La vie était belle en Israël
au VIIIème siècle avant notre ère.
Le commerce était florissant et le niveau de vie,
du moins pour certains, allait en s’améliorant.
L’Assyrie et l’Egypte, les deux superpuissances
du moment se préoccupaient de leurs propres problèmes.
Les petites nations alentour se disputaient entre elles,
laissant Israël tranquille.
Le bon roi Jéroboam II régnait depuis des
années. C’était un administrateur sage
et compétent. Pendant son règne, il avait
récupéré une grande partie des territoires
passés aux mains des envahisseurs au cours des siècles
précédents. Israël avait retrouvé
prestige et puissance, presque comme au temps de l’âge
d’or de David et de Salomon. Il semblait bien que
cette époque de prospérité devait perdurer.
Bien des gens pouvaient s'offrir une maison secondaire et
des articles de luxe. On avait amplement le temps et l’argent
pour se reposer et faire la fête.
Les siècles précédents n’avaient
pas été aussi favorables. Après le
règne de Salomon, les douze tribus composant Israël
s’étaient déchirées entre factions
rivales. Dix d’entre elles firent sécession
pour former une nation indépendante qui s’appelait
toujours Israël. Juda et Benjamin devinrent un état
séparé, connu sous le nom de Juda. Israël
et Juda s’étaient combattus à plusieurs
reprises, et encore à ce jour, ils ne pouvaient pas
se sentir. Le peuple de Juda n’avait pas le même
niveau de prospérité qu’Israël,
et il accusait son peuple d’abandonner le lieu de
culte officiellement choisi par Dieu à Jérusalem.
Ceux qui étaient en Israël et pour qui cela
avait encore de l’importance n’étaient
pas d’accord. Ils affirmaient adorer Dieu, mais d’une
façon plus libérale et progressiste. Ils observaient
les fêtes religieuses et avaient choisi plusieurs
villes comme lieux de culte où ils avaient des prêtres
et un grand-prêtre.
Bethel était une de ces villes. Beth-el signifiait
« Maison de Dieu » et tous les ans une grande
fête s’y tenait. La foule y venait et pendant
plusieurs jours se réjouissait en écoutant
de la musique, en adorant Dieu et en faisant des sacrifices.
C’était l’hommage d’un peuple prospère
qui remerciait son Dieu et se congratulait lui-même.
Dieu ne les avait-Il pas bénis ? Même s’ils
n’avaient pas toujours le temps de Le remercier, du
moins pouvaient-ils le faire au cours d’une fête
et prendre du plaisir en le faisant.
Un empêcheur de tourner en rond.
C’est pendant une de ces fêtes qu’Amos
vint à Bethel. Il était originaire de Tekoah,
une ville insignifiante de Juda, où il avait probablement
un élevage de moutons et un verger. De petits hommes
d’affaires venaient fréquemment aux fêtes
pour tirer profit du commerce transfrontalier, sans pour
autant en faire un voyage d’affaires. Amos était
venu chez son riche voisin, non pour faire de l’argent,
mais pour lancer un sévère avertissement de
la part de Dieu.
Au début, ce visiteur du sud semblait être
assez acceptable et même amusant. Il n’était
pas, selon toute évidence, un prêcheur professionnel,
mais il laissait entendre qu’il avait des messages
de condamnation provenant de Dieu pour tous les rivaux et
ennemis potentiels d’Israël. Pourquoi ne pas
écouter ce qu’il avait à dire ?
« A cause de trois crimes de Damas, même quatre,
je ne révoque pas mon arrêt » (Amos 1
: 3). Nouvelle extraordinaire, les habitants de Gaza étaient
brutaux et il fallait les punir.
« Je hais, je méprise vos fêtes,
je ne puis sentir vos assemblées… Eloigne de
moi le bruit de tes cantiques ; je n’écoute
pas le son de tes luths» (Amos 5 : 21-23).
Un par un, Amos débita les reproches de Dieu contre
les voisins d’Israël : Tyr, Edom, Ammon, Moab
et même Juda. (1 : 9 – 2 : 5). C’était
gratifiant. Ces Juifs suffisants du sud allaient enfin apprendre
qu’ils n’étaient pas si vertueux que
ça. Les gens de Béthel commençaient
à aimer cela.
Mais, Amos n’avait pas terminé : « A
cause de trois crimes d’Israël, même de
quatre, je ne révoque pas mon arrêt »
(2 : 6), dit-il. Soudain l’auditoire s’était
tu pendant qu’Amos leur disait ce que Dieu pensait
d’eux.
Malgré l’apparence extérieure de dévotion
religieuse, il n’y avait pas de justice dans le pays
disait-il. Les riches s’enrichissaient sur le dos
des pauvres. S’ils protestaient les tribunaux ne leur
rendaient pas justice. Amos poursuivit en disant : «
Ils aspirent à voir la poussière de la terre
sur la tête des misérables, et ils violent
le droit des malheureux » (2 : 7).
L’immoralité était épouvantable.
La nation avait rejeté tous les standards. «
Le fils et le père vont vers la même fille…
et ils boivent dans la maison de leurs dieux le vin de ceux
qu’ils condamnent » (2 : 7, 8). Il faisait des
remarques cinglantes contre les chefs en les défiant
: « Ils ne savent pas agir avec droiture, ils entassent
dans leurs palais le produit de la violence, et de la rapine»
(3 : 10). Allant encore plus loin, il s’attaque ensuite
à leurs femmes avides et paresseuses : « Ecoutez
cette parole, génisses de Basan…vous qui opprimez
les misérables, qui écrasez les indigents,
et qui dites à vos maris : apportez et buvons ! »
(4 : 1). Vous pouvez presque les entendre dire « Ah,
oui et alors ! »
Les rites ou les droits ?
Amos n’en avait pas fini : « O vous qui changez
le droit en absinthe, et qui foulez la terre de la justice…
ils ont en horreur celui qui parle sincèrement,…
vous opprimez le juste, vous recevez des présents
et vous violez à la porte le droit des pauvres. »
(5 : 7-12). Ces hypocrites croyaient-ils vraiment que Dieu
serait impressionné parce qu’ils s’étaient
assemblés à Béthel pour une fête
religieuse ? « Je hais, je méprise vos fêtes,
je ne puis sentir vos assemblées. Quand vous présentez
des holocaustes et des offrandes…éloigne de
moi le bruit de tes cantiques ; je n’écoute
pas le son de tes luths. » (5 : 21-23).
Qu’est-ce que Dieu voulait qu’ils fassent à
ce sujet ? « Mais que la droiture soit comme un courant
d’eau et la justice comme un torrent qui jamais ne
tarit» (5 : 24). S’ils ne changeaient pas leur
façon de faire, leur prospérité s’arrêterait
subitement, la nation serait détruite et le peuple
envoyé en exil. « Ils reposent sur des lits
d’ivoire… Ils extravaguent au son du luth...
Ils boivent du vin dans de larges coupes, ils soignent avec
la meilleure huile… C’est pourquoi ils seront
emmenés à la tête des captifs et les
cris de joie de ces voluptueux cesseront » (6 : 4-7).
« Ils aspirent à voir la poussière
de la terre sur la tête des misérables et ils
violent le droit des malheureux » (2 : 7).
Confrontation
Vous ne pouvez pas provoquer la mauvaise humeur de telles
personnes et vous en sortir aussi facilement. Il n’a
pas fallu beaucoup de temps pour que notre prophète
au franc-parler se retrouve face aux autorités qu’il
avait condamnées. Le grand-prêtre Amatsia ordonna
sa déportation. « Homme à visions, va-t-en,
fuis dans le pays de Juda ; manges-y ton pain ; et là
tu prophétiseras. Mais ne continue pas à prophétiser
à Béthel, car c’est un sanctuaire du
roi, et c’est une maison royale » (7 : 12-13).
Amos répondit calmement : « Je ne suis ni
prophète, ni fils de prophète » (7 :
14), et cela était évident. Aucun prêcheur
bien entraîné ne se serait comporté
comme lui. Il fallait être prudent avec ce que l’on
disait et ce, tout spécialement en période
de prospérité ; parler de généralités
et éviter de montrer du doigt la congrégation.
Etre prudent dans les prises de positions sur des sujets
sensibles. Pour survivre, il fallait être politiquement
correct. Si la religion devait rester respectable, il fallait
qu’elle obéisse aux règles, dont l’une
d’elle était de ne jamais empêcher de
tourner en rond.
Il semble qu’Amos ne connaissait pas cette règle
ou ne s’en souciait guère. Il ne faisait aucun
effort pour être accepté ou se faire une réputation.
« L’Eternel m’a pris derrière le
troupeau, et l’Eternel m’a dit : Va, prophétise
à mon peuple d’Israël » dit-il,
sans être intimidé par le grand-prêtre.
« Ecoute maintenant la parole de l’Eternel,
toi qui dis : Ne prophétise pas contre Israël,
et ne parle pas contre la maison d’Isaac. A cause
de cela, voici ce que dit l’Eternel : Ta femme se
prostituera dans la ville, tes fils et tes filles tomberont
par l’épée, ton champ sera partagé
au cordeau ; et toi, tu mourras sur une terre impure, et
Israël sera emmené captif loin de son pays »
( 7 : 15-17).
Nous ne savons pas ce qui est arrivé ensuite. Ce
fut peut-être la seule apparition en public d’Amos.
Il est plus que probable qu’il ait été
expulsé de la ville et que les noceurs aient essayé
de l’oublier, lui et ses déclarations tonitruantes.
Jour de jugement
Amos a certainement pensé qu’il était
un raté, malgré la sincérité
de ses intentions. Il ne voulait pas que ses voisins du
nord soient punis et, dans ses avertissements sévères,
il y avait le rappel de l’amour toujours présent
de Dieu pour son peuple choisi. Malgré cela, ils
ne voulaient rien entendre.
Amos, se sachant persona non grata à Béthel,
peut avoir décidé d’écrire son
message. Ainsi, du moins resterait-il une trace écrite
prouvant qu’il avait essayé de faire entendre
la parole de Dieu, peine perdue.
Israël continua à suivre avec entêtement
le chemin qu’il s’était tracé.
Dieu envoya d’autres prophètes, mais sans résultat.
25 ans après la venue d’Amos le désastre
survint : les Assyriens envahirent le pays et déportèrent
la plupart des chefs et leurs familles. Des étrangers
vinrent repeupler le pays. Il faudrait 2500 ans avant qu’une
nation du nom d’Israël existe de nouveau. Dieu
les avait avertis
Amos est mort depuis longtemps, mais ses paroles demeurent.
Nous pouvons les trouver dans le livre de l’Ancien
Testament qui porte son nom. Ses paroles s’appliquent
tout aussi bien aujourd’hui qu’à l’époque
où elles furent prononcées. Elles peuvent
servir de leçon à toute personne vivant à
une époque prospère mais qui perdrait de vue
ses responsabilités envers Dieu.
Par exemple, nous, ne vivons-nous pas à une époque
où les riches s’enrichissent encore plus, mais
souvent au détriment des pauvres ? Certains gaspillent
leur argent, d’autres se débattent pour survivre
tout simplement. Le nombre de crimes horribles a tellement
augmenté que les gens ont peur de sortir le soir.
Les amusements dont nous nous délectons font que
nos standards de moralité plongent de façon
vertigineuse. Nos journaux sont remplis d’histoires
de corruption et d’immoralité en haut lieu.
Mais pourquoi s’en soucier, tant que cela ne nous
affecte pas directement ? La vie continue son joyeux train-train.
Un prophète contemporain
Qu’arriverait-il si Amos était ici de nos
jours ? Penserait-il avoir encore du travail à faire
? N’ayant pas peur de la confrontation, il pourrait
essayer de faire passer son message. Alors, donnons-lui
quelques conseils : Avant de faire la même erreur
qu’à Béthel, il serait sage de prendre
un cours de relations publiques. Il se peut que vous rencontriez
dans notre société les mêmes problèmes
qu’avait naguère Israël, mais il faudra
mettre un bémol à vos propos. Un bon cours
de relations publiques pourrait vous aider à faire
passer votre message sans blesser l’audience ciblée.
Néanmoins, cela veut probablement dire qu’il
faudra faire quelques compromis concernant l’intégrité
de votre message. Toutes ces histoires d’immoralité
devront être rayées de votre discours, il ne
faut pas critiquer le style de vie des gens ! De préférence,
ne jamais désigner quelque chose comme étant
un péché.
Restez un peu flou sur ce qui est mal, les gens n’aiment
pas qu’on les juge. La manière dont vous parlez
de Dieu dérange ; comme s’il fallait Lui obéir.
Cela va jeter un froid ! Alors baissez d’un ton et
ne parlez que de principes spirituels, et tout devrait bien
se passer.
(Mais, vous êtes toujours ce même serviteur
de Dieu, franc et sans peur, qui a un jour essayé
de dire à une société corrompue, irresponsable
et cupide que Dieu n’était pas content d’elle.
Alors, vous allez probablement décider de ne pas
tenir compte de ces conseils et ne rien changer à
votre discours !)
* * * * * * *
AMOS
Par la voix d’Amos, Dieu a condamné le
gouvernement d’Israël, pour une série
de péchés particulièrement atroces
(Amos 2 : 6-8) :
• Exploiter les pauvres et les nécessiteux.
• Avoir des pratiques sexuelles perverses.
• Prendre des nantissements illégaux sur des
emprunts.
• Adorer de faux dieux.
La dégringolade morale d’Israël avait
débuté quarante ans plus tôt, en 802
Av. J.C. quand les Assyriens avaient écrasé
à sa frontière nord, la Syrie qui était
un redoutable ennemi d’Israël. Jéroboam
II avait pu ainsi étendre le territoire d’Israël
jusqu’en Transjordanie (2 Rois 14 : 23-29) à
la suite de quoi on avait assisté à la mise
sur pieds d’échanges commerciaux lucratifs
et à la montée d’une puissante classe
marchande en Israël. Malheureusement, ces nouvelles
richesses restèrent dans les mains des riches marchands
qui dépensaient celles-ci à améliorer
leur niveau de vie (Amos 3 : 10, 12, 15 ; 6 : 4). Ils négligèrent
complètement la grande classe paysanne qui était
depuis toujours l’épine dorsale de l’économie
israélienne.
Ces conditions économiques et sociales affectèrent
la religion en Israël. Le culte n’était
pas négligé, mais perverti. Les prêtres
continuaient à se conformer aux rites sur les lieux
saints nationaux, mais cela allait de pair avec l’impiété
(4 : 4-5) et l’immoralité (2 : 8). Et, fait
révélateur s’il en est, ils offraient
aux riches des cérémonies et des sacrifices
coûteux aux dépens des pauvres (2 : 8 ; 5 :
11).
Le message d’Amos allait au cœur du problème
car toute loi qui était brisée par impiété
ne pouvait être expiée par les rites, les fêtes
ou les offrandes uniquement (5 : 21-23). En fait, Dieu se
tenait sur l’autel prêt à le détruire
! (Amos 9 :1-4).
Le traitement réservé à Amos par Israël
est encore « la même chanson mais avec des couplets
différents ». 750 ans après la chute
d’Israël face aux Assyriens, la chanson était
encore la même. Les chefs religieux rejetèrent
aussi bien Jean-Baptiste que le plus grand des prophètes,
Jésus de Nazareth. Eux aussi étaient considérés
comme « politiquement incorrects ».
Selon Jésus « A qui donc comparerai-je les
hommes de cette génération, et à qui
ressemblent-ils ? Ils ressemblent aux enfants assis sur
la place publique, et qui, se parlant les uns aux autres,
disent : Nous avons joué de la flûte, et vous
n’avez pas dansé ; nous vous avons chanté
des complaintes, et vous n’avez pas pleuré
» (Luc 7 : 31).
Jésus ne dansait pas au son de la musique de ceux
qui gouvernaient au 1er siècle de notre ère
et il ne danse pas au son des différentes musiques
de notre monde d’aujourd’hui. Jésus en
exige autant de Son Eglise. Elle aussi doit s’élever
contre l’injustice, tout particulièrement contre
la cruauté et l’indifférence envers
les pauvres. Elle se doit de prendre position bibliquement
contre toutes les formes d’immoralité et de
corruption.
Le Dr. Martin Luther King jr. avait bien cerné le
problème : « L’Eglise n’est pas
le monstre ou le serviteur de l’Etat mais plutôt
la conscience de l’Etat. Elle doit en être le
guide et le critique et non l’outil. ». Naturellement,
elle doit être un guide rempli de grâce et d’amour,
qui mène les gens vers Jésus-Christ, leur
seule vraie source de vie.
Suivons-nous les courageux exemples d’Amos, de Jean-Baptiste
et de Jésus ou allons nous contribuer à «
la même chanson, mais avec des couplets différents
», en esquivant nos responsabilités pour faire
connaître la vérité absolue de l’Evangile
dans un monde post-moderne qui rejette cette vérité
absolue ?
Selon les dires du Dr. Meic Pearse, professeur de l’Histoire
de l’Eglise au London Bible College « …Nous
n’avons pas besoin d’être de parfaits
conservateurs pour voir que, dans les pays occidentaux,
le phénomène du « politiquement correct
» restreindra probablement la liberté des chrétiens
à exprimer leurs croyances dans des valeurs morales
absolues. Jusqu’où transigerons-nous sur nos
opinions et nos pratiques et sur la façon dont nous
les exprimerons, pour que notre carrière ou notre
éducation n’en souffre pas ?
…Il n’est pas irréaliste ou exagéré
de supposer que les pressions exercées sur les églises
chrétiennes, sur leurs chefs religieux, sur les communautés
et organisations chrétiennes ainsi que sur les chrétiens
eux-mêmes pour affaiblir et anéantir leurs
efforts à défendre la vérité
et l’intégrité, à dénoncer
les principes arbitraires de l’Occident post-moderne,
vont s’intensifier énormément d’ici
20 à 30 ans. Personne ne sera pendu ou écartelé.
Personne ne sera exécuté au petit matin. Il
y aura une pression constante pour faire sombrer dans toutes
sortes de secteurs d’immoralité. Les conséquences
sur la carrière, l’éducation ou la gestion
de l’Eglise, d’une communauté ou d’une
organisation chrétienne seront très importantes
si on ne capitule pas. Que ferez-vous ? Que ferai-je ? Jésus
aimerait bien le savoir.
1 Citation de Philip Yancey, What’s so Amazing
About Grace ? Page 238
2 Meic Pearce, Who’s Feeding Whom ? Pages 31-32