Rubrique Partage et Confidence :
"Parce que vous le valez bien !"
M-A. Picard
 

Le jour se lève à peine et voilà que commence pour chacun les gestes habituels pour démarrer la journée d'un bon pied. C'est bien souvent le même rythme, les mêmes horaires qui s'affichent. Certains commenceront par le petit-déjeuner, d'autres se précipiteront sous la douche. Ce sont les rites du réveil !

Mais avant de partir, avez-vous vraiment pris soin de vous ? Avez-vous pensé à préserver votre capital peau des agressions extérieures que vous allez rencontrer tout au long de la journée ? Quel soin de beauté allez-vous donc adopter ce matin ? Un soin anti-peau grasse ? Anti-rides d'expressions, anti-relâchement, anti-traits tirés, anti-imperfections peut-être ? A moins que vous ne préfériez votre soin ADN végétal, sérum végétal ou encore de Pro-Rétinol ou de Par Elastyl ? Et vos Oméga-Céramides alors pour la stimulation de vos béta-endorphines pour activer votre micro-stimulation ? Vous ne pouvez pas non plus mettre le pied dehors sans utiliser votre acide boswellique qui, associé au manganèse, luttera pour vous, efficacement c'est sûr, contre les micro-crispations de votre peau qui sont à l'origine de vos rides !

J'exagère un peu, mais vous serez d'accord avec moi pour faire ce constat, à savoir qu'il existe un festival de mots, et des mots nouveaux à chaque semaine, phonétiquement plus savants les uns que les autres, qui sortent sur le marché et qui inondent nos écrans de télévision et nos panneaux publicitaires. Tout cela pour combler les besoins de notre si convoitée peau !

Bref, les leaders de la cosmétique s'occupent de nous, ils ont tout prévu. Nous avons l'embarras du choix. D'ailleurs le numéro 1 des cosmétiques est heureux d'afficher, dans son rapport financier trimestriel, grâce à ses 18 marques, un chiffre d'affaires de 3,94 milliards d'euros en progression de +11,3% uniquement pour un trimestre en 2006 ! Chapeau, nous ne nous négligeons pas ! C'est normal disent les experts en cosmétiques, «nous le valons bien» !

On nous donne ainsi les moyens d'être toujours au top, magnifiques et en contrôle sur tous les fronts, tant au niveau de nos responsabilités familiales que du monde du travail, et cela sans une ride ! Même les rides d'expressions ne sont plus à la mode, ni les bienvenues ; on préfère le Botox, quitte à ce que cela vous fasse paraître figé(e)s ! Plus inquiétant encore, ces soins du visage sont proposés à nos jeunes filles dès le printemps de leur adolescence ; «il faut déjà les fidéliser et les préparer à la crème anti-rides», dira-t-on !

Les hommes ne sont pas épargnés par le phénomène de lutte contre la ride, et eux souvent vont compenser un «manque de beauté» à l'aide d'un statut social, de pouvoir ou encore à l'aide de l'argent. On le voit aussi souvent dans les films, ces hommes souhaiteront avoir une belle femme à leur côté au lieu d'une «bonne» femme, cela en tant que marqueur social, de façon à affirmer leur semblant de puissance !

Il est certain que la beauté est du domaine subjectif ; elle répond souvent à des phénomènes de modes, de normes culturelles ou à des goûts individuels. Néanmoins, il existe tout de même des critères universels souvent liés à l'âge et à la symétrie du     visage.

On prône haut et fort que la discrimination par l'âge, le poids, le look, la couleur de peau ne sont pas de mise dans le monde du travail. Et pourtant, quelle hypocrisie ! Et cela ne date pas d'aujourd'hui ! Aristote le déclarait lui-même : «La beauté est une meilleure recommandation que n'importe quelle lettre». C'est triste, mais hélas, c'est souvent vrai dans le monde du travail et dans le monde tout court ! On veut nous faire croire que ce qui est beau est forcément bien. C'est là le danger, car il existe une corrélation terrible entre la beauté et l'estime de soi. Celui à qui on a dit dans son enfance qu'il était laid, ou jamais à la hauteur, devra apprendre à compenser, ou souffrira hélas, d'un perpétuel mal-être.

Alors quoi, on doit se négliger et ne pas profiter de ces avancées en recherche et développement des cosmétiques qui nous permettent tout de même de mieux nous accepter en prenant soin de nous, et par ce biais, d'accepter le regard de l'autre posé sur nous ?  Ne devons-nous pas prendre soin de notre esthétisme sous prétexte que c'est la beauté intérieure qui compte et non pas le look ? Doit-on garder les mêmes vêtements depuis vingt ans et jamais ne rien dépenser sous prétexte que tout cela n'est que vanité et poursuite du vent ? Que nous disent les Saintes Ecritures sur le sujet de la beauté ?

Dans l'histoire de Léa et de Rachel avec Jacob que l'on peut découvrir dans le livre de la Genèse au chapitre 29 à partir du verset 15, on constate que la beauté de Rachel est déterminante dans le choix de Jacob de sa future femme. «Léa avait les yeux délicats [la vue faible] ; mais Rachel était belle de taille et belle de figure» (verset 17). Sans aborder le sujet de la polygamie, il est certain que la beauté n'était pas synonyme de bonté lorsque l'on voit la jalousie féroce éprouvée par chacune des deux sœurs épouses exprimée ensuite dans le contexte de la descendance de Jacob (chapitre 29, versets 31 à 35 ; 30 : 1 à 24).

Nous avons un autre exemple où la beauté semble avoir été le critère de sélection de l'Eternel, lorsqu'on se réfère au premier livre de Samuel chapitre 16 et au verset 12. Nous sommes dans le contexte où David est choisi pour être l'oint d'Israël. Tous les fils d'Isaï avaient été passés en revue et finalement l'Eternel demanda à ce qu'on envoie chercher David. Les Ecritures soulignent alors que David «était blond, avec de beaux yeux et une belle figure».  L'a-t-on choisi uniquement pour son look ? Et bien non, pas uniquement, même si cela avait une importance. Il faut se référer dans le récit au verset 7 pour mieux comprendre en lisant, cette fois sur Eliab, ce que l'Eternel dit : «Ne prends point garde à son apparence et à la hauteur de sa taille, car je l'ai rejeté». On comprend très bien qu'Eliab avait aussi tout comme David un beau physique, c'est le regard que les hommes avaient sur lui. Et pourtant, continuons toujours  au verset 7 : «L'Eternel ne considère pas ce que l'homme considère; l'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Eternel regarde au cœur». Voilà qui est rassurant. Nous pourrons tester toutes les crèmes du monde, elles ne changeront jamais radicalement le capital beauté que nos parents nous ont légué ; mais par contre, il existe un regard, celui du Père qui va au-delà de notre apparence physique.

Enfin, analysons le regard de Dieu sur Jérusalem qu'Il personnalise dans le livre d'Ezéchiel : «Je te donnai des vêtements brodés, et des chaussures de peaux teintes en bleu (…) Je mis des bracelets à tes mains, un collier à ton cou (…), je mis des pendants à tes oreilles. (…) Ainsi, tu fus parée d'or et d'argent, et tu fus vêtue de fin lin, de soie et d'étoffes brodées (…). Tu étais d'une beauté accomplie (…). Ta renommée se répandit parmi les nations, à cause de ta beauté ; car elle était parfaite, grâce à l'éclat dont je t'avais ornée, dit le Seigneur, l'Eternel» (Ezéchiel 16 : 9 à 14). De toute évidence, nul ne peut dire que la beauté n'a pas d'importance pour le Père. Il est certain que nous devons prendre soin de nous, prendre soin de notre corps. Si nous sommes dans des conditions favorables financièrement pour améliorer notre garde-robe, ou les soins cosmétiques que l'on s'octroie, il n'y a rien là de condamnable ;  tout est dans l'équilibre et le but recherché (I Corinthiens 6 : 12 à 20). Comme le mentionne l'Ecriture, «tout m'est permis, mais tout n'est pas utile». En effet, le désir d'un beau look peut devenir pathologique quand il conduit chez le chirurgien esthétique à maintes reprises afin de vouloir exorciser par le biais du bistouri le mal-être intérieur. Le problème est alors ailleurs, et nous ne le développerons pas ici.

Dans ce monde de paraître, le chrétien ne peut pas négliger son apparence sous prétexte qu'il travaille l'homme intérieur. En même temps, il ne peut pas non plus tomber dans ces pièges médiatiques et ces campagnes de marketing qui poussent à vouloir paraître ce qu'il n'est pas. Ces pièges nous entraînent à nous concentrer sur notre propre personne, sur nos propres besoins, et tant pis pour les autres. En agissant ainsi, nous n'encourageons ni l'esprit de sacrifice, ni l'oubli de soi, mais malheureusement plutôt le «pense à toi d'abord», ou le «plus tu en mets, plus tu en as». Nous sommes loin du «donner» ou du «don de soi». Et bien plus proches du «prendre» et du «moi d'abord».

Le chrétien doit aspirer à l'authenticité : «Approchons-nous donc avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, les cœurs purifiés d'une mauvaise conscience, et le corps lavé d'une eau pure» (Hébreux 10 : 22). Il nous faut perdre ce masque de l'apparence pour que «tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l'approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l'objet de [nos] pensées» (Philippiens 4 : 8). Cela apporte une profondeur aux gestes quotidiens que nous faisons pour nous préparer pour la journée. Cela va au-delà de la crème de protection mis»à la va-vite. C'est la réflexion que l'on se fait en début de journée en se disant que cette journée, c'est celle que Dieu a faite, et «qu'elle soit pour nous un sujet d'allégresse et de joie !» (Psaumes 118 : 24) ; elle va au-delà d'un choix de vêtements, d'une mode, car il s'agit d'un choix de vie où l'on cherche à être en harmonie avec soi-même sans devoir toujours essayer de coller à une image qui n'est pas la nôtre. Pourquoi ? Pour vouloir impressionner ? Pour avoir une identité ? C'est une réflexion que chacun doit avoir, et souvent, elle ne concerne pas seulement nos jeunes adolescents et nos jeunes adultes, mais nous tous !

Le chrétien peut être rassuré sur ce bien-être. Peu importe sa beauté physique, il y a un bien-être, une beauté, qui est un don de Dieu. En effet, l'Ecclésiaste nous enseigne à savoir que «Dieu fait toute chose belle en son temps ; même il a mis dans le cœur de l'homme la pensée de l'éternité, bien que l'homme ne puisse saisir l'œuvre que Dieu fait, du commencement jusqu'à la fin. J'ai reconnu [dit L'Ecclesiaste] qu'il n'y a de bonheur pour eux qu'à se réjouir et à se donner du bien-être pendant leur vie ; mais si un homme mange, boit et jouit du bien-être au milieu de tout son travail, c'est là un don de Dieu» (Ecclésiaste 3 : 9 à 13).

N'avez-vous jamais remarqué qu'à force de fréquenter une personne généreuse, douce et agréable, celle-ci nous apparaît avec le temps de plus en plus belle ? A l'inverse, à force de découvrir une vilaine personnalité, on peut très rapidement passer de l'impression initiale d'une femme belle ou d'un homme beau à quelqu'un qui vous donne davantage l'envie de fuir. L'exemple nous est donné dans la suite de l'histoire de l'Ancien Testament citée plus haut au sujet de Jérusalem personnalisée en femme. Lorsque vous lisez Ezéchiel chapitre 16, du verset 6 à 14, nous la trouvons magnifique cette Jérusalem, et c'est l'Eternel qui l'a embellie. Par contre, l'attitude de cette femme et son comportement décrits ensuite à partir du verset 15 jusqu'au verset 34, font en sorte que l'image que l'on s'était faite d'elle devient laide. Elle ne nous attire plus ! Et pourtant, cette femme physiquement n'a rien modifié ; c'est son cœur qui a parlé. Aussi, nous devons demeurer dans la Lumière pour que tout notre corps rayonne (Luc 11 : 34 ; Matthieu 6 : 23).

Il est certain que nous ne pouvons pas y échapper ; nous vivons dans un monde où il nous faut être sages dans nos relations quotidiennes. Nous devons apprendre à vivre avec notre temps (I Corinthiens 9 : 20 à 22). Si nous devons postuler pour un emploi de bureau, une certaine tenue est de mise. Sous prétexte qu'on a la foi, on ne peut pas y aller en basket et en bermuda et être surpris ensuite de ne pas obtenir le poste. Tout est dans l'équilibre, le bon sens, et dans la bonne perspective que l'on donne à ces choses apparentes. Mais on aura beau dire, la personnalité, le regard de la personne peuvent aussi faire toute la différence.

Contrairement à ce que disent les publicités, telle ou telle crème issue de la recherche scientifique ne nous apportera pas bien-être, amour, joie et bonheur. Elle pourra y contribuer mais à son tout petit niveau. Le travail à effectuer est d'abord sur soi, il est intérieur ; il peut se faire, en début de journée, face au miroir, lorsqu'on demande à Dieu d'être présent dans nos vies et dans les rencontres que nous ferons dans les 24 heures qui suivront ce lever.

Ne nous y trompons pas ; ne choisissons pas une vaine poursuite de la beauté éphémère, acceptons nous davantage tels que nos parents nous ont mis au monde, tels que Dieu nous a créés. Essayons d'améliorer ce que nous pouvons tant physiquement, moralement que spirituellement à la grâce de Dieu. Ayons la force d'accepter nos faiblesses et nos laideurs, mais aussi le courage d'accepter que certaines choses ne pourront jamais être changées. Demandons à Dieu le pouvoir de les accepter et d'agir avec notre corps toujours avec sagesse. Et surtout, comme le mentionne si sagement le proverbe, ne perdons pas de vue que «la grâce est trompeuse, et la beauté est vaine ; la femme qui craint l'Eternel est celle qui sera louée. Récompensez-là du fruit de son travail et qu'aux portes ses œuvres la louent» (Proverbes 31 : 30 à 31). Il ne s'agit plus là de port de tête, de look, de postes occupés, d'argent, de façon de parler, de paraître, mais de dimension du cœur, de la relation avec Dieu qui rayonne à travers la personne. Ne serait-ce pas là, la clef du bien-être tant au féminin qu'au masculin, parce que nous le valons bien ?
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