différents sujets culturels. Paul veut que l’on prie pour les rois, que les hommes prient en élevant des mains pures, que les femmes évitent les tresses, les bijoux et les habits somptueux. Nous devons définir si nous devons prendre le verset 12 comme une ligne de conduite permanente alors que nous ne prenons pas les versets 8 et 9 comme telles.

8) La lettre de Paul donne à Timothée des conseils pastoraux sur une variété de sujets, alors que ce dernier fait face à une controverse à Ephèse (I Timothée 1 : 3). Certains conseils semblent applicables à toutes les Eglises de toutes les époques, mais d’autres remarques semblent spécifiques à la situation de Timothée.[3] Il convient de déterminer si nous devons prendre I Timothée chapitre 2, verset 12 comme une politique permanente, alors que nous ignorons essentiellement le conseil de Paul d’établir une liste des veuves de plus de 60 ans, dans I Timothée chapitre 5, verset 9.
9) Dans I Timothée chapitre 6, versets 1 et 2, Paul recommande aux esclaves d’être soumis à leurs maîtres, spécialement si les maîtres sont chrétiens. Nous devons définir si le conseil que Paul adresse aux femmes d’être soumises est également fondé sur une situation culturelle qui n’est plus universellement vraie.

La plupart de ces observations et questions sont venues des gens qui désapprouvent l’interprétation traditionnelle. Cela n’est pas surprenant, parce que sur presque tous les sujets, les gens qui sont satisfaits de l’opinion traditionnelle sont peu motivés à demander davantage de détails. Cependant, les demandes de clarification sont légitimes, et nous avons besoin de réponses raisonnables. Nous commencerons en présentant l’opinion des traditionalistes ou des partisans de la complémentarité[4], puis les objections des partisans de l’égalité[4], et finalement nous aurons une discussion pour examiner si les objections sont raisonnables.

L’opinion traditionaliste [5]

L'érudit James Hurley affirme que I Timothée était destiné à donner des instructions applicables à toutes les Eglises de toutes les époques :

Il est universellement admis que I Timothée était destiné à fournir un exposé clair concernant certains sujets que son auteur, que je pense être Paul,[6] estimait nécessiter de l'attention… Paul a écrit… « comment il faut [dei] se conduire » (I Timothée 3 : 15). Dei est un verbe impersonnel signifiant « on doit » ou « on devrait »… Ici, l’utilisation par Paul du mot dei est la preuve présomptive qu’il considérait ce qu’il disait comme étant normatif au-delà de la situation immédiate… Le langage sommaire de Paul indique que ses instructions devraient avoir une application générale plutôt que strictement limitée... Il prononce « des paroles fiables dignes d’une pleine acceptation »… Seule la dernière section du cinquième chapitre est nettement restreinte à Timothée.[7]

Thomas Schreiner, un autre érudit traditionaliste, est plus circonspect : «  Les lettres ne devraient pas nécessairement être comprises comme des feuilles de route intemporelles pour l’Eglise, mais elles doivent être interprétées à la lumière des circonstances spécifiques qui les ont occasionnées ».[8] Bien que certaines parties des lettres traitent des enseignements déviants propres à des situations spécifiques, il dit que les lettres dans leur ensemble « reflètent le souci d’une gouvernance qu’il espérait exister dans ses Eglises ».[9] T. David Gordon écrit : « Les épîtres pastorales sont…écrites dans le but de fournir une instruction sur l’ordre dans les Eglises à la fin de l’ère apostolique ». [10]

James Hurley note que I Timothée chapitre 2 traite de la prière et du culte. En se référant à « la posture de l’époque pour prier », Paul exhorte les hommes à prier de façon pacifique. En particulier, il voulait qu’ils évitent la colère et les mauvaises pensées.[11] Puis, Paul conseille aux femmes d’éviter les styles ostentatoires dans l’habillement et la coiffure. « Les deux sexes doivent mener des vies saintes faites de bonnes œuvres. La différence entre les commandements adressés aux deux sexes nous donne une indication des grands problèmes du moment ».[12] Les instructions de Paul « sont, dans une certaine mesure, relatives à la culture », mais elles sont basées sur les principes intemporels que sont l’humilité et un bon comportement.

James Hurley affirme :
« Paul n’interdit pas tous les bijoux et les tresses. Il se réfère plutôt aux styles de coiffure élaborés qui étaient alors à la mode parmi les gens aisés… Il parlait probablement des « cheveux tressés et décorés d’or et de perles »… La soumission à ce commandement de Paul ne requiert aucune aptitude ou connaissance exégétique subtile au sujet des coutumes de l’époque de Paul ; cela requiert seulement de savoir évaluer quel ornement est excessivement coûteux, immodeste ou impropre. Les chrétiens…n’ont pas besoin de laisser de côté les instructions de Paul comme étant plus ou moins « liées à la culture ». [13]

Puis, Paul aborde un autre aspect du comportement convenable pour les femmes : elles devraient écouter l’instruction en silence et avec soumission. Douglas Moo observe : « Que Paul veuille que les femmes chrétiennes apprennent est un point important, car une telle pratique n’était généralement pas encouragée par les Juifs ». [14] James Hurley affirme que « Paul n’est pas en train d’énoncer une préférence personnelle ; c’est un commandement que Paul donne au verset 11. Le mot grec « ne signifie pas silence mais il porte une connotation de calme et de tranquillité… Paul n’est pas en train…d’appeler à garder la « bouche cousue » mais à avoir une réceptivité paisible et à se soumettre à l’autorité ».[15] « L’intention n’est pas un silence absolu, mais plutôt un comportement doux et paisible ».[16]

Pourquoi Paul a-t-il estimé nécessaire d’écrire ce verset ? L’exégète Douglas Moo dit : « Presque certainement, le verset 11 est nécessaire parce qu’au moins certaines femmes n’écoutaient pas l’instruction « en silence »… Le fait que ce verset soit dirigé seulement vers les femmes, et que les versets 12 à 14…se concentrent sur la relation entre hommes et femmes, nous incline à penser que la soumission évoquée ici est aussi cette soumission des femmes au leadership masculin ». [17] « Il est certainement possible que l’interdiction soit donnée parce que certaines femmes enseignaient des hommes ». [18]

Pourquoi faire taire seulement les femmes ? Etait-ce parce que la femme moyenne n’était pas aussi éduquée que l’homme moyen ? Non, parce que la société gréco-romaine avait certaines femmes éduquées et beaucoup d’hommes illettrés. [19] Si l’éducation était le problème, alors il serait incohérent que Paul fasse taire les femmes mais qu’il ne dise rien au sujet des hommes non éduqués. [20]

Certaines inscriptions en Asie Mineure montrent que des femmes exerçaient la fonction de grandes prêtresses dans certains temples – ainsi donc, le fait que des femmes exercent une autorité ne constituait pas un scandale culturel ; ce qui amène Wayne Grudem à conclure que la directive de Paul doit avoir été basée sur la Loi de Dieu, et non sur des opinions culturelles.[21]

Cependant, cela ne signifie pas que les femmes ne devraient pas parler dans l’Eglise. James Hurley écrit : « Les femmes étaient certainement libres de parler dans les Eglises pauliniennes (I Corinthiens 11). Ici, dans I Timothée chapitre 2, Paul parle seulement des occasions d’enseigner ».[22] Pour soutenir cette interprétation, il note que le verset 12 est une répétition conceptuelle du verset 11. Apprendre équivaut à ne pas enseigner, et la soumission équivaut à ne pas avoir d’autorité. Tout comme Paul veut que les femmes apprennent avec soumission, il ne veut pas qu’elles enseignent d’une façon magistrale. [23] James Hurley conclut que le verset signifie « que les femmes ne devraient pas enseigner magistralement dans l’Eglise », et il associe cela à la fonction d’ancien. James Hurley affirme que Paul n’a pas interdit tout enseignement par les femmes. « Ce que Paul a donc désapprouvé, c’est simplement l’exercice de l’autorité sur les hommes ».[24] Werner Neuer écrit : « Paul exclut les femmes de la fonction d’enseignantes parce qu’enseigner la congrégation assemblée placerait nécessairement ces femmes au-dessus des hommes ». [25]

Douglas Moo reconnaît que le verbe « permettre » est au temps présent, ce qui pourrait laisser entendre une situation temporaire, [26] mais un verbe conjugué au présent peut aussi être utilisé pour un commandement permanent (par exemple, Romains 12 : 1). La grammaire ne permet pas de décider si Paul exprime une interdiction temporaire ou une règle permanente, mais seul le contexte le permet. Douglas Moo note ceci : « Le conseil de Paul à Timothée est la parole d’un apôtre, accrédité par Dieu, et figurant dans les Ecritures inspirées ».[27] Même un verbe à l’indicatif – une déclaration – peut être utilisé pour sous-entendre un commandement, comme Paul le fait aux versets 1 et 8 de I Timothée chapitre 2. [28]

Quelle sorte d’« enseignement » n’est-il pas autorisé ? Le mot grec pour « enseigner » peut se référer à un ministère que n’importe quel croyant pourrait accomplir (Colossiens 3 : 16), mais cela se réfère plus souvent à un don spécial associé au leadership dans l’Eglise (Ephésiens 4 :11). « Dans les épîtres pastorales, l’enseignement a toujours ce sens restrictif d’instruction doctrinale magistrale » [29] (par exemple, I Timothée 2 : 2). L’enseignement était une partie importante de la fonction d’un ancien (I Timothée 3 : 2).

Cependant, dans les Eglises Protestantes, l’autorité est basée sur l’Ecriture, pas sur le prédicateur. La prédication moderne comporte-t-elle la même sorte d’autorité ? Douglas Moo soutient qu’il en est ainsi, puisque « il est improbable que l’ajout d’une norme écrite faisant autorité ait altéré de façon significative la nature de l’enseignement chrétien. Toute autorité détenue par un enseignant est dérivée…mais l’activité d’enseigner fait autorité, précisément parce qu’elle est destinée au peuple de Dieu avec l’autorité de Dieu et de Sa Parole ». [30]

Quelle est la différence entre la prophétie (permise aux femmes, selon I Corinthiens 11) et l’enseignement (qui ne leur est pas permis, selon I Timothée 2 : 12) ? Neuer dit ceci : « Par opposition à la prophétie, qui est liée à des situations spécifiques et qui, selon Paul, est sujette à l’évaluation de la congrégation, l’enseignement est contraignant et de validité générale, de sorte que la congrégation doit s’y soumettre (cf. Romains 6 : 17 ; Romains 16 : 17 ; I Corinthiens 4 : 17 ; I Corinthiens 15 : 15 ; Colossiens 2 : 6 – 7 ; II Thessaloniciens 2 : 15) ». [31] Grudem dit que l’enseignement est basé sur la transmission des enseignements apostoliques, alors que les prophéties peuvent comporter des erreurs et doivent être évaluées. [32] Schreiner est réticent à accepter la définition de la prophétie donnée par Grudem, comme étant « mélangée d’erreur ». Mais il affirme que la prophétie est différente de l’enseignement, qu’elle est verticale plutôt qu’horizontale, et qu’elle est plus spontanée. « La prophétie s’applique à des situations spécifiques, et elle est moins liée à la conscience de l’individu ». [33]

Quelle sorte d’autorité n’est-elle pas permise ? Ici, Paul n’utilise pas le mot grec normal (exousia) pour désigner l’autorité, mais un mot rare (authenteō). Les érudits traditionalistes affirment que la signification est la même : « avoir autorité sur ». [34] « Les deux mots sont utilisés de façon synonyme dans au moins huit contextes différents ».[35] Köstenberger analyse toutes les constructions de type « ni…ni… » dans le Nouveau Testament, et il trouve que dans tous les cas les deux mots sont positifs, ou les deux sont négatifs. [36] Puisque Paul voit « l’enseignement » comme une fonction positive, [37] cela suggère que Paul voyait aussi authenteō comme une fonction positive : diriger, orienter, ou exercer l’autorité. Bien que l’enseignement soit bon, Paul dit que les femmes ne devraient pas enseigner les hommes, même si l’autorité en elle-même n’est pas mauvaise. Paul établit des restrictions non parce que les activités sont mauvaises, mais parce que les personnes sont des femmes. C’est simplement la contrepartie de ce que Paul a dit dans le verset précédent, que les femmes devraient être soumises.

De quels « hommes » parle-t-on ici ? Puisque les mots grecs gynē et anēr peuvent signifier tantôt femme et homme, et tantôt épouse et mari, en fonction du contexte, certains ont suggéré que Paul n’a pas étendu ses restrictions sur toutes les femmes, mais seulement sur les femmes exerçant une autorité sur leurs propres maris. Mais Douglas Moo note que Paul parle des hommes en général au verset 8, et des femmes en général au verset 9 de I Timothée chapitre 2. Et si Paul voulait restreindre la signification aux épouses en particulier, il aurait besoin de fournir un indicateur verbal, tel que de dire qu’il ne permettait pas aux femmes d’exercer de l’autorité sur leurs propres maris. [38] Manquant d’un tel indicateur, et puisque le contexte concerne l’Eglise plutôt que les relations familiales, il semble préférable de conclure que Paul parle des hommes et des femmes en général – ou plus spécifiquement, des hommes qui avaient de l’autorité dans l’Eglise. Comme Schreiner l’écrit : « Le contexte du verset 12…suggère que la soumission de toutes les femmes à tous les hommes n’est pas le but visé, car ce n’est pas tous les hommes qui enseignaient et exerçaient une autorité lorsque l’Eglise s’assemblait ».[39]

Les commentaires de Paul étaient motivés par un problème particulier à l’Eglise d’Ephèse, mais cela ne signifie pas en soi-même que son conseil ne s’applique pas à d’autres situations. Paul a abordé la situation spécifique au verset 11, selon Douglas Moo, puis il l’appuie au verset 12 par une affirmation générale sur la façon dont il veut que toutes ses Eglises fonctionnent.[40] Il limite les femmes non parce qu’elles sont incultes ou séduites (une situation temporaire) ; il les limite parce qu’elles sont femmes (une situation permanente). Elles sont autorisées à enseigner, mais pas à enseigner les hommes.[41] Elles peuvent avoir de l’autorité, mais pas sur les hommes.

Les Raisons de l’Interdiction

James Hurley affirme que Paul base son opinion sur l’Ecriture, pas sur la situation culturelle. En faisant suivre ses instructions par le mot grec gar (traduit habituellement par « car »), Paul exprime les raisons de son commandement. [42] Paul ne fait pas référence aux coutumes sociales, ni à l’idée que la plupart des femmes n’avaient pas encore assez d’éducation pour être enseignantes, ni à l’idée qu’elles étaient les principales adeptes des fausses doctrines. Il dit plutôt qu’Adam fut créé avant Eve, lui donnant ainsi autorité sur elle, tout comme le fils premier-né finit par « devenir le chef de la maison de son père, dont il dirige le culte ». [43] Douglas Moo écrit : « Pour Paul, l’antériorité de l’homme dans l’ordre de la création est indicatif de la prééminence que l’homme doit avoir sur la femme ». [44] Il écrit :

En fondant ces interdictions dans les circonstances de la création plutôt que dans les circonstances de la chute, Paul montre qu’il ne considère pas ces restrictions comme le produit de la malédiction et vraisemblablement, en conséquence, comme devant s’effacer par la rédemption. Et en citant la création plutôt qu’une situation locale ou des circonstances culturelles comme base de ses interdictions, Paul rend clair que, alors que ces sujets locaux ou culturels peuvent avoir fourni le contexte de la question, ils ne constituent pas la raison de son conseil. Sa raison pour l’interdiction figurant au verset 12 est le rôle créé de la relation homme-femme, et nous pouvons conclure à juste titre que ces interdictions sont applicables tant que cette raison reste vraie. [45]

Ce n'est pas Adam qui a été séduit, c'est la femme, écrit Paul au verset 14 – mais comment cela peut-il fournir une règle qui interdit aux femmes d’enseigner les hommes ? Hurley demande : « Préfèreriez-vous être dirigé par une personne innocente mais dans l’erreur, ou par un rebelle délibéré ? » [46] Il rejette l’idée que les femmes sont trop crédules pour être enseignantes (cf. Tite 2 : 3 ; II Timothée 1 : 5 ; II Timothée 3 : 15). [47]

Cependant, cette interprétation se trouve chez les Pères de l’Eglise primitive, et c’est la lecture la plus simple du texte. [48] Neuer fait référence à « la plus grande prédisposition des femmes à être tentées », et il dit que Paul, plutôt que d’oppresser les femmes, les tient simplement à l’écart d’une situation qu’elles ne pourraient pas gérer. [49] Grudem n’est pas clair sur ce point, mais il dit que Paul se réfère « à une caractéristique d’Eve qu’il voit comme propre à toutes les femmes dans toutes les cultures ».[50] Grudem écrit : « Certains partisans de la complémentarité comprennent ce verset comme se référant au fait qu’Eve a pris indûment la direction dans la famille et qu’elle a pris la décision de manger le fruit défendu de sa propre initiative. Et d’autres partisans de la complémentarité comprennent ceci comme une référence à « la nature plus gentille et plus douce » de la femme, qui rend moins probable qu’elle adopte une ligne de conduite ferme lorsque des amis proches enseignent des erreurs doctrinales ». [51] Ces deux idées semblent éloignées de ce que le texte dit effectivement : il parle de tromperie, et ne dit rien au sujet du leadership ou de la gentillesse. [52]

Le texte sous-entend-t-il que les femmes sont plus facilement trompées ? Douglas Moo pense que cette interprétation est possible, mais improbable. « Il n’y a rien dans le récit de la Genèse ou ailleurs dans l’Ecriture pour suggérer que la tromperie d’Eve soit représentative des femmes en général ». [53] De plus, Paul autorise les femmes à enseigner d’autres femmes – elles sont capables d’enseigner correctement. Schreiner soutient aussi ceci à l’encontre de la naïveté des femmes : « cette interprétation devrait être rejetée puisqu’elle sous-entend que les femmes sont inférieures sur les plans ontologique et intellectuel ». [54]

Schreiner note que « tout péché comporte une séduction », et qu’Adam fut donc séduit ; ce que le verset 14 signifie c’est qu’Eve fut séduite en premier – le mot « en premier » est sous-entendu en faisant le parallèle avec le verset 13. [55] Il écrit :

Le but de Paul est…de mettre l’accent sur le fait que le serpent approcha Eve et la séduisit, pas Adam… Le serpent bouleversa la question du leadership masculin et intervint seulement auprès d’Eve durant la tentation. Adam était présent pendant ce temps et n’intervint pas. La tentation de Genèse indique donc ce qui arrive lorsque le leadership masculin est abrogé. [56]

En effet, Schreiner blâme Adam d’avoir péché le premier, car il a failli à protéger son épouse du serpent. Huxley veut aussi blâmer Adam : « Paul semble dire qu’Eve n’était pas fautive ; elle fut séduite… Se pourrait-il que son opinion au verset 14 soit qu’Adam était celui que Dieu a désigné pour exercer la direction religieuse ? » [57] Douglas Moo fait une suggestion légèrement différente : le verset 14 « est destiné à rappeler aux femmes d’Ephèse qu’Eve fut séduite…précisément en prenant l’initiative sur l’homme… Si les femmes de l’Eglise d’Ephèse proclament leur indépendance…elles feront la même erreur qu’Eve, et apporteront un désastre similaire sur elles-mêmes et sur l’Eglise ».[58] En bref, il n’y a pas d’opinion largement acceptée parmi les érudits traditionalistes.

Finalement, nous considèrerons le verset 15, qui n’est pas une raison de l’interdiction de Paul, mais est une qualification pour le verset 14.[59] Toutefois, c’est une partie du paragraphe. Selon Hurley, si le verset « se réfère au salut relatif au péché, c’est une nette contradiction de l’opinion de Paul sur le salut par la foi en Christ ». Une autre opinion est que la femme sera sauvée en devenant mère, mais « cela semble presque totalement sans rapport avec le contexte ».[60] De plus, comme le dit Schreiner, « le fait que des femmes chrétiennes soient souvent mortes en couches soulève de sérieuses questions au sujet de cette interprétation ».[61]

La grammaire permet une autre possibilité : elle (mot au singulier, se référant à Eve) sera sauvée par la maternité (le texte grec a le mot « la », qui se réfère probablement à la naissance du Christ), si elles (au pluriel, se référant à toutes les femmes à venir) persévèrent dans la foi. Ce n’est pas que le salut d’Eve soit dépendant de la foi des femmes à venir, mais la pensée est elliptique, requérant des lecteurs de fournir un verbe : Eve sera sauvée par la naissance de Christ, et les femmes subséquentes seront aussi sauvées, si elles persévèrent dans la foi. C’est une interprétation possible, selon Hurley, mais « elle rompt avec le cours du passage ».[62] Schreiner affirme à son encontre : « Ceux qui mettent en avant une référence à la naissance de Jésus ont introduit subtilement la notion que le salut est assuré comme étant le résultat de Lui donner naissance, alors que le texte parle non du résultat de la naissance mais du véritable processus de la naissance ».[63]

Moo suggère que le verset désigne « les circonstances par lesquelles les femmes chrétiennes expérimenteront leur salut – en maintenant comme priorités » le rôle que l’Ecriture assigne aux femmes. [64] Paul a simplement mentionné un rôle – la maternité – comme moyen de désigner le rôle féminin en général.

Schreiner approuve, en disant que la maternité « représente l’accomplissement du rôle domestique de la femme en tant que mère, ce qui la différencie de l’homme ».[65] Il note que le verset entraîne davantage que la maternité : « Ce n’est pas suffisant pour le salut que les femmes chrétiennes portent simplement des enfants [c’est-à-dire acceptent leur rôle féminin] ; elles doivent également persévérer dans la foi, l’amour, la sainteté, et probablement d’autres vertus... Les femmes ne seront pas sauvées si elles ne pratiquent pas de bonnes œuvres ».[66] I Timothée chapitre 4, versets 15 et 16 fournit un parallèle : Paul dit que Timothée se sauvera lui-même en étant un bon pasteur. Une insistance sur le bon comportement n’annule pas la doctrine du salut par la grâce et la foi. L’idée est que les femmes n’ont pas besoin d’assumer un rôle masculin afin d’être sauvées. En dépit de ce que les faux enseignants peuvent dire à l’encontre de la maternité, les femmes seront sauvées en restant dans leur rôle traditionnel.

Il y a quelques difficultés dans cette interprétation : premièrement, elle ignore le changement du singulier au pluriel, ce qui nécessite que les femmes en général soient représentées d’abord par un singulier, puis par un pluriel. Deuxièmement, cela fait du verset une idée étrange et tangente presque sans rapport avec le contexte : « Je ne permets pas aux femmes de prendre de l’autorité sur les hommes, parce que les hommes ont été créés en premier, et qu’Eve était une pécheresse, et euh, à propos, les femmes seront sauvées en étant bonnes ». [67] Troisièmement, si Paul voulait se référer au rôle féminin en général, il aurait été plus clair s’il avait utilisé un principe qu’il avait déjà mentionné – la soumission – plutôt que d’introduire la spécificité de la maternité. Enfin, cette interprétation spécule sur le fait que les faux enseignements à Ephèse incluaient une critique de la maternité. C’est une suggestion plausible, puisque l’hérésie incluait un rejet du mariage (I Timothée 4 : 3), mais cette reconstitution spéculative du cadre est précisément la méthode par laquelle les érudits traditionalistes ont critiqué les égalitaires d’utiliser. [68] Si le verset 15 peut mieux être expliqué en suggérant qu’il soit une réponse à un faux enseignement particulier à Ephèse, peut-être cette approche peut aussi servir pour les affirmations figurant dans les versets 13 et 14. [69]
D’une manière générale, nous pourrions trouver la logique de Paul difficile à comprendre, admet Gordon, mais ce n’est pas une raison pour rejeter ce qu’il dit. [70] Douglas Moo conclut que « nous avons raison d’exiger du bon sens du texte lui-même pour limiter l’application de ce texte de toute manière. Nous ne trouvons pas de telles raisons. Donc, nous devons conclure que les restrictions imposées par Paul dans I Timothée chapitre 2, verset 12 sont valables pour les chrétiens de tous les endroits et de toutes les époques ».[71]

Des questions subsistent

Dans la section précédente, nous avons présenté le point de vue « traditionaliste ». Cependant, comme Proverbes chapitre 18, verset 17 le dit : « Le premier qui parle dans sa cause paraît juste; vient sa partie adverse, et on l’examine ». Il serait absurde de notre part de décider sur le sujet avant d’avoir entendu la partie adverse poser des questions au sujet des conclusions. Nous avons commencé cet article avec nombre d’observations, et l’interprétation traditionaliste aborde certaines d’entre elles mieux que les autres.

1) A deux reprises, le texte appelle les femmes en particulier à garder le silence ; il n’autorise pas une forme quelconque d’enseignement. [72] Cependant…
2) Les femmes peuvent prophétiser dans un service cultuel, en disant des choses qui instruisent les autres (I Corinthiens 11). Paul croyait que la prophétie et l’enseignement étaient des activités différentes, mais il est difficile de prouver une quelconque différence dans les résultats. Les hommes pouvaient apprendre quelque chose de l’une ou l’autre forme de discours, et les deux types de discours nécessitaient d’être évalués. Il n’est pas clairement indiqué pourquoi les femmes devaient étaient autorisées à parler spontanément, mais pas si elles s’étaient préparées à l’avance.
3) Les femmes peuvent parfois avoir de l’autorité sur les hommes. Paul traitait de l’enseignement dans le cadre de l’Eglise ; il n’abordait pas le cadre du gouvernement civil, ni du monde des affaires, ni des écoles publiques, ni de l’évangélisation. Cependant, le raisonnement que les partisans de la complémentarité utilisent parfois pour soutenir l’autorité masculine basée sur Genèse chapitre 2 n’est pas valide lorsqu’il s’agit de l’autorité civile, et cette incohérence suggère que le raisonnement lui-même puisse ne pas être valide.
4) Paul exposait-il sa propre position, ou une règle permanente pour toutes les Eglises ? Les érudits traditionalistes peuvent affirmer que tout dans la lettre est applicable en permanence, mais ce n’est pas vrai.[73] Ou ils peuvent dire que la restriction de Paul est valide de façon permanente parce que Paul l’appuie sur la Genèse, mais cela ignore le fait que Paul a utilisé Genèse pour soutenir une coutume culturelle dans I Corinthiens chapitre 11. La politique de Paul pourrait être appropriée dans toutes les Eglises de toutes les époques, mais le fait demeure qu’elle a été inspirée pour être écrite comme étant sa position, et ses préférences ne sont pas toujours valides de façon permanente (par exemple, I Corinthiens 7 : 7).[74]
5) Une femme devrait apprendre « avec une entière soumission », mais les femmes ne doivent pas se soumettre à tous les hommes. Dans l’Eglise, la soumission d’une femme devrait être envers Dieu en premier, envers l’Ecriture en second, et envers le sermon en troisième.[75] Si le pasteur dit quelque chose qui contredise l’Ecriture, une femme ne devrait pas s’y soumettre. Il est douteux que ce type de soumission puisse être décrit comme « entier ». Du fait que la prédication moderne peut contenir des idées erronées, et doit être évaluée, elle n’est pas plus revêtue d’autorité que l’était la prophétie. Peut-être le rôle du pasteur et l’autorité du prédicateur dans l’Eglise sont-ils différents aujourd’hui, altérés significativement par l’existence du Nouveau Testament qui constitue le dépôt faisant autorité dans l’enseignement de l’Eglise. [76] Les gens assis sur les bancs de l’Eglise ont maintenant un standard objectif par lequel ils peuvent juger ce qui est enseigné, alors qu’auparavant ils ne l’avaient pas.
6) I Timothée chapitre 2, verset 12 utilise le rare verbe grec authenteō . Bien qu’il soit tentant de voir une différence de signification dans l’utilisation d’un mot différent, il y aurait peu d’intérêt que Paul dise que sa ligne de conduite ne permettait pas à un groupe de gens d’exercer une mauvaise sorte d’autorité envers un autre groupe ; [77] plus naturellement, le verset dit que Paul n’autorisait pas les femmes à faire quelque chose qui était permise aux hommes. Il n’est pas clair de savoir s’il interdisait l’enseignement et l’autorité, ou l’enseignement avec l’autorité, et il ne semble pas nécessaire de choisir entre les deux – de toute façon, le verset semble contredire la position de Paul autorisant les femmes à prophétiser dans l’Eglise de Corinthe. [78]
7) Aux versets 13 à 15, Paul donne des raisons inhabituelles au sujet de ce qu’il dit au verset 12.
a) Adam a été formé le premier, et cela pourrait lui donner de l’autorité – mais il n’y a rien dans Genèse pour dire pourquoi cela lui donnerait (ainsi qu’à tous les hommes, par implication) une autorité exclusive dans la doctrine mais pas dans le gouvernement civil. Les interprètes traditionalistes n’expliquent pas pourquoi l’un s’applique mais pas l’autre ; ils basent leur croyance sur I Timothée chapitre 2, verset 12 plutôt que sur Genèse chapitre 2, et il est erroné de dire que Genèse chapitre 2 donne l’autorité aux mâles spécifiquement dans les domaines cultuels. [79]
b) Adam a été rebelle. Les interprètes traditionalistes n’expliquent pas pourquoi cela a un quelconque rapport avec l’autorité dans l’Eglise, et cela suggère qu’il y avait quelque chose qui se passait en coulisses à Ephèse que nous ne connaissons pas. [80] Les lecteurs savaient pourquoi ceci avait un rapport avec l’interdiction de Paul, parce qu’ils avaient une information que nous n’avons pas. Sinon, la structure du verset implique que la crédulité d’Eve se rapporte aux femmes contemporaines. Mais certains érudits partisans de la complémentarité se distancient de cette interprétation traditionaliste.
c) Le verset 15 dit que la femme « sera néanmoins sauvée en devenant mère ». Les interprètes s’accordent à dire que c’est un verset difficile, et cela suggère de nouveau que nous manquons de quelque information cruciale. Cela accroît la possibilité que Paul aborde une situation qui est inhabituelle. [81]
8) I Timothée chapitre 2 aborde divers sujets culturels. Les érudits traditionalistes disent a) nous pouvons voir un principe universel derrière les versets 8 et 9, mais le verset 12 est un principe universel, et b) Paul soutient le verset 12 par le témoignage de l’Ecriture, indiquant ainsi que c’est une règle universelle. [82] Cependant, I Corinthiens chapitre 11 montre que Paul peut utiliser l’Ecriture même pour soutenir une coutume culturelle, et il aurait pu également citer un passage biblique pour soutenir les versets 8 et 9, sans les rendre universels. Le principe derrière le verset 12 peut être d’ordre général, tout comme pour I Timothée chapitre 5, verset 9, et I Timothée chapitre 6, verset 1.
9) Une partie des conseils de Paul semblent spécifiques à la situation de Timothée, sans aucune « application » spécifique requise pour aujourd’hui ; alors, nous ne pouvons pas supposer que chaque passage doive s’appliquer aujourd’hui – par exemple I Timothée chapitre 5, verset 9. [83] Les érudits traditionalistes n’abordent pas très bien les incohérences.
10) Dans I Timothée chapitre 6, versets 1 et 2, Paul conseille aux esclaves d’être soumis à leurs maîtres au nom de l’Evangile. [84] Le conseil de Paul n’est pas une approbation permanente de l’esclavage, et de la même manière sa politique envers les femmes peut être un besoin temporaire, et pas une approbation permanente de l’autorité restreinte aux mâles. Paul n’a pas directement commandé l’esclavage, mais sa position était que les esclaves devraient se soumettre à leurs maîtres. En faisant cela, Paul « enseignait une chose en dessous de l’idéal de Dieu en vue de l’avancement de l’Evangile » [85] – ce qui signifie qu’il aurait pu faire quelque chose de similaire pour les femmes.

Herméneutique

La question dans ce passage ne relève pas seulement de l’exégèse (que signifiait cela ?), mais également de l’herméneutique (que signifie cela pour nous ?). Nous voulons comprendre ce que Paul a écrit, mais nous voulons aussi comprendre si nous devons l’appliquer dans les Eglises d’aujourd’hui et comment. C’est une question d’herméneutique, l’art d’interpréter le texte pour une application moderne. Paul a dit que les veuves les plus jeunes devraient se marier (I Timothée 5 : 14), mais ce conseil s’applique-t-il à toutes les jeunes veuves d’aujourd’hui ? Les exigences culturelles rendent-elles la situation des veuves significativement différente aujourd’hui ? (dans beaucoup de cultures, c’est probablement le cas, et dans certaines, peut-être pas).

Quand Paul a dit aux esclaves de se soumettre à leurs maîtres, approuvait-il l’esclavage ? Les chrétiens propriétaires d’esclaves ont souvent dit que c’était le cas, mais lorsque d’autres chrétiens prirent conscience que détenir un être humain est une injustice, ils commencèrent à se poser davantage de questions sur le texte. C’est généralement seulement quand les gens voient des problèmes dans la façon dont un texte est appliqué, qu’ils commencent à poser davantage de questions probantes sur le texte. Les gens qui sont satisfaits du statu quo ne voient pas le besoin de se poser des questions, mais lorsque les questions arrivent, nous avons tous besoin d’examiner le texte plus soigneusement. Parfois, les objections sont valides ; parfois elles ne le sont pas.

Les érudits opposés sur cette controverse sont d’accord que I Timothée chapitre 2, verset 12 met certaines restrictions sur les femmes : Paul ne permettait pas aux femmes d’enseigner ou d’avoir de l’autorité sur les hommes dans le fonctionnement de l’Eglise – il leur a dit de garder le silence. [86] La question est de savoir si ces restrictions étaient basées sur la situation à Ephèse, sur la culture du monde gréco-romano-judaïque, ou sur un principe fondé sur la façon dont Dieu veut que les hommes et les femmes interagissent les uns envers les autres dans le culte.

Craig Keener présente un point de vue égalitaire, mais il commence par cet aveu : « Je crois que Paul interdit probablement non seulement d’ «  enseigner magistralement » mais à la fois d’enseigner l’Ecriture tout court, et d’avoir (ou d’usurper) l’autorité du tout ». Mais Keener demande ensuite : « Est-ce une règle universelle ? » Si c’est le cas, c’est une règle avec quelques exceptions… Mais il est aussi possible que ce texte revête un caractère exceptionnel, et qu’il soit valable s’il s’avère aborder une situation particulière. [87] Après tout, s’il devait constituer une règle universelle, on pourrait s’attendre à ce que…Timothée …connaisse déjà cette règle ». [88] Keener donne ensuite la preuve qu’il existe des exceptions, et il note : « Le seul passage de la Bible qui interdise spécifiquement aux femmes d’enseigner  s’adresse à la seule Eglise où nous savons que de faux enseignants visaient effectivement les femmes ». [89]

Beaucoup de partisans de l’égalité ne soutiennent pas ce que dit I Timothée chapitre 2, versets 11 à 15 ; ils désapprouvent son application à l’Eglise d’aujourd’hui. Bien qu’il y ait quelques divergences au sujet de mots spécifiques dans le texte, beaucoup de partisans de la cause égalitaire mettent plutôt l’accent sur l’évidence que le texte n’a pas été écrit « pour toutes les Eglises dans tous les siècles subséquents ». Beaucoup d’adeptes de cet effort a tenté de montrer que Paul abordait une situation inhabituelle – ils ont essayé d’échafauder une situation qui motivait Paul à écrire ces versets. [90] Ces reconstitutions sont spéculatives, parfois peu vraisemblables, et parfois contradictoires. Puisque la situation originale ne peut pas être prouvée, nous ne consacrerons pas beaucoup d’efforts à parcourir ces lignes. Cependant, nous aborderons certains témoignages qui peuvent suggérer que la position de Paul n’est pas destinée à s’appliquer en tout temps.

Premièrement, il est évident que certains commandements dans l’Ecriture ne s’appliquent pas aujourd’hui. Par exemple, comme nous l’avons vu dans un article précédent, les femmes n’ont pas besoin de couvrir leur tête lorsqu’elles prient aujourd’hui dans l’Eglise, et les croyants n’ont pas à se saluer les uns les autres par un [saint] baiser. Nous n’avons pas à prier pour que Paul soit délivré des incroyants en Judée, ni à encourager les vierges (les jeunes filles) à s’abstenir du mariage. Certains commandements dans l’Ecriture sont basés sur la culture ; la question ici est de savoir si la politique de Paul au sujet de la conduite des femmes en fait partie. [91]

Il est également évident dans les épîtres pastorales que, même si ces lettres donnent des conseils sur des sujets ecclésiaux, certains commandements concernent des situations spécifiques – même si les lecteurs originaux peuvent avoir supposé que les commandements étaient universellement vrais. Quand Paul dit que les veuves les plus âgées devraient figurer sur une liste et que les veuves les plus jeunes devraient se remarier, Timothée peut très bien avoir pensé que la règle est applicable en tout temps. Quand Paul commande aux esclaves chrétiens de bien servir leurs maîtres chrétiens, il n’y a rien dans le texte pour indiquer que Paul s’attendait à ce que cette situation soit temporaire. En conséquence, bien que nous basions nos croyances et pratiques sur la Bible, cela ne signifie pas que nous devrions suivre chaque instruction que la Bible contient ; nous devons voir si elle s’applique à nous. Cela ne prouve pas que I Timothée chapitre 2, verset 12 soit un avertissement temporaire – cela montre simplement que cela peut l’être.


Résumé

Pour présenter le sujet en termes simples, nous voyons dans I Corinthiens chapitre 11 que Paul a permis aux femmes de parler durant les réunions de culte, mais dans I Timothée chapitre 2, verset 12 il a dit qu’elles devraient garder le silence – elles ne peuvent pas enseigner ou avoir de l’autorité. Il existe deux façons fondamentales d’aborder cette différence :

1) Les érudits partisans de la complémentarité essayent de résoudre cette contradiction en disant que I Corinthiens chapitre 11 permet une forme de discours qui n’est pas magistral. Bien qu’ils ne puissent pas prouver que la prédication moderne soit plus magistrale que la prophétie antique, ils croient que cette distinction résout mieux le problème, et que l’interdiction de Paul reste encore valide. En bref, « nous savons que les femmes ne peuvent pas avoir autorité, alors le discours que Paul a permis à Corinthe ne doit pas être magistral ».
2) Les érudits égalitaires essayent de résoudre le problème en disant que I Timothée chapitre 2, verset 12 était une interdiction temporaire basée sur des circonstances existant dans les Eglises de Paul à l’époque où il a écrit, une situation qui apparemment n’existait pas quand il a écrit à Corinthe. Bien qu’ils ne puissent pas prouver quelle était cette situation, il n’est pas nécessaire de la reconstituer. Le fait que Paul permit aux femmes de prophétiser à Corinthe montre que la restriction n’était pas une règle applicable en tout temps. En bref, « nous savons que Paul permettait aux femmes de parler, alors l’interdiction dans I Timothée chapitre 2, verset 12 (qui inclut de parler) doit être temporaire ».

Nous croyons que la seconde approche a plus de mérite, pour les raisons suivantes :

· La prophétie, par sa nature même, semble comporter de l’autorité, car elle revient à prononcer des mots inspirés par Dieu. Les prophéties doivent être « jugées » (I Corinthiens 14 : 29), [92] mais cela se fait non pour désapprouver Dieu mais pour s’assurer si les paroles viennent de Dieu. Si ce sont les paroles de Dieu, il faut en tenir compte.

La prédication moderne n’a pas davantage d’autorité que la prophétie du premier siècle, [93] et il est contradictoire de soutenir que les femmes peuvent être inspirées par Dieu pour parler à l’Eglise sur tous les sujets excepté la Parole de Dieu. A Corinthe, Paul permettait aux femmes de parler avec autorité dans l’Eglise, [94] ce qui indique que l’interdiction dans I Timothée chapitre 2, verset 12 ne devrait pas être prise comme une règle universelle et permanente. Les essais contradictoires des partisans de la complémentarité pour établir des frontières entre ce que les femmes peuvent faire et ce qu’elles ne peuvent pas faire suggèrent que la tâche est impossible. [95]

· Paul a été inspiré à écrire cette interdiction comme étant sa propre ligne de conduite, et non pas comme un commandement. Il est vrai que ses directives peuvent parfois être prises comme un commandement, mais nous avons aussi appris à relativiser les lignes de conduite qu’il décrit dans I Corinthiens chapitre 7, par exemple. Quand Paul écrivait à Timothée, il avait une position contre les femmes exerçant l’autorité – mais Dieu ne semble pas avoir cette ligne de conduite. [96] Dieu donna autorité à Débora en tant que prophétesse et juge – et il n’y a pas de raison logique pour que l’antériorité de la création de l’homme donne aux mâles l’autorité exclusive dans le domaine religieux mais pas dans le gouvernement civil. La Bible montre clairement que bien que les femmes exerçaient rarement l’autorité civile, Dieu le permettait bien, et le premier passage qui semblerait limiter l’autorité féminine dans l’Eglise est présenté comme une position plutôt que comme un commandement.

· En considérant la nature de I Timothée, il n’est pas surprenant que Paul décrive une ligne de conduite qui avait une validité temporaire. C’était écrit pour aider Timothée à combattre certaines hérésies qui causaient des problèmes à Ephèse ; ses directives incluent des sujets culturels tels que la posture dans la prière, et la façon dont les femmes devraient se parer. Le conseil de Paul concernant les veuves, quoiqu’il soit émis avec des commandements, n’est pas applicable à l’Eglise d’aujourd’hui. Bien que la lettre traite de l’administration de l’Eglise, elle a été écrite pour une situation spécifique, et nous ne devrions pas supposer par avance que ses instructions sont des vérités intemporelles. [97]

Les partisans de la complémentarité affirment que la ligne de conduite de Paul doit être universelle, parce qu’il l’appuie sur l’Ecriture. Cependant, nous voyons dans I Corinthiens chapitre 11 que Paul utilise également l’Ecriture afin d’appuyer son commandement pour que les femmes portent des couvre-chefs. Il peut utiliser l’Ecriture pour soutenir une position temporaire. Son utilisation de l’Ecriture n’est pas une tentative pour expliquer ce que Genèse signifie[98] – c’est simplement une utilisation d’une partie de l’Ecriture pour ajouter un appui à une partie de son raisonnement. De plus, le sens obscur de I Timothée chapitre 2, versets 13 à 15 suggère que Paul traitait une situation inhabituelle, et que nous ne comprenons pas la pertinence de ses arguments parce que nous ne connaissons pas les détails de la situation. Il n’est pas clairement indiqué pourquoi le fait qu’Adam fût formé en premier donnerait à tous les hommes subséquents de l’autorité dans l’Eglise mais pas dans le gouvernement civil ; il est encore plus difficile de savoir pourquoi les hommes devraient avoir de l’autorité si Adam avait péché délibérément. [99]

En bref, il est difficile de prendre ce passage comme un commandement permanent restreignant toutes les femmes dans toutes les positions de leadership de toutes les Eglises. Il indique que les femmes ne devraient pas parler dans l’Eglise, et pourtant Paul lui-même a permis aux femmes de prononcer des paroles avec autorité dans l’Eglise. Son interdiction devrait donc être perçue comme basée sur la situation du moment, et non pas comme une règle qui s’applique en toutes circonstances. Ce n’est même pas écrit comme un commandement, alors il est préférable de le prendre comme une position à la validité temporaire, donnée à cause d’un besoin temporaire.

L’Eglise primitive avait un point de vue différent. [100] Nous respectons l’histoire de l’Eglise, mais dans ce cas nous croyons que l’Ecriture, notre standard pour la foi et la pratique, a été mal comprise – tout comme elle a souvent été mal comprise en matière d’esclavage et de salut par la grâce. La culture des interprètes précédents les avait aveuglés sur des questions qu’ils auraient dû se poser, mais ne l’ont pas fait. Les érudits de toutes les confessions d’aujourd’hui reconnaissent des erreurs dans l’interprétation historique des passages au sujet des femmes.

Dans notre prochain article, nous conclurons cette série d’études avec quelques recommandations sur les diverses situations que l’on trouve au sein de l’Eglise Universelle de Dieu.

 


Appendice 1 : Authenteō

« Un véritable consensus sur la signification du mot authenteō n’a pas été atteint parmi les lexicographes réputés ».[101] Le mot avait parfois une signification négative, parfois une signification neutre en rapport avec le fait d’exercer l’autorité. La question lexicale est de savoir ce qu’il signifiait quand Paul a écrit les épîtres pastorales. Ce mot avait-il une signification négative : utiliser la violence, s’imposer, usurper l’autorité ; ou bien une signification neutre : exercer l’autorité en général ; d’une manière qui pourrait être soit mauvaise, soit bonne ?

Baldwin a analysé 85 occurrences du mot authenteō et a trouvé seulement trois utilisations avant Paul. Philodemus (un philosophe de l’Antiquité) l’a utilisé dans le sens de « gouverner » ; on le retrouve dans une lettre privée, utilisé dans le sens de « contraindre », et Aristonicus l’a utilisé pour vouloir dire « inciter ». [102] Certaines des significations les plus négatives ont été basées sur le fait que le nom authentēs peut signifier meurtrier, mais il n’y a aucune preuve que sa forme verbale veut dire « commettre un meurtre », et il est possible que le nom ne soit pas dérivé de ce verbe.

Deux exemples venant de Jean Chrysostome (évêque de Constantinople vers 390 après Jésus-Christ) sont particulièrement intéressants : « Autrefois, Eve a exercé l’autorité abusivement ». Baldwin commente ainsi : « L’implication…est que Chrysostome n’a pas pu faire sentir la dénotation négative sans l’ajout du mot kakōs [« abusivement »], et il ne considérait donc pas le verbe authenteō comme étant négatif en lui-même ». [103] Cependant, dans le second exemple, Chrysostome utilise authenteō avec une signification négative sans ajouter un quelconque mot : « N’essayez pas d’agir à votre guise avec les incroyants, mais rachetez le temps » (Chrysostome commente Colossiens chapitre 4, verset 5). Baldwin conclut que, dans cet exemple, le mot signifie quelque chose comme « s’imposer ». [104]

Baldwin conclut que le mot a le plus souvent une signification neutre, mais, comme avec tout autre mot, la détermination finale de la signification doit être basée sur le contexte dans lequel le mot est utilisé.

 

Notes de renvoi

1) Craig Blomberg, “Neither Hierarchicalist Nor Egalitarian: Gender Roles in Paul,” in Two Views on Women in Ministry (ed. James Beck and Craig Blomberg; Zondervan, 2001), 357-58. Craig Keener écrit : « Il serait surprenant qu’un sujet qui exclurait au moins la moitié du corps de Christ du ministère de l’enseignement ne serait abordé que dans un seul texte » (Paul, Women, and Wives [Hendrickson, 1992], 101).
Women 10.3, page 2.

2) Dieu donna à Débora de l’autorité en tant que prophétesse et juge, et à Esther en tant que reine.

3) Par exemple, I Timothée chapitre 1, verset 18 ; I Timothée chapitre 4, versets 12 à 14 ; I Ti-mothée chapitre 5, verset 23.

4) L’opinion des partisans de la complémentarité est que les hommes et les femmes sont complémentaires, en ayant des rôles différents dans la famille et dans l’Eglise. Les partisans de l’égalité insistent sur l’égalité des hommes et des femmes, en disant qu’il n’y a pas de rôle dans l’Eglise qui soit restreint à un sexe ou à l’autre. Ces deux énoncés sont loin d’être parfaits puisque les partisans de la complémentarité croient que les hommes et les femmes sont égaux en valeur, et les partisans de l’égalité croient que les hommes et les femmes ont des forces différentes et complémentaires.

5) Dans certaines églises, la « tradition » est que les femmes ne parlent jamais derrière le lutrin Hurley, Moo, Piper, Grudem et Schreiner présentent une version modérée de la tradition, car ils soutiennent que les femmes peuvent parler dans l’Eglise dans certaines circonstances.

6) Certains érudits ne croient pas que Paul ait écrit les épîtres pastorales, ni qu’il les ait fait formuler par quelqu’un d’autre. La paternité exacte n’affecte pas notre étude, puisque nous acceptons ces épîtres comme canoniques et donc comme faisant autorité pour la foi et sa pratique. Nous poursuivrons sur la base de la paternité de Paul.

7) James Hurley, Man and Woman in Biblical Perspective (Zondervan, 1981), 196. Il ignore I Timothée chapitre 1, verset 18 et I Timothée chapitre 4, versets 12 à 14, et ne dit rien au sujet d’une application moderne de I Timothée chapitre 5, versets 9 à 14.

8) Thomas Schreiner, « Une interprétation de I Timothée chapitre 2, versets 9 à 15 », dans Women in the Church (2nd edition ; édité par Andreas Köstenberger et Thomas Schreiner ; Baker, 2005), 87.

9) Ibid.

10) T. David Gordon, « A Certain Kind of Letter, » dans Andreas Köstenberger, Thomas Schreiner, et H. Scott Baldwin, eds, Women in the Church (1st ed., Baker, 1995), 59.

11) Thomas Schreiner écrit : « Quand Paul appelle les hommes à prier « en tout lieu »…c’est probablement une référence aux églises de maison (91). Les Juifs du premier siècle récitaient parfois dans leurs prières des malédictions variées contre les apostats. Il est possible que certains premiers chrétiens utilisaient des malédictions similaires contre les officiels gouvernementaux ou contre leurs adversaires religieux. Et Paul leur dit d’arrêter cette pratique ».

12) Hurley, 198.

13) Ibid., 199. Nous sommes d’accord pour que les femmes d’aujourd’hui puissent porter des tresses, de l’or et des perles, mais qu’elles devraient éviter de faire étalage de leur richesse. Schreiner écrit : « Le texte similaire dans I Pierre chapitre 3, verset 3 soutient cette interprétation car, s’il est lu au sens littéral, il interdit tout port de vêtement, ce qui n’est guère l’intention de Pierre. Les commentaires sur le vêtement nous aident à comprendre les instructions sur les tresses, l’or et les perles. Le but de Paul n’est probablement pas d’interdire tout ceci, mais de mettre en garde contre la préoccupation dispendieuse et extravagante au sujet de son apparence » (95).

14) Douglas Moo, « What Does It Mean Not to Teach or Have Authority  Over Men ? » dans John Piper et Wayne Grudem, Recovering Biblical Manhood and Womanhood (Crossway, 1991), 183. Mais il note aussi que l’accent est mis sur la manière, pas sur le commandement d’apprendre. « Ce qui intéresse Paul, ce n’est pas le fait qu’elles doivent apprendre, mais la manière dont elles doivent apprendre » (183 ; Schreiner a un commentaire similaire, 97).

15) James Hurley, 200. La langue grecque a un mode impératif à la troisième personne : « que la femme écoute l’instruction ». Il affirme aussi que le verbe au verset 12 n’est pas une simple préférence personnelle, « mais qu’il a un ton de commandement » (201).

16) Schreiner, 98.

17) Douglas Moo, 183. « Nous pouvons aussi être certains à juste titre que les femmes exerçaient la fonction d’enseignante dans la communauté d’Ephèse ; sinon Paul n’aurait pas éprouvé le besoin d’un correctif » (Linda Belleville, Women Leaders and the Church [Baker, 1999], 169).

18) Schreiner, 112.

19) Steven M. Baugh écrit : “C’est faire fausse route que d’affirmer que les femmes d’Ephèse étaient incultes parce qu’elles ne se présentaient pas au « cursus des écoles » de philosophie, de rhétorique et de médecine. Peu de personnes dans l’Antiquité poursuivaient leur éducation formelle au-delà du niveau de l’école élémentaire d’aujourd’hui, y compris des hommes tels que Socrate, Sophocle et Hérodote…. Il y avait des femmes aisées dans la congrégation d’Ephèse. Au moins quelques-unes de ces femmes étaient éduquées » (« A Foreign World : Ephesus in the First Century », chapitre 1 de Women in the Church, 2nd édition, 34).

20) Wayne Grudem, Evangelical Feminism and Biblical Truth (Multnomah, 2004), 293. Ce livre est disponible au lecteur à l’adresse internet www.efbt100.com.

21) Wayne Grudem note que « certaines femmes avaient des rôles éminents dans les religions païennes à Ephèse…. L’idée que les femmes ne pouvaient pas tenir une fonction dans l’Eglise parce que cela aurait été inacceptable dans cette société ne cadre pas avec la réalité » (324). Nancy Vymeister note : « Sur la côte ouest de l’Asie Mineure, il y avait une tradition de femmes dominantes » (Women in Ministry [Andrews University Press, 1998], 339). Clinton Arnold et Robert Saucy suggèrent qu’à Ephèse « les femmes se convertissaient au christianisme et désiraient accéder à des rôles de leadership dans l’église similaires à ceux qu’elles tenaient dans la société. Conscient de cette situation, Paul aborde ce sujet parce qu’il ne voulait pas que ces églises cèdent aux pressions culturelles du moment et violent une conviction théologique bien ancrée au sujet de l’ordre entre les hommes et les femmes » (« The Ephesian Background of Paul’s Teaching on Women’s Ministry, » chapitre 12 de Women and Men in Ministry : A Complementary Perspective, édition Robert L. Saucy and Judith K. TenElshof [Moody, 2001], 287).

22) Hurley, 201. De façon similaire, Piper et Grudem écrivent : « Paul approuve les femmes qui prophétisent dans l’Eglise (I Corinthiens 11 : 5) et il dit que les hommes apprennent par de telles prophéties (I Corinthiens 14 : 31)…. L’enseignement et l’apprentissage sont des domaines tellement vastes qu’il est impossible que les femmes n’enseignent pas des hommes, ni que les hommes n’apprennent pas des femmes dans un certain sens… L’enseignement inapproprié pour une femme est celui qui est adressé à des hommes dans des cadres ou par des manières qui déshonorent l’appel fait aux hommes d’assumer la responsabilité première de l’enseignement et du leadership » (« An Overview of Central Concerns », dans Piper and Grudem, 69-70).

23) Les deux versets visent la même situation : celle où les femmes ne doivent pas enseigner de façon magistrale mais doivent écouter l’instruction en silence (Hurley, 201). Blomberg combine aussi les deux versets comme traitant de l’ « enseignement magistral » (364). Cependant, Grudem (317) et Moo les séparent : « Nous pensons que I Timothée chapitre 2, versets 8 à 15 impose deux restrictions au ministère des femmes : elles ne doivent pas enseigner la doctrine chrétienne aux hommes, et elles ne doivent pas exercer l’autorité directement sur les hommes dans l’Eglise » (Moo, 180). Il dit que ces deux interdictions nous montrent ce que Paul veut dire par « entière soumission » (184). «  Paul traite les deux devoirs de façon distincte, ailleurs dans I Timothée » (187). Le fait que Paul appelle deux fois les femmes à garder le silence (versets 11 et 12) suggère qu’il n’autorisait pas une forme quelconque d’enseignement. L’enseignement, de par sa nature même, implique normalement une certaine forme d’autorité.

24) Hurley, 202.

25) Werner Neuer, Man and Woman in Christian Perspective (Crossway, 1991). 119. « L’enseignement magistral appartient…aux conducteurs et à la direction de la congrégation ; et cet enseignement implique une obligation d’obéissance faite aux membres de l’Eglise » (ibid.).

26) « En se basant sur le temps présent du verbe, cela nous permet de conclure seulement que c’était le moment pour Paul d’écrire en insistant sur ces interdictions » (185, en italiques dans l’original).

27) Moo, 185. Cependant, des commandements temporaires tels que « utilise un peu de vin » sont aussi d’inspiration apostolique et biblique. Moo ne tire pas explicitement des conclusions de son affirmation, mais il insinue sa conclusion.

28) Schreiner, 99-100. Il note que cela ne prouve pas que le verbe au verset 12 soit un commandement permanent, mais que la forme du verbe ne prouve pas qu’il soit temporaire.

29) Moo, 185, et Schreiner, 101.

30) Moo, 185-86. Moo note que « témoigner de l’Evangile, conseiller, enseigner des sujets autres que la Bible ou la doctrine, ne sont pas, selon notre opinion, enseigner dans le sens où Paul l’entend ici » (186). Piper et Grudem disent : « Nous ne pensons pas qu’il soit interdit aux femmes de parler de l’histoire de l’Evangile, et de gagner des hommes et des femmes à Christ » (77) – bien que ce soit une forme d’enseignement, et que cela puisse inclure des doctrines au sujet de Jésus et du salut. Ils admettent qu’il y a une démarcation vague entre un rôle de type Priscilla et un rôle officiel d’enseignante (76, 85).

Douglas Moo dit que les femmes peuvent voter dans une réunion ecclésiastique, vraisemblablement même quand les femmes sont en majorité. Il explique que voter « n’est pas la même chose qu’exercer une autorité attribuée, par exemple aux anciens » (187). Il pense que les femmes peuvent accomplir des tâches administratives, et il note que le passage concerne seulement la communauté chrétienne ; cela ne concerne pas le travail, la politique, et l’éducation. Neuer est plus restrictif : « Les femmes peuvent donner l’instruction, pour autant que ce ne soit pas un enseignement public dans la congrégation, mais que cela se déroule parmi de petits groupes de femmes » (121).

31) Neuer, 119. Cependant, l’enseignement pastoral devrait aussi être l’objet d’une évaluation par la congrégation, et s’il viole l’Ecriture, la congrégation ne doit pas s’y soumettre.

32) Comme le résume Schreiner, 102.

33) Schreiner, 102. Cette définition semble plus spéculative et précise que les garanties du témoignage biblique. Schreiner note que les prophéties des femmes sont tout autant revêtues d’autorité que celles des hommes, mais elles peuvent toutefois être données « sans renverser le leadership masculin, alors que I Timothée chapitre 2, versets 11 à 15 démontre que les femmes ne peuvent pas enseigner les hommes de façon régulière » (ibid.). Une étude savante de la prophétie dans le Nouveau Testament donne une définition plus large : « Ce que toutes les manifestations de ce don ont en commun est la sensation qu’a l’orateur d’avoir une « parole du Seigneur ». Mais un prédicateur qui a médité sur un texte ou un thème suffisamment longtemps pour avoir eu une telle expérience peut bien alors être qualifié de prophète lorsqu’il ou elle parle à un rassemblement ou à une congrégation chrétienne » (David Hill, New Testament Prophecy [Marshall, Morgan & Scott, 1979], 213, cité par James Beck et Craig Blomberg, « Reflections on Complementarian Essays, » dans Two Views on Women in Ministry [ed. James Beck and Craig Blomberg; Zondervan, 2001], 308).

34) Pour en savoir davantage sur la signification de authenteō, voir l’appendice à la fin de cet article.

35) Schreiner, 103.

36) Andreas Köstenberger, « A Complex Sentence : The Syntax of 1 Timothy 2:12, » chapitre 3 de Women in the Church, 2nd ed., 71. Il note que cette observation a été acceptée par les érudits partisans de l’égalité tels que Padgett, Keener, Marshall, et Giles, bien que certains d’entre eux, afin de garder au mot authenteō un sens négatif, essayent de voir l’ « enseignement » comme étant également négatif dans ce verset. Linda Belleville proteste sur le principe, en exprimant certaines réserves au sujet de la méthode d’étude de Köstenberger, mais sans offrir aucun contre-exemple de son cru.

37) « Le verbe didaskō (enseigner) a un sens positif ailleurs dans les épîtres pastorales (I Timothée 4 : 11 ; I Timothée 6 : 2 ; II Timothée 2 : 2). La seule exception est Tite chapitre 1, verset 11, où le contexte dit clairement que le faux enseignement est en cause » (Schreiner, 104). Saucy écrit : « Une preuve supplémentaire en faveur de la compréhension positive se voit dans le fait que l’interdiction d’exercer l’autorité est spécifiée par l’expression « sur l’homme ». Seule une signification positive donne du sens à cette addition, sinon l’apôtre aurait sûrement interdit aux femmes de « dominer » ou de « faire étalage d’autorité » sur tous les gens, pas seulement sur les hommes » (« Paul’s Teaching on the Ministry of Women, » chapitre 13 de Saucy and TenElshof, 294).

38) Moo, 188 ; voir aussi Grudem, 296-99 ; Schreiner, 92-94; Belleville, 121.

39) Schreiner, 99.

40) Moo, 189.

41) Schreiner, 101.

42)  « Quand un commandement ou une autre instruction est donnée, il est hautement improbable que l’expression gar doive être prise sur un autre mode que causal » (Gordon, 61). « Quand Paul donne un commandement ailleurs dans les épîtres pastorales, le mot gar qui suit annonce presque invariablement la raison du commandement…. Même dans un discours ordinaire, les raisons suivent les commandements » (Schreiner, 105). Notez l’expression qualifiante « presque invariablement », qui suggère qu’une utilisation différente est possible. Les égalitaires soutiennent souvent que les versets 13 à 15 sont des illustrations, pas des raisons. Philip B. Payne écrit : « Prendre le mot gar, figurant dans I Timothée chapitre 2, versets 13 et 14, comme étant explicatif relève du bon sens, puisque l’exemple de la séduction d’Eve menant à la chute de l’humanité est une puissante illustration de combien les conséquences peuvent être sérieuses lorsqu’une femme séduite par un faux enseignement le transmet à d’autres » (« Libertarian Women in Ephesus : A Response to Douglas J. Moo’s Article, » Trinity Journal 2 [1981] : 176, citant Robertson’s Grammar).

43) Hurley, 207. Il cite des Ecritures au sujet de l’héritage par le fils premier-né, mais même s’il cherche une application dans le contexte du culte, il ne cite pas de preuve selon laquelle le fils premier-né avait nécessairement l’autorité dans le culte. Il ne tente pas d’expliquer pourquoi l’antériorité d’Adam donnerait aux mâles l’autorité sur les femmes en matière religieuse mais pas toujours dans le gouvernement civil. Comme preuve que l’antériorité est liée à l’autorité, Hurley note que Colossiens chapitre 1, versets 15 à 18 relie l’autorité de Christ avec son état de premier-né, avant toutes choses, et dès le commencement. Hurley soutient qu’il est raisonnable de conclure que Paul faisait un lien entre l’antériorité et l’exercice de l’autorité.


44) Moo, 190. « Paul maintient que le récit de Genèse donne une raison expliquant pourquoi les femmes ne devraient pas enseigner les hommes : Adam a été créé en premier, puis Eve. En d’autres mots, quand Paul citait Genèse chapitre 2, il concluait que l’ordre de création d’Adam et Eve signalait une différence importante dans le rôle des hommes et des femmes » (Schreiner, 105-6).

45) Moo, 190-91. Si on extrapole la logique, elle impliquerait que les femmes seront subordonnées aux hommes pour toute l’éternité, puisque le verset 13 sera toujours vrai, mais c’est probablement aller au-delà de ce que Moo veut dire. Cela jette bien un doute sur la validité de son raisonnement.

46) Hurley, 215. Hurley ne suggère jamais comment nous devrions répondre à la question. Schreiner note que cela « semblerait plaider contre le fait que des hommes enseignent des femmes, car la femme désirait au moins obéir à Dieu, tandis qu’Adam a péché délibérément » (113-14). Mais il ne répond jamais à la question, non plus.

47) Hurley (215) note que Paul blâme Adam de l’entrée du péché dans le monde (Romains 5 : 12 ; I Corinthiens 15 : 21 – 22).

48) Si le verset 14 justifie le verset 12, ces versets disent, en bref, que les femmes ne devraient pas enseigner les hommes, parce qu’Eve a été séduite. La façon la plus facile d’aller d’un concept à un autre est de supposer que la caractéristique mentionnée pour Eve est pertinente pour l’interdiction parce qu’elle s’applique d’une façon ou d’une autre à toutes les femmes subséquentes. William J. Webb note que l’enseignement traditionnel de l’Eglise est « que les femmes sont plus facilement séduites que les hommes, en raison d’une capacité inférieure à comprendre et appréhender les jugements…. L’interprétation traditionnelle est la lecture la plus acceptable du texte » (Slaves, Women, and Homosexuals : Exploring the Hermeneutics of Cultural Analysis [InterVarsity, 2001], 225). Blomberg note que la « croyance commune juive et chrétienne à travers l’histoire » est « que les femmes sont ontologiquement inférieures aux hommes » (365-66). Il note plus loin : « Les tentatives, bien que sophistiquées, pour défendre l’opinion selon laquelle les femmes sont de façon inhérente plus crédules, vont à l’encontre de toute analyse socio-scientifique contemporaine, et cela ne s’accorde pas avec le contexte de I Timothée » (366).

49) Neuer, 120.

50) Grudem, 296.

51) Ibid. Le fait que ces idées soient proposées, bien qu’elles ne figurent pas dans le texte, suggère que les gens sont mal à l’aise avec ce que le texte semble impliquer. Blomberg reproche à Schreiner de suggérer, sans preuve biblique ou contemporaine, que les femmes sont moins capables de discerner les erreurs doctrinales (366). Webb note ceci : « La position historique révisée « dépoussière » l’opinion traditionnelle basée sur leur propre conscience socio-scientifique » (227). Il note que, puisque le texte ne dit pas comment le verset 14 est relié au verset 12, une certaine spéculation est inévitable.

52) Webb note : « L’interprétation en faveur de la réversibilité des rôles est tortueuse ; elle requiert inutilement du lecteur d’apporter au texte une information non garantie » (114).

53) Moo, 190. Dans II Corinthiens 11 : 3, Eve représente un exemple pour les hommes et les femmes.

54) Schreiner, 114.

55) Ibid. Blomberg critique aussi cette opinion : « Il n’existe pas de principes connus venant de l’Antiquité…qui établirait un ordre par lequel l’un fut séduit d’une quelconque façon significative » (366).

56) Schreiner, 115. Si telle est la pensée de Paul, il a pris un chemin détourné pour l’exprimer, un chemin qui demande de la part du lecteur de parcourir plusieurs étapes dans la logique. Schreiner veut jeter le blâme sur Adam, mais le texte dit qu’Eve est celle qui « s’est rendue coupable de transgression ». Schreiner admet que cette interprétation est légère, mais il dit que le point de vue égalitaire fait moins le poids. « Le verset est difficile » (112). « Je ne peux guère affirmer que j’ai donné l’interprétation définitive et finale de ce passage » (120). Le point de vue des partisans de la complémentarité est basé sur la clarté du verset 13, de sorte que résoudre l’interprétation du verset 14 n’est pas crucial pour l’ensemble du passage » (« Women in Ministry », dans Two Views on Women in Ministry [ed. James Beck and Craig Blomberg ; Zondervan, 2001], 255).

57) Hurley, 215-16. Dans cette interprétation aussi, les lecteurs auraient à fournir les différentes étapes manquantes de la logique. « La prééminence des hommes dans les affaires domestiques et religieuses continue depuis la période précédant la chute jusqu’à l’époque de l’avènement du Christ » (220). Notez qu’Hurley spécifie de nouveau la prééminence religieuse, sans aucune preuve venant de Genèse pour cette spécificité. Schreiner émet une réserve similaire et injustifiée : « La création d’Adam avant Eve signalait que les hommes doivent  enseigner et exercer l’autorité dans l’Eglise » (120, les italiques sont ajoutés).

58) Moo, 190. Notez dans ce point de vue que la séduction d’Eve ne réside pas dans le fait de manger le fruit mais dans la prise d’initiative. Mais Genèse met l’emphase sur le contraire : Genèse est claire au sujet du fruit, mais dit peu – si elle dit quelque chose – à l’encontre d’une prise d’initiative venant d’Eve.

59) Schreiner, 115.

60) Hurley, 221. Moo note que cela imposerait une signification inhabituelle au mot sozō, traduit normalement par « sauver » (192). Keener affirme : « La façon la plus naturelle pour un lecteur antique de comprendre le mot « salut » dans le contexte de l’enfantement aurait été un accouchement sans risque, car les femmes faisaient régulièrement appel à des divinités patronnesses…de l’enfantement » (Paul, Women and Wives, 118). Payne écrit : « Le souci évident de Paul est de souligner le rôle de la femme à la fois dans la chute (I Timothée 2 : 14) et dans le salut (I Timothée 2 : 15) » (178).

61) Schreiner, 115. Il affirme aussi que le verbe a toujours le sens de salut spirituel dans les épîtres pastorales.

62) Hurley, 222. Hurley suggère une autre possibilité : les femmes seront « préservées de s’emparer à tort des rôles masculins en embrassant un rôle féminin ». Cela semble être une lecture de quelque chose qui ne figure pas dans le texte, et d’autres n’ont pas accepté cette signification de « sauver ». Schreiner note que « le verset 12 est trop loin du verset 15 pour que cette dernière interprétation soit plausible » (116).

63) Schreiner, 116.

64) Moo, 192. Il spécule que « des faux enseignants affirmaient que les femmes ne pouvaient vraiment expérimenter ce que Dieu voulait pour elles que si elles abandonnaient le foyer et s’impliquaient activement dans des rôles d’enseignement et de leadership au sein de l’Eglise ».

65) Schreiner, 118. « Une femme ne devrait pas manquer à son rôle en enseignant ou exerçant une autorité sur un homme ; elle devrait au contraire assumer son propre rôle de mère de ses enfants ». Paul n’est pas en train de dire que les femmes stériles ne peuvent pas être sauvées – il cite simplement un rôle commun de la femme qu’un homme ne peut pas assumer.

66) Ibid. Les bonnes œuvres ne peuvent pas mériter le salut, mais elles « sont une conséquence nécessaire du salut (par exemple Romains 2 : 6 – 10, 26 – 29 ; I Corinthiens 6 : 9 – 11 ; Galates 5 : 21)…. Puisque Paul soutient souvent ailleurs que le salut ne se gagne pas sur la base de nos œuvres (par exemple Romains 3 : 19 à 4 : 25 ; Galates 2 : 16 à 3 : 14 ; II Timothée 1 : 9 – 11 ; Tite 2 : 11 – 14 ; Tite 3 : 4 – 7), je pense qu’il est juste de comprendre les vertus décrites ici comme une preuve que le salut déjà reçu est authentique » (ibid., 118-119). En d’autres mots, Schreiner désire que Paul ait affirmé les choses à peu près de cette façon : les femmes seront sauvées par la foi, si elles persévèrent dans les bonnes œuvres.

67) Susan Foh (qui soutient l’opinion traditionaliste) appelle le verset « une sorte de non sequitur » [mot latin désignant une affirmation sans rapport logique avec ses prémisses]. Schreiner critique Susan Foh pour cela (115), mais l’interprétation de Schreiner se résume aussi à un non sequitur, un à-côté destiné à réfuter quelque chose qui peut avoir été un faux enseignement à Ephèse. Paul n’éprouve apparemment aucun besoin de dire que les hommes seront sauvés en restant dans leur rôle traditionnel, au lieu d’abdiquer comme Adam est supposé l’avoir fait.

68) Schreiner commente : « Les érudits égalitaires se sont occupés à reconstituer le contexte de la situation décrite dans I Timothée chapitre 2, versets 11 à 15, mais leurs reconstitutions ont été hautement spéculatives et parfois largement non plausibles » (223).

69) Richard et Catherine Clark Kroeger suggèrent que Paul combattait quelques hérésies gnostiques enseignées par des femmes : 1) Qu’Eve avait été créée en premier, 2) Qu’Eve éclairait Adam de son enseignement, et 3) Que le sexe et la maternité sont mauvais. Les versets 13 à 15 peuvent ainsi être tous expliqués comme des réfutations d’enseignements erronés spécifiques.

Schreiner critique les Kroeger d’utiliser des documents écrits après le Nouveau Testament (88). Il faut en convenir, on ne peut pas prouver que ces idées existaient quand Paul a écrit, mais puisque les idées circulent souvent avant qu’elles soient consignées par écrit, il est plausible que de telles idées circulaient au premier siècle. Comme l’indique la propre approche de Schreiner au sujet du verset 15, il est légitime que des érudits essaient de comprendre les difficultés dans le texte en spéculant au sujet d’un besoin inhabituel dans ce cadre spécifique.

Bruce Barron constate que « l’examen intrinsèque de I Timothée nous mène vers le gnosticisme, et rend la connexion entre les deux moins ‘ténue’ » (« Putting Women in Their Place : I Timothée 2 and Evangelical Views of Women in Church Leadership », Journal of the Evangelical Theological Society 33 [1990] : 454). Cette épître aborde diverses idées qui furent plus tard qualifiées de gnostiques.

70) Gordon, 63.

71) Moo, 193. Par « le texte lui-même », Moo parle apparemment de la Bible entière, car il autorise les femmes à enseigner certains sujets, et à avoir autorité dans certaines situations, telles que le gouvernement civil, des concepts non autorisés spécifiquement dans I Timothée chapitre 2.

72) Vicente Bejo, Jr. affirme que le passage aborde le comportement pas seulement dans l’Eglise, mais « à chaque endroit » (verset 8). Quel que soit l’endroit, il ne serait pas approprié que les hommes prient avec colère, ni que les femmes portent un habillement ostentatoire. L’appel de Paul à la soumission et à un comportement calme n’était pas destiné à s’appliquer seulement dans le cadre de l’Eglise. Voir l’article « Exegesis of I Timothy 2 : 8 – 15 », page 6 sur 22, dont l’adresse internet est : http://churchwomen.tripod.com/a/vbejo.htm.

73)  « Les épîtres pastorales ne furent pas écrites pour être des manuels de gouvernance de l’Eglise. Elles furent plutôt écrites pour combattre les faux enseignements et l’hérésie. Environ un cinquième des 242 versets de ces épîtres traitent explicitement des faux enseignements…. Dans I Timothée chapitre 1, verset 3, le souci de prévenir le faux enseignement est exprimé comme étant la raison pour laquelle Timothée reste à Ephèse » (Evangelical Covenant Church, « Policy on Women in Ministry », 5 ; consultable à l’adresse internet suivante : www.covchurch.org/cov/ministry/womeninministry.html « Tout le livre de I Timothée semble avoir été écrit…avec six problèmes clé à l’esprit, à chacun desquels il est fait référence dans les huit premiers versets, et qui sont approfondis tout au long de l’épître : le faux enseignement, les controverses, l’abandon de la foi, les discours insensés, les antinomies, et les Judaïsants…. Des femmes étaient impliquées dans chacun des cinq premiers problèmes » (Payne, 185). En raison de la situation pour laquelle la lettre fut écrite, il n’est pas surprenant que certains aspects de cette lettre ne semblent pas s’adapter à l’Eglise d’aujourd’hui.

74) Keener fait l’observation suivante : « Cependant, ce qu’il y a de plus significatif dans les termes de ce passage, c’est que Paul ne semble pas supposer que Timothée connaisse déjà cette règle. Si cette règle avait été bien établie et universelle, est-il possible que Timothée, qui avait travaillé plusieurs années avec Paul, ne l’aurait pas déjà connue ? » (Paul, Women, and Wives, 112). N’était-il jamais arrivé auparavant que des femmes voulussent enseigner ? La situation à Corinthe suggère que cela est improbable. Comme cela a été dit précédemment, la raison pour laquelle Paul crut nécessaire d’écrire ce passage peut avoir été que des femmes prenaient déjà la parole et recherchaient le leadership.

75) Dans la version biblique des Septante, le mot grec traduit par « permettre » se réfère toujours à « une permission relative à une situation spécifique, jamais à une permission applicable universellement…. La vaste majorité des cas figurant dans le Nouveau Testament…se réfèrent clairement à un moment spécifique, et seulement pour une durée de temps courte ou limitée » (Payne, 172). « Les femmes doivent se ‘soumettre,’ mais le texte ne dit pas à qui…. Le texte lui-même semble parler d’attitudes dans le culte plutôt que dans la relation maritale. La Bible n’enseigne nulle part que toutes les femmes soient assujetties à tous les hommes. La soumission à l’enseignement d’un ancien, dans I Timothée chapitre 3, verset 2, ne s’adapte pas au texte. Une compréhension naturelle du verset serait que les femmes doivent se soumettre à l’Evangile, à l’enseignement de Jésus, pas à une personne anonyme. Leur attitude doit être réceptive » (Vymeister, 342).

76) II Timothée chapitre 2, verset 2 suggère qu’ « enseigner » c’est transmettre de façon exacte les discours des apôtres. Cependant, une bonne partie de la prédication d’aujourd’hui n’a pas pour but de transmettre les enseignements apostoliques (puisque les membres en possèdent déjà une copie), mais elle a pour but de les expliquer et de persuader les gens de les appliquer dans les situations modernes.

77) Cependant, une signification négative est possible : Paul a bien dit que les mâles ne devraient pas prier avec colère (I Timothée 2 : 8). L’équipe doctrinale n’a pas l’expertise technique pour déterminer la signification du mot, et nous ne pouvons pas bâtir nos conclusions sur ce qui serait sûrement un point à débattre.

78) « A coup sûr…on peut dire que Paul ne veut pas que les femmes enseignent dans ce cas » (Vymeister, 346).

79) « S’il n’y avait eu aucun doute au sujet de la création survenue la première, l’assertion du verset 13 n’aurait pas été nécessaire (ibid., 347). Vymeister rend compte des enseignements gnostiques qui donnaient l’antériorité à Eve : Adam déclare à Eve : « Tu es celle qui m’a donné la vie ». C’est Eve qui aurait « envoyé son souffle en Adam, qui n’avait pas d’âme ». Eve…se déclare elle-même comme la « mère de mon père et la sœur de mon mari,…à qui j’ai donné naissance » » (340, citant Hypostasis of the Archons 2.4.89.14-17, On the Origin of the World 115, and Thunder, Perfect Mind 6.2.13.30-32).

Douglas Moo, un partisan de la complémentarité, apporte son soutien : « Certains textes gnostiques postérieurs interprètent comme une étape positive le fait qu’Eve mangeât le fruit dans le jardin – car, en agissant ainsi, elle gagna l’accès à la connaissance (gnosis), le point central du système gnostique et le moyen du salut…. Se pourrait-il que certains des faux enseignants d’Ephèse argumentaient de la même manière, ce qui a stimulé l’assertion catégorique de Paul : « c’est la femme qui, séduite, s’est rendue coupable de transgression » ?… Il se peut que cette tradition fut partiellement responsable de cette déclaration » (« The Interpretation of I Timothy 2 :11-15 : A Rejoinder »,  Trinity Journal 2 (1981) : 204).

80) Ann Bowman résume : « Les reconstitutions historiques tombent généralement dans trois catégories. Premièrement, les femmes peuvent avoir cherché à affirmer abusivement leur autorité sur les hommes dans les assemblées de culte. Deuxièmement, les femmes peuvent avoir enseigné la doctrine hérétique. Troisièmement, les femmes étaient généralement incultes sur le plan doctrinal, et donc en plus grand danger de tomber dans l’hérésie » (« Women in Ministry », dans Two Views on Women in Ministry [ed. James Beck and Craig Blomberg; Zondervan, 2001], 288).

81) Tandis que l’absence relative d’information et la construction complexe du passage rendent difficile pour les lecteurs modernes de savoir ce que Paul avait précisément en tête, il est clair qu’il abordait certains problèmes du moment que Timothée et les chrétiens d’Ephèse auraient facilement compris » (Vymeister, 350).

82) Schreiner écrit : « L’interdiction de I Timothée chapitre 2, verset 12 est basée sur un appel à la Création, indiquant que le commandement a une validité universelle » (109).

83) Schreiner reconnaît le problème de l’inconsistance quand il écrit : « Peut-être n’avons-nous pas été assez sérieux au sujet de l’application de I Timothée chapitre 5, versets 3 à 16 à notre culture (109). Il propose une tentative d’application, mais elle permet encore nombre d’exceptions. Le journal Evangelical Covenant Church note ceci : « Ceux qui sont prompts à plaider contre les femmes dans le ministère sur la base de textes tels I Corinthiens chapitre 14, versets 34 à 36 et I Timothée chapitre 2, versets 11 et 12 ont besoin de se demander pourquoi ils n’imitent pas le genre de service cultuel décrit dans I Corinthiens chapitre 14, versets 26 à 36 ou pourquoi ils n’instaurent pas des rôles et une assistance pour les veuves conformément aux instructions de I Timothée chapitre 5. Utiliser des textes probants en dehors de leur contexte et n’utiliser que les parties de texte que nous désirons ne sont pas des pratiques convenables pour une Eglise professant croire la Bible » (6).

84) Le but de l’Evangile concernant la soumission des esclaves est explicite dans I Timothée chapitre 6, mais Ephésiens chapitre 6, versets 5 à 9 montre que Paul peut émettre des commandements similaires sans reconnaître qu’ils sont donnés par convenance pour une situation culturelle temporaire. En effet, dans ce passage il semble traiter de l’esclavage comme si c’était une structure sociale légitime, comme le mariage et la famille. Dans Ephésiens chapitre 6, verset 8, Paul donne une raison intemporelle à la soumission des esclaves : parce que Dieu récompensera chacun pour le bien qu’il fait. Le fait que la raison invoquée soit intemporelle ne change pas le fait que le commandement initial avait une application temporaire.

Certains érudits soutiennent que Paul enseignait aux femmes le conformisme social pour le bien de l’Evangile. « La stratégie missionnaire de Paul fournit la raison d’être de cette approche. Celle-ci est mieux décrite succinctement dans I Corinthiens chapitre 9, versets 19 à 23, où Paul déclare qu’il façonne son comportement en fonction de ceux qui l’entourent pour les gagner autant que possible » (James G. Sigountos and Myron Shank, « Public Roles for Women in the Pauline Church : A Reappraisal of the Evidence », Journal of the Evangelical Theological Society 26 [1983] : 293). Sigountos et Shank montrent que la culture grecque acceptait les femmes dans des rôles sacerdotaux – la prophétie et la prière – mais pas dans des rôles d’enseignantes.

85) Contra Grudem, 323. Paul a fait quelques commentaires qui pouvaient être interprétés comme des critiques de l’esclavage, mais aucune n’est une dénonciation claire. I Corinthiens chapitre 7, verset 21 exprime simplement une tolérance pour des situations spécifiques ; on pourrait affirmer que Galates chapitre 3, verset 28 aborde le salut mais pas les rôles sociaux, et Philémon chapitre 16 peut s’appliquer seulement à Onésime.

86) James Beck et Craig Blomberg notent que certains des premiers égalitaires américains ont proposé des « étrangetés herméneutiques » dans un souci de montrer que ces versets ne sont pas restrictifs. Les égalitaires du Commonwealth britannique tendent cependant « à affirmer que ces textes sous-entendaient bien des interdictions sur le leadership des femmes qui étaient assez courantes dans le monde du premier siècle, mais elles étaient dues à des circonstances spécifiques de cette époque qui n’ont largement plus cours aujourd’hui » (« Reflections on Egalitarian Essays, » 164).

87) Le choix est plus compliqué que le suggère Keener, parce qu’un commandement peut être local et temporaire même si nous ne pouvons pas démontrer la situation qui provoqua le commandement, et un commandement peut être universel même s’il a été suscité par une situation locale. Par exemple, Paul dit que les hommes devraient prier sans colère ni mauvaises pensées (I Timothée 2 : 8). Cet avertissement semble avoir une portée universelle, bien que suscité par quelque situation qui ne nous est pas précisée.

88) Craig Keener, « Women in Ministry », dans Two Views on Women in Ministry (ed. James Beck and Craig Blomberg; Zondervan, 2001), 53.

89) Ibid., 53-54. Il écrit : « Des faux enseignants visaient les femmes au foyer (II Timothée 3 : 6), qui se montraient incapables d’apprendre correctement (II Timothée 3 : 7 ; cf. I Timothée 4 : 7). Nancy Vymeister écrit : « Les femmes sont non seulement entraînées par les faux enseignants, mais certaines d’entre elles ‘étant oisives, apprennent à aller de maison en maison; et non seulement elles sont oisives, mais encore causeuses et intrigantes, disant ce qu’il ne faut pas dire’ (I Timothée 5 : 13) ; d’une façon évidente, elles répandent de faux enseignements » (Women in Ministry, 337).

90) Certains suggèrent que la situation comportait un aspect culturel qui rejetait le leadership féminin, mais ceci semble contredit par le témoignage archéologique et par le rôle que Paul permettait aux femmes dans I Corinthiens chapitre 11. D’autres suggèrent que Paul considérait que les femmes étaient généralement pauvrement éduquées, et il leur a dit d’apprendre en silence – sous-entendant qu’elles n’auraient pas à garder le silence après avoir été enseignées. « S’il interdit aux femmes d’enseigner parce qu’elles sont incultes, sa demande pour qu’elles apprennent constitue une solution à long terme au problème » (Keener, Paul, 112).

91) Grudem affirme que la gouvernance est un aspect essentiel de l’Eglise, pas un sujet culturel (323). Mais ceci ne répond pas au problème : les égalitaires ne réfutent pas toute gouvernance, mais disent que la gouvernance réservée aux mâles est une question culturelle qui n’est pas essentielle dans l’Eglise, tout comme se saluer les uns les autres par un baiser est un sujet culturel. Nous pouvons considérer le fond sans insister sur la forme spécifique qu’on trouve dans le Nouveau Testament.

92) Les érudits en faveur de la complémentarité ont suggéré que les Eglises avaient un moment convenu pour évaluer les prophéties. C’est improbable, comme nous en avons discuté dans l’article précédent.

93) Certains érudits semblent se focaliser sur la question de l’autorité, mais le leadership dans l’Eglise dépend davantage de l’exemple personnel et de la vérité de l’Ecriture que de la simple affirmation : « On est tenu de trouver un lien biblique entre le leadership dans l’Eglise locale et ‘l’autorité’ (exousia). Les rédacteurs du Nouveau Testament ne font simplement pas cette relation…. C’est l’Eglise qui possède l’autorité et non les individus » (Linda Belleville, « Women in Ministry », dans T