L’évangile de Jean relate
une histoire intéressante qui se déroule au
début du ministère de Jésus-Christ
: Il alla à des noces, et changea l’eau en
vin.
Plusieurs aspects de ce récit le rendent intéressant.
Ce miracle semble avoir été mineur ; à
première vue, il relève plus d’un tour
de magie que de l’œuvre même d’un
Messie. L’intervention miraculeuse de Jésus
a sauvé de l’embarras l’ordonnateur de
la noce, mais ce miracle n’a pas vraiment soulevé
la question de la souffrance humaine comme l’ont fait
les guérisons opérées par Jésus.
Ce miracle fut accompli en catimini, à l’insu
de son principal bénéficiaire ; et pourtant
ce signe manifesta la gloire de Jésus (Jean 2 : 11).
L’aspect littéraire de ce récit est
intéressant. De tous les miracles que Jean connaissait
(Jean dit qu’il lui aurait fallu écrire un
livre entier pour relater tous les miracles du Christ),
il a choisi ce miracle de Cana pour débuter son évangile.
De quelle façon cela sert-il le dessein de Jean ?
Car son but est de convaincre ses lecteurs que Jésus
est vraiment le Christ ? (Jean 20 : 30-31). Comment ce récit
nous démontre-t-il que Jésus est bien le Messie,
et non pas un simple magicien (comme le Talmud le prétendit
par la suite) ?
Les noces à Cana
Ce récit commence par un mariage à Cana,
un petit village de Galilée. L’endroit semble
avoir peu d’importance, ce qui compte c’est
la noce. Jésus a accompli Son premier miracle dans
le cadre d’un mariage. Les mariages constituaient
les plus importantes et les plus grandes des fêtes
chez les Juifs, et les noces qui se déroulaient sur
une semaine entière reflétaient le niveau
social dont la famille jouissait au sein de la communauté.
Les noces représentaient de telles occasions de réjouissances
que pour décrire les bénédictions de
l’ère messianique, les gens utilisaient les
banquets de noces comme métaphore. Dans un certain
nombre de Ses paraboles, Jésus a aussi utilisé
l’image d’un repas de noces pour décrire
le Royaume de Dieu.
Jésus a souvent utilisé les miracles physiques
pour démontrer des vérités spirituelles.
Il guérit des malades pour démontrer qu’Il
avait le pouvoir de pardonner les péchés.
Il maudit le figuier comme signe du jugement prochain qui
s’abattrait sur le temple. Il fit des guérisons
le jour du sabbat pour montrer Son autorité sur le
sabbat. Il ressuscita des gens pour montrer qu’Il
était la résurrection et la vie. Il nourrit
des milliers pour montrer qu’Il était le pain
de vie. Et dans le récit qui nous intéresse,
Il fut la source d’une abondante bénédiction
lors d’un repas de noces, pour montrer qu’Il
sera l’hôte du banquet messianique dans le Royaume
de Dieu.
Le vin venant à manquer, Marie en parla à
Jésus qui lui répondit : « qu’y
a-t-il entre moi et toi ? » (Jean 2 : 4). En d’autres
termes, « en quoi cela me regarde-t-il ? » «
Mon heure n’est pas encore venue. » Et pourtant,
même si Son heure n’était pas encore
venue, Jésus intervint quand même. Jean souligne
ainsi que Jésus accomplissait un miracle en avance
sur Son « planning ». Les noces de l’Agneau
n’étaient pas encore là ; cela n’empêcha
pas Jésus d’agir. L’ère messianique
avait débuté bien avant qu’elle n’existât
dans toute sa plénitude.
Marie s’attendait à ce que Jésus fasse
quelque chose puisqu’elle demanda aux serviteurs de
faire ce que Jésus leur indiquerait. S’attendait-elle
à ce que Jésus accomplisse un miracle, ou
qu’Il fasse une course rapide chez le marchand de
vin du coin ? On ne le sait pas .
De l’eau cérémonielle changée
en vin
Or, il se trouvait là six vases de pierre qui étaient
destinés aux rites de purification des Juifs. Chaque
vase contenait deux ou trois mesures (de 24 à 36
litres) d’eau, ce qui représentait un poids
bien trop lourd pour qu’on puisse le soulever et en
verser le contenu. Cela représentait une grande quantité
d’eau, rien que pour la purification. Cette scène
devait se produire dans l’une des propriétés
les plus riches de Cana.
Le changement de cette eau en vin semble constituer le
pivot du récit ; un tel changement, d’état
sur le plan physique, symbolise une transformation spirituelle
dans le judaïsme en rapport avec le symbolisme des
rites de purification. Imaginez un instant ce qui se serait
produit si les invités présents aux noces
avaient voulu se relaver les mains. Ils se seraient dirigés
vers les vases de purification, pour réaliser soudainement
qu’ils étaient remplis de vin. Il n’y
aurait pas eu d’eau pour pratiquer leur rituel. La
purification spirituelle par le sang de Christ supplanta
les rituels de purification. Jésus a accompli la
signification symbolique des rituels en se substituant Lui-même
à eux. Ce qui est nettement mieux.
Les serviteurs remplirent les vases à ras bord,
nous dit Jean (verset 7). Et comment ! Jésus a accompli
totalement les rituels et les a rendus obsolètes.
A l’ère messianique, il n’y a pas de
place pour les rituels de purification. Les serviteurs puisèrent
donc ensuite du vin, et en apportèrent au maître
de cérémonie qui confia à l’époux
que : « Tout homme sert d’abord le bon vin,
puis le moins bon après qu’on s’est enivré
; toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à
présent » (verset 10).
Pourquoi pensez-vous que Jean rapporte de tels propos ?
S’agit-il tout simplement de conseils en vue de prochaines
noces ? Ou encore pour montrer que Dieu peut produire un
vin de grande qualité ? Non, Jean veut nous faire
comprendre le symbolisme spirituel rattaché à
ce miracle.
Les Juifs étaient comparables à des personnes
« qui avaient bu du vin » pendant si longtemps
(en accomplissant les rituels de purification) qu’ils
en étaient devenus incapables de reconnaître
un vin de qualité supérieure. Lorsque Marie
s’est exprimée en disant : « Ils n’ont
plus de vin », cela symbolisait le fait que les rites
de purification étaient devenus dénués
de leur sens spirituel. Jésus les remplaçait
par quelque chose de nouveau et de meilleur.
Nettoyer le temple
Dans le même ordre d’idée, Jean écrit
ensuite que Jésus a chassé les vendeurs du
temple (Jean 2 : 13). Les commentateurs bibliques consacrent
plusieurs pages à se demander si cet épisode
est le même que celui relaté par Matthieu (chapitre
21, verset 12), mais qui, dans son récit, le place
à la fin du ministère de Jésus. Quoiqu’il
en soit, Jean, contrairement à Matthieu, décrit
l’événement au début de son évangile
en raison de sa symbolique.
Là encore, Jean situe le récit dans le contexte
du judaïsme : « La Pâque des Juifs était
proche » (verset 13). Jésus trouva dans le
temple des vendeurs d’animaux (destinés aux
sacrifices d’expiation et d’actions de grâces)
et des changeurs de monnaies (pour payer les taxes du temple).
Donc Jésus fit un fouet et les chassa hors du temple.
C’est surprenant qu’un seul homme puisse chasser
autant de vendeurs à la fois. Je pense que les vendeurs
savaient qu’ils ne devaient pas se trouver là,
et que les gens présents ne tenaient pas non plus
à qu’ils y soient. Jésus a donc agi
selon le désir de la foule, et les vendeurs savaient
qu’ils étaient en minorité par rapport
à celle-ci. L’historien Flavius Josèphe
mentionne plusieurs autres cas où les responsables
juifs avaient voulu changer la manière dont certaines
choses se pratiquaient, mais qu’ils s’étaient
heurtés à la désapprobation violente
des citoyens qui les contraignirent à y renoncer.
Jésus ne s’est pas opposé à
ce que l’on vende des animaux destinés aux
sacrifices, ou à ce que l’on échange
de l’argent pour les offrandes du temple. Il n’a
rien dit sur les prix que les vendeurs pratiquaient. Son
objection concernait simplement l’endroit où
ils faisaient leur commerce ; ils agissaient dans la maison
de Dieu en en faisant une maison de trafic (verset 16).
Ils avaient transformé la religion en une affaire
de commerce. Donc, les responsables juifs n’ont pas
arrêté Jésus, car ils savaient très
bien que la foule Le soutenait, mais ils Lui ont néanmoins
demandé de quel droit Il avait fait cela (verset
18). Jésus ne fit aucune allusion à ce qui
n’allait pas dans le temple, mais Il changea complètement
de sujet, pour dire : « Détruisez ce temple,
et je le rebâtirai en trois jour » (verset 19).
Jésus parlait de Son propre corps, mais les leaders
juifs ne l’ont pas compris ainsi. A l’évidence,
ils ont considéré la réponse de Jésus
comme ridicule, mais ils ne L’ont pas arrêté
pour autant.
La résurrection de Jésus montre qu’Il
avait l’autorité pour purifier le temple, et
que Ses paroles constituaient la préfiguration de
sa prochaine destruction. Lorsque les responsables juifs
tuèrent Jésus, ils détruisirent du
même coup le temple, car la mort de Jésus rendit
caducs tous les sacrifices qui s’y faisaient. Et trois
jours plus tard, Jésus fut ressuscité et Il
établit un nouveau temple, Son Eglise.
Beaucoup crurent en Jésus à cause des signes
miraculeux qu’Il accomplit, nous dit Jean (Jean 4
: 54 relate le « deuxième » signe miraculeux
; cela me fait penser que l’épisode des vendeurs
du temple n’est pas placé selon l’ordre
chronologique ; cela importe peu parce que ce récit
est une représentation du ministère de Jésus).
Jésus allait mettre un terme au système sacrificiel
du temple ainsi qu’à ses rituels de purification
; les responsables juifs allaient L’y aider, sans
le savoir, en essayant de tuer Jésus. Mais trois
jours plus tard, l’eau serait changée en vin
et les rituels dénués de vie seraient transformés
en la meilleure boisson qui soit.
En rapport avec nous
Quelles leçons pouvons-nous tirer de ces deux récits
? Premièrement, il serait bien que les chrétiens
se demandassent si certaines de nos traditions ne seraient
pas dépassées, et si elles ne nous empêcheraient
pas de voir les nouvelles voies de croissance dans lesquelles
Christ voudrait nous voir marcher. Il pourrait s’agir
de nos fêtes liturgiques ou de la manière dont
on les observe. Peut-être est-ce la manière
dont nos Eglises sont organisées et dirigées
? Peut-être s’agit-il des restrictions inutiles
concernant qui peut faire quoi ? Il pourrait s’agir
d’attitudes envers l’évangélisation
même. Nous ferions bien de nous demander si nos traditions
ne sont pas devenues aussi caduques que les eaux de purification,
et si Jésus ne voudrait pas les changer en quelque
chose de beaucoup plus stimulant.
Nous pouvons aussi nous interroger sur notre attitude envers
l’argent. Est-ce que l’argent occupe une place
plus importante à nos yeux que notre relation avec
Dieu ? Nous pouvons nous poser cette question aussi bien
au regard de notre Dénomination, qu’à
celui de notre église locale. Et l’on peut
se demander d’un point de vue personnel, si le temps
passé à faire du shopping ou à parler
d’argent est plus important que celui que nous consacrons
à l’Eglise. Le matérialisme et les soucis
financiers occupent-ils la place de l’adoration que
nous devrions consacrer à Dieu ? Ces deux questions
ne valent-elles pas la peine d’être posées
?