L’Israélite de jadis récitait
l’historique de son peuple pour se rappeler son identité
dans le monde, sa relation avec Dieu et comment il était
censé répondre au Dieu de son salut. Sa profession
de foi exprimait qui il était et comment il devait
vivre (Deutéronome 26:5-10).
Le fait de nous rappeler notre historique fait partie
de notre culte. Cela fait partie de notre profession de
foi et de notre compréhension de notre identité
devant Dieu et comment nous devons lui répondre dans
le monde. Voilà pourquoi la plupart des chrétiens
célèbrent l’Avent, Pâques et d’autres
fêtes en mémoire de notre Sauveur. Ces fêtes
expriment, en quelque sorte, qui nous sommes parce qu’il
s’agit d’une répétition de l’histoire
au coeur de nos vies et de notre identité. Jésus-Christ
est la Personne qui définit notre identité
dans le monde.
Le moment exact où débute notre historique
est enveloppé de mystère. Le récit
de la création débute simplement par les mots
Au commencement. Nous ne connaissons pas le moment exact
de la création d’Adam, ni celui où Jésus-Christ
s’était fait chair. Peu importe le moment où
l’incarnation a eu lieu, l’événement
s’est produit à un moment précis de
l’histoire telle que consignée par les évangélistes
Matthieu et Luc. C’est un récit d’une
bonne nouvelle sans précédent. D’où
la raison de la célébration pour nous et le
monde entier.
L’Eglise chrétienne comporte également
une histoire. L’on pourrait dire qu’elle remonte
à l’époque avant Moïse, à
l’appel d’Abraham. Par ailleurs, l’on
pourrait dire qu’elle débute à la naissance
de Jésus, à l’appel de ses disciples
ou par la mort et la résurrection de Jésus.
Ou encore, l’on pourrait dire que la Pentecôte
consignée dans Actes 2 constitue le point d’origine
de l’Eglise. Le reste du livre des Actes développe
l’histoire pour nous permettre de connaître
notre relation avec Jésus qui est mort et ressuscité,
et comment l’Eglise s’est répandue de
Jérusalem pour devenir une mission mondiale. Une
répétition du récit nous rappelle notre
identité et l’appel de nous occuper des affaires
de notre Père.
L’historique de l’Eglise a suivi son cours,
même si l’essentiel du récit n’a
pas été consigné dans les Écritures
comme les Actes. Entre autres, les martyrs de Polycarpe
et de Perpétue nous offrent un aperçu de la
foi des premiers croyants. L’ascension de Constantin,
le concile de Nicée, les écrits d’Augustin,
la rivalité de Rome et Constantinople constituaient
des événements majeurs qui ont façonné
le cours de l’Eglise pour des siècles à
venir. Par moment, chacun faisait comme bon lui semblait.
Certains leaders puissants régnaient en justice,
d’autres abusaient de leurs pouvoirs et maltraitaient
le peuple. Des moments de péchés, de captivité,
d’exil et de restauration se sont succédés.
En 1517, un événement important a eu lieu.
Martin Luther a protesté auprès des autorités
pontificales romaines pour des raisons doctrinales, en se
fondant sur la Parole de Dieu. Des étapes importantes
ont été franchies à Genève,
aux Pays-Bas, en Angleterre et en Amérique. Les gens
se souviennent de ces étapes importantes, car elles
ont joué un rôle décisif vis-à-vis
de notre identité.
Nous ne sommes pas luthériens, mais nous pouvons
nous identifier avec la position de Luther. Nous ne sommes
pas méthodistes, mais nous pouvons nous mettre à
la place de John Wesley au moment où il était
à Aldersgate et que son coeur a été
touché quand on a lu la partie de l’oeuvre
de Luther concernant la grâce.
Il y a cinq ans, en décembre, nous avons vécu
un événement important dans l’histoire
de notre Eglise quand mon père a prêché
un sermon sur la nouvelle alliance et le sabbat. Même
si nous avions annoncé d’autres changements
doctrinaux avant et après ce sermon, c’était
le changement qui a le plus affecté l’Eglise.
Les uns ne pouvaient l’accepter. Mais pour beaucoup
de gens, ce changement a été responsable d’une
très grande croissance spirituelle.
On avait même suggéré d’établir
une nouvelle fête au calendrier confessionnel pour
célébrer la nouvelle naissance de l’Eglise
Universelle de Dieu. Mais, serait-ce approprié de
célébrer cet événement mémorable
de l’histoire de notre confession ? Pouvons-nous commémorer
notre réforme pour nous rappeler nos origines, notre
identité et ce que Christ veut que nous soyons ?
On a suggéré d’appeler la fête
le jour de la Réforme, et de la célébrer
le 24 décembre, la date où on a prononcé
ce sermon à Big Sandy, au Texas, enregistré
sur bande vidéo pour fins de diffusion à travers
le monde. Cela nous aiderait-il ?
Nous ne voulons pas oublier nos racines, ni comment Christ
nous a conduits à lui, ni comment la grâce
nous a affranchis du légalisme. Des chrétiens
qui n’appartiennent pas à notre confession
peuvent même profiter de notre histoire, tout comme
nous profitons de l’histoire de Martin Luther. Certains
peuvent s’assimiler à notre lutte vis-à-vis
des oeuvres, en voyant notre relation avec Dieu en fonction
de ce que nous accomplissons. Bon nombre de chrétiens
bien intentionnés doivent toujours être affranchi
au moyen d’une nouvelle réforme.
Par ailleurs, il ne nous est pas nécessaire d’ajouter
une fête au calendrier confessionnel, encore moins
en décembre. Il y a quelque chose de beaucoup plus
important à penser, à savoir Jésus-Christ.
Il est la source de notre salut, de notre réforme.
Il est le coeur de notre identité. Il est celui à
qui nous répondons. Notre identité et notre
vie sont fondés sur un Dieu fait chair, un Dieu d’une
humilité incomparable, au point qu’il a choisi,
de son plein gré, d’être un homme comme
nous, dans la pauvreté et l’oppression.
Quelle ironie ! Jésus, un Juif, a été
persécuté par Hérode, le roi des Juifs,
et s’est réfugié en Egypte, parmi les
non-Juifs. Mais il n’est pas demeuré dans un
lieu de sécurité : il est retourné
à son peuple, un peuple qui, par la suite, l’a
rejeté dans sa ville natale et dans la capitale de
son pays. Il a été tué par des leaders
religieux qui s’enorgueillissaient de la supériorité
de leur morale, par des leaders politiques qui se flattaient
de leur administration de la justice. Celui qui était
saint a subi une mort ignoble. Celui qui était juste
s’était fait «péché»
pour nous.
L’auteur de la vie est mort parce que nous, les
êtres humains, ne pouvions être sauvés
autrement. Il nous était impossible de nous sauver
nous-mêmes. Notre seul espoir ? Que Dieu lui-même
vienne ici-bas comme l’un des nôtres, qu’il
vive sans pécher et qu’il soit un sacrifice
expiatoire pour nous ! Voilà l’origine de notre
identité --dans l’humilité, la souffrance,
la confiance en Dieu de la naissance à la mort. Jésus
nous a donné cet exemple et nous a appelés
à le suivre.
Selon Matthieu, notre histoire tire son origine auprès
d’Abraham. Elle inclut des ancêtres non-Juifs,
une prostituée, un adultère et une femme qui
devient enceinte avant le mariage. La gloire de Dieu était
cachée dans le sein de Marie, dans des circonstances
qui paraissaient scandaleuses aux yeux des autres. La gloire
de Dieu n’est-elle pas souvent ainsi cachée
aujourd’hui ? Voilà notre identité --
l’humilité, et parfois la honte. Nous n’avons
pas l’air de grand chose, même si la gloire
de Dieu vit en nous. Notre histoire débute dans la
honte, le péché, et avec Dieu qui nous cherche.
Il n’y a pas de quoi se vanter : nous devons tout
simplement admettre notre impuissance et nous tourner vers
Dieu pour obtenir sa miséricorde, ce qu’il
est prêt à nous accorder et à nous garantir
en Jésus-Christ. Notre histoire se fusionne à
la sienne, une histoire qui comprend la honte et la gloire
cachée jusqu’à la résurrection.
Non seulement Jésus est notre point d’identité,
il façonne également la réponse que
nous donnons à Dieu. Les paroles « soyez donc
miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux
» (Luc 6 : 36, version Louis Segond) et « de
même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous
aussi » (Colossiens 3:13, version Louis Segond) mettent
au point les paroles « soyez saints, car je suis saint
».
La bonté de Dieu envers nous, si manifeste en Jésus-Christ,
nous permet d’être bons envers les autres. En
Christ, nous pouvons faire pour autrui ce que Jésus
a fait pour nous. Voilà comment l’éthique
est intégrée à la nouvelle alliance;
voilà comment la grâce nous enseigne à
vivre une vie sainte. Nous sommes affranchis afin de pouvoir
aimer les autres comme Jésus nous a aimés,
non pas seulement avec des sentiments pieux, mais d’une
manière tangible.
Nous remettons notre vie à Jésus. Nous savons
que notre salut est assuré en lui. Nous avons été
libérés de la crainte de la mort, de la persécution,
du ridicule, de tout sentiment d’insécurité.
Puisque nous avons l’assurance en Christ, nous sommes
libres de faire de bonnes oeuvres en dépit des conséquences
négatives qui pourraient parfois les accompagner
dans ce monde déchu.
Nous sommes également libres de ne pas retenir
le pardon; il n’est pas nécessaire d’attendre
que l’autre soit amplement puni ou qu’il regrette
suffisamment sa faute avant de la pardonner. En Christ,
nous sommes également libres de rendre un culte à
Dieu en tout lieu, en tout temps. Nous sommes libres de
ne pas nous juger ou condamner les uns les autres à
cet égard. Nous sommes libres de ne plus jamais permettre
que des jours de culte deviennent des oeuvres de justice.
Nous sommes libres de nous laisser les uns les autres choisir
le moment de nous rassembler et la manière de célébrer,
de nous assembler dans la joie du salut et l’amour
mutuel par amour pour celui qui est mort et ressuscité
pour nous. En Christ, nous sommes libres de nous rassembler
aux moments opportuns pour la congrégation et le
champ de mission plutôt que lorsque cela nous convient
personnellement.
Somme toute, nous sommes libres en toute humilité
de nous joindre les uns les autres dans l’étable
et de faire de la mangeoire notre lit, d’être
au service les uns des autres dans l’amour de notre
Sauveur, d’être simples comme des colombes,
sages comme des serpents, toujours disposés à
apprendre.
Il y a cinq ans, nous avons franchi une étape importante
dans notre cheminement vers Christ. D’une part, cela
nous semble si loin dans le passé. D’autre
part, cela nous semble si récent. C’était
un moment stressant... cela l’est toujours, en quelque
sorte. Nos revenus ont chuté de façon dramatique.
Il est des membres qui sont toujours assis sur la clôture;
les uns tendent vers la gauche, les autres vers la droite.
D’autres n’assistent aux assemblées cultuelles
qu’à l’occasion, sans rien contribuer
à la communion fraternelle et sans rien en retirer.
Mais on ne peut arrêter le cours du temps. Certes,
on peut bien évoquer des souvenirs à propos
de notre cheminement et même y réfléchir.
Cependant, il ne faut pas que notre regard y reste fixé.
Il nous faut poursuivre notre chemin, car notre cheminement
n’est pas terminé. Christ nous a commandé
d’aller faire des disciples, de les baptiser et de
leur enseigner tout ce que Christ nous a commandé.
Nous savons où nous étions, il y a cinq
ans. Beaucoup se souviennent de l’heure et de l’endroit
précis où ils étaient au moment d’entendre
le sermon. À mon sens, cela constituera un événement
marquant pour nous. Longtemps après que la majorité
d’entre nous seront morts, notre confession pourrait
très bien envisager ce moment formateur comme l’événement
marquant lorsque la grâce de Dieu nous a aidés
à façonner notre identité.
Nos descendants spirituels peuvent bien envisager ce changement
doctrinal de bien des façons. Il illustre le besoin
de distinguer l’ancienne alliance de la nouvelle.
Il illustre la différence entre le légalisme
et la grâce. Il illustre comment le Saint-Esprit oeuvre
parmi le peuple de Dieu pour l’approcher de plus en
plus à Jésus-Christ. Mais un changement doctrinal
ne prendra jamais la place de Jésus. Ce ne sera jamais
plus important que l’histoire de Jésus. Sa
naissance, sa mort et sa résurrection sont les pierres
de touche des Ecritures.
Notre histoire nous est importante en tant qu’histoire
de Jésus à l’oeuvre au sein de son Eglise,
en train de racheter les hommes, de les corriger, de leur
enseigner et de les bénir. Notre histoire est également
une leçon de la douleur qui peut découler
des erreurs doctrinales. Nous ne voulons plus nous engager
dans cette voie. Aussi espérons-nous que notre histoire
aidera d’autres à éviter ce chemin de
douleur.
L’histoire a façonné notre compréhension.
Par contre, notre avenir est en Christ. Le passé
nourrit notre vision, mais cette dernière existe
pour l’avenir. Toute attention accordée à
notre historique ne rime à rien à moins que
nous nous demandions comment cela façonne ce que
nous faisons actuellement et comment cela affectera notre
destination ultime. Donc, où nous étions,
il y a cinq ans n’est peut-être pas aussi important
que ce que nous projetons d’être d’ici
cinq ans. Quel genre de peuple désirons-nous être
-- ou plutôt, où Christ désire-t-il
que nous soyons ?
Peu importe si nous nous retournons sur le passé
ou que nous regardons vers l’avenir, assurons-nous
de fixer le regard sur Jésus. Nous lui devons nos
vies. Nous vivons en lui. C’est pour lui que nous
vivons, que nous nous déplaçons, et c’est
en lui que nous existons. Nous appartenons à son
royaume, et nous sommes à son service. Christ le
Roi, né dans une étable, s’est plu à
habiter parmi les humbles qui reconnaissent avoir besoin
de lui.