Lors d'une récente étude biblique pour des Seniors, une dame presque centenaire m'a demandé : «Dans quel but Dieu permet-Il que je vive aussi longtemps ?» Je ne lui ai pas répondu sur le champ, mais lors d'une autre occasion, j'ai demandé au groupe de se reporter au livre de l'Ecclésiaste.
Contrairement aux écrits des Proverbes qui sont destinés aux jeunes, l'Ecclésiaste semble avoir été écrit pour les personnes âgées. L'auteur, probablement Salomon, fait le point sur une longue vie riche en événements. Il avait touché à tout, et goûté à tout. Il constate la futilité de ses remarquables expériences.
J'aime la version d'Eugène Perterson de l'Ecclésiaste qui s'intitule Le Message, et qui rend très prosaïques les observations franches et presque cyniques de l'auteur. Sa version commence ainsi : «Fumée, rien que de la fumée…Il n'y a rien de rien. Tout n'est que fumée,» (1 : 1-2). Il continue «…Une génération s'en va son chemin, une autre la remplace, mais rien ne change, les affaires suivent leur train-train habituel sur la bonne vieille planète» (versets 3 et 4, traduction libre). Cette litanie continue sur 12 chapitres et parle de la lassitude du monde. «J'ai fait tout mon possible pour percer à jour l'absurdité de la vie. Je voulais mettre ma main sur tout ce qui était possible à un mortel d'entreprendre sur terre». «Mais quand je regarde, je ne vois que fumée. Fumée et poursuite du vent». (2 : 11). «Cherche aussi diligemment que tu voudras, tu n'en trouveras pas le sens» (8 : 17).
Alors que nous lisions ces passages, chacun dans le groupe acquiesçait à sa façon : «Oui, c'est bien ça». «Il a trouvé les mots justes» ; «Oui, monsieur. C'est ce que je ressens aussi parfois». Quelqu'un a ensuite demandé : «Mais que viennent faire pareilles choses dans la Bible ? Je lis toujours la Bible pour trouver de l'encouragement. Cela paraît tellement pessimiste».
«Mais c'est bien ainsi que vous vous sentez parfois, n'est-ce pas ?» leur ai-je demandé. Ils répondirent que oui. Celui qui a écrit ce livre comprenait bien ce que cela signifie de vieillir. «Les choses progressent vers un stop final, en grinçant… Vous êtes en chemin vers votre dernière demeure, pendant que vos amis préparent vos funérailles» (12 : 3-5).
Et tous se mirent à rire. C'était tellement vrai. «Eh bien», leur ai-je dit, «C'est tout ce que je peux faire. Je n'ai pas répondu à la question, mais ce livre nous montre qu'il n'y a rien de mal à s'interroger.
Même si l'Ancien des Jours n'éprouve jamais la sénilité ou les autres effets du vieillissement, Il connaît d'avance les choses qui nous causent de l'inquiétude dans nos vieilles années.» L'Ecclésiaste est un rappel que nous sommes 100 % vivants jusqu'à ce que nous soyons 100% morts. Donc, «Même si vous vivez longtemps, ne prenez pas un seul jour pour acquis. Profitez de chaque heure du jour en gardant à l'esprit que vous connaîtrez aussi des heures sombres et que ce qui vient au-devant de vous représente en grande partie de la fumée» (11 : 8).
A un moment donné, tout deviendra clair. Cette vie, même si elle semble durer encore et encore, ne représente que les premières notes d'une symphonie que Dieu veut partager avec nous pour l'éternité. «Le fin mot du discours est le suivant : crains Dieu. Fais ce qu'Il te demande. Et voilà tout. Au final, Dieu exposera au jugement toutes les intentions de ce que nous avons fait, soit bonnes ou mauvaises» (Ecclésiaste 12 : 13).
Il semblerait qu'au crépuscule de la vie de ce vieil homme cynique qui écrivit l'Ecclésiaste, c'est la foi en la grâce divine qui l'emporta.