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Faut-il craindre un Dieu schizophrène ?
Neil Earle
 

Imaginez une scène se déroulant dans un palais de justice où vous êtes celui qui est condamné, confronté à certaines accusations. Vous avez admis votre culpabilité. Mais, alors que vous pénétrez dans la salle d'audience, vous remarquez que le juge vous adresse un petit signe de tête amical et rassurant, comme s'il vous connaissait depuis toujours.

 Il vous fait venir à la barre, et il vous déclare avec un chaleureux sourire paternel : « N’ayez pas peur, je connais bien votre cas. En fait, je vais être votre avocat de la défense ». Le théologien Shirley C. Guthrie, aujourd’hui disparu, a expliqué que c’est la façon dont nous devrions imaginer ce que la Bible appelle le Jugement. Guthrie a demandé : « Devons-nous parler de la colère de Dieu ? » Et il répond : « Oui, mais la colère de Dieu n’est pas comme celle des dieux. C’est la colère du Dieu qui était en Christ, réconciliant le monde à Dieu Lui-même » (Christian Doctrine, pages 261-262). 

Une camisole de force théologique 

Malheureusement, au lieu de permettre à l’amour de Jésus, à Sa compassion et à Sa tendresse de façonner leur compréhension de Dieu, beaucoup de chrétiens gravitent autour de ce que nous pourrions appeler un modèle « homologué » de salut. Le mot « homologué » ressemble à un terme juridique ou légal, et c’est ce qu’il est. Ce modèle homologué considère Dieu le Père comme étant austère et vindicatif, un Dieu effrayant, du courroux duquel Jésus doit nous sauver. Ceci suppose que le point de départ pour comprendre Dieu n’est pas Jésus-Christ, mais « la loi » sur laquelle repose le système légaliste de l’Ancien Testament. Ce modèle considère la loi comme étant tellement importante que même Dieu y est assujetti. Et puisque Dieu se soucie premièrement des amendes exigées par Sa loi, et seulement ensuite du bien-être des hommes, Il les punira pour avoir transgressé la loi de la même manière qu’un tribunal humain et le système légal d’un Etat le fait par le moyen d’une démonstration irréfutable de culpabilité suivie d’un verdict de culpabilité. 

Au cœur du modèle homologué se trouve la colère de Dieu contre l’humanité pécheresse.  Dieu est offensé, et quelqu’un doit payer. Jésus se présente et subit toute la force de la colère de Dieu contre le péché de l'homme.  

Cela signifie que notre amende a été payée pour nous, mais cela ne restaure en rien une relation d'amour et de confiance. Cette description d'une « divinité offensée » oublie que, premièrement et avant tout, Dieu est amour (I Jean 4 : 16), que Dieu travaille avec joie à mener « beaucoup de fils vers la gloire », et que notre salut était Son objectif « dès la fondation du monde » (Apocalypse 13 : 8). 

Ce modèle homologué oublie aussi une chose bien plus basique : que Jésus-Christ et le Père, de même que le Saint-Esprit, sont les trois Personnes du Dieu unique, et que le Fils ou la Parole faite chair en Jésus était la parfaite révélation du Père sous forme humaine. Le Père n’est pas une sorte de divinité courroucée et vindicative dont nous devons nous protéger, Il est juste comme Jésus. Souvenez-vous que Jésus est « l'empreinte de Sa personne [celle du Père] » (Hébreux 1 : 3). Le Père est plein de compassion et de miséricorde, un Dieu qui « prend plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices », tout comme Jésus. Jésus est le point de départ pour comprendre Dieu et non la loi. 

Dieu n’est pas schizophrène. Il n’a pas de dédoublement de la personnalité. Il n’y a pas un « bon Dieu », Jésus, et un « mauvais Dieu », le Père. Il y a un Dieu – Père, Fils et Esprit – qui nous aime inconditionnellement, et qui a pleinement payé par Jésus non seulement pour le pardon et la suppression de nos péchés, mais aussi pour notre entière participation à la relation d’amour que le Fils a partagée avec le Père depuis l’éternité. 

Adoption 

Dieu n’est pas occupé à former des valets obéissants, mais à édifier une famille. L’apôtre Paul a utilisé le mot « adoption » pour décrire le genre de relation que Dieu a créée pour l’humanité en Jésus-Christ (Ephésiens 1 : 4 – 5). A travers l’incarnation du Fils – par Jésus devenant l’un des nôtres et adoptant notre cause comme la Sienne – Dieu nous a attirés et nous a fait prendre part à la relation intime que Jésus a avec le Père. 

Nous voyons le pouvoir de cet amour intime que Dieu éprouve pour l’humanité dans la parabole du Fils Prodigue. Le fils repentant est accueilli à la maison par le Père, et rétabli dans tous ses droits filiaux (Luc 15 : 11 – 24). Cela dépeint le Dieu qui a réconcilié le monde avec Lui-même en Christ (II Corinthiens 5 : 19). La mort du Christ n’était pas un acte vindicatif d’abus divin sur Son enfant, comme le dénoncent certains critiques hostiles au christianisme. C’était une délivrance divine émanant de l’amour de Dieu pour nous (Jean 3 : 16), une intervention destinée à rétablir ce qu'Il avait déjà arrêté, et dont nous étions oublieux dans notre ignorance et nos ténèbres (Jean 3 : 19 – 20). 

Confrontée à ce dessein majestueux, la colère de Dieu peut être pleinement comprise : Son courroux – pas envers l’humanité pour le salut de laquelle Il a envoyé Jésus, mais envers le péché, celui qui détruit la relation qu’Il a toujours voulue pour nous en Christ. Dieu n’est pas un quelconque parent égoïste, plein de ressentiment, dans la tourmente émotionnelle parce que nous n’avons pas agi selon Ses règles.  

Dieu est Père, Fils et Esprit, aimant, fidèle et engagé d’une façon inconditionnelle à amener l’humanité dans la joie de Le connaître pour ce qu’Il est réellement. 

Miséricorde contre jugement

 Cependant, Dieu ne sera jamais en paix avec le péché. La grande tragédie humaine est que nous avons été totalement inconscients du pardon et de la réconciliation apportés par le Père à travers Jésus-Christ. Nous avons préféré les ténèbres à la lumière, et nous avons choisi d’ignorer ce que le Père nous offre par le Fils.

Par Christ, la désunion entre le monde et Dieu a été supprimée une fois pour toutes. La grande majorité des non-croyants sont simplement ceux qui, par faiblesse ou ignorance, résistent à l’influence du Saint-Esprit vivifiant de Christ, la Personne de la Divinité qui nous invite à abandonner notre dépendance aux ténèbres et au péché – qui témoigne dans nos cœurs de l’œuvre salvatrice, rédemptrice et réconciliatrice accomplie par Dieu à notre profit en Jésus (Jean 14 : 25 – 27 ; Jean 15 : 26). 

Jésus n’a pas juste apporté une bonne nouvelle, Il était la bonne nouvelle. Son enseignement insistait principalement sur la miséricorde, et pas sur la vengeance. Ses enseignements marquants reflètent le Dieu qui est amour, pour qui la miséricorde triomphe du jugement (Jacques 2 : 13). Ainsi donc, ce qui était insinué dans certaines parties de l’Ancien Testament devient le thème majeur dans les Evangiles : « Je prends plaisir à la miséricorde et non aux sacrifices ». Les propos de Jésus nous dépeignent un Père miséricordieux, un Bon Samaritain, des bergers en quête de leurs brebis, et des employeurs splendidement généreux, des guérisons, des exorcismes, un Grand Médecin qui a dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos »  (Matthieu 11 : 28).

   

http://www.christianodyssey.com/08/0808schizo.htm

Christian Odyssey / Août – Septembre 2008

Who's Afraid of the Schizophrenic God?

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