“Nous n'héritons pas de la planète de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants !”, tel était le thème de la conférence des Nations Unies de Vancouver sur l'environnement appelée “Habitat”, il y a une trentaine d'années.
Sujet de réflexion tout simple, mais ô combien profond et vrai. Alors délégué au forum des peuples pour une association internationale des villes, cette affirmation m'avait interpellé de façon dramatique et magistrale. Mais en avons-nous vraiment tiré la leçon ?
N'était-ce pas là, effectivement, une réflexion juste, sage, responsable et judicieuse d’aborder les problèmes de développement et de protection de l'environnement ? N'était-ce pas véritablement la façon intelligente d'appréhender toute question concernant la gestion des ressources naturelles si limitées de la planète et les questions de pollution ? Affirmer qu'on hérite la planète de nos parents, signifie qu'on n'y peut rien, il faut faire avec ce que l'on reçoit, et vous devrez aussi faire avec ce que nous vous laisserons. C'est une attitude égoïste et irresponsable. L'éthique, en ce qui concerne le développement, devrait être au contraire : quelles seront les conséquences des choix de développement et de consommation de chacun de nous aujourd'hui sur les générations à venir ? En d'autres termes, quelle planète laisserons-nous à nos enfants ?
En matière d'environnement, il faut être proactif, non réactif.
Il est certain que, si nous consommons sans penser à demain, si nous gérons mal la diminution des ressources naturelles et si nous négligeons de protéger l'environnement, il y aura de terribles conséquences et de graves tensions sur le plan international. En effet, les problèmes sont nombreux et croissants. En 1998, le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) diagnostiquait les dix plaies majeures de la terre : dégradation des sols, changements climatiques et gaspillage énergétique, réduction de la biodiversité, déforestation, menaces sur l'eau douce, pollutions chimiques, urbanisation anarchique, surexploitation des mers et pollution du littoral, pollution de l'air, enfin les trous dans la couche d'ozone. A cela, nous pourrions rajouter d'autres menaces d'un autre ordre mais tout aussi réelles : explosion démographique, vagues migratoires massives, propagation d'épidémies, voire de pandémies, risques de prolifération nucléaire voire bactériologique… Les experts sont unanimes pour affirmer que ces nombreux problèmes, souvent conjugués, vont engendrer des mouvements de populations des plus gigantesques de l'histoire de l'humanité, provoquant des conflits entre nations, amplifiant gravement les tensions régionales et les violences interethniques.
La bataille de l'eau
Sans prise de conscience, sans responsabilité sociale et personnelle des individus, la planète va tout droit à la catastrophe. Dans quelques décennies à peine, la maîtrise de l'eau deviendra l'un des enjeux les plus importants de la planète car les réserves en eau douce et potable atteindront des niveaux dangereusement bas dans plusieurs régions du globe (Moyen-Orient, Asie, Sud des Etats-Unis…). En Afrique, par exemple, l'Egypte et l'Ethiopie risquent de se faire la guerre pour l'accès et le contrôle de l'eau du Nil. L'Arabie Saoudite, qui croule sous la richesse de ses pétrodollars provenant de l'or noir, aura pourtant beaucoup de mal à se procurer de l'eau en quantité suffisante pour ses propres ambitions de développement, notamment celle de faire reverdir son désert. L'eau, c'est aujourd'hui l'une des préoccupations majeures des pays du Proche-Orient et du Moyen-Orient.
Il faut savoir, par exemple, que la source du “Croissant fertile”, l'Euphrate, le grand fleuve mésopotamien, est l'enjeu d'une bataille économico-politique entre la Syrie, la Turquie voire l'Irak. En effet, le projet Turc du Sud-Est anatolien, est l'un des chantiers les plus importants au monde : 22 barrages (sur le Tigre et l'Euphrate), 19 centrales hydroélectriques, plus de 7.000 kilomètres d'irrigation, 2 tunnels d'adduction d'eau géants… mais aux conséquences désastreuses sur les pays voisins, dont les terres risquent de devenir de plus en plus stériles, si l'eau n'est pas équitablement répartie. La tension est d'autant plus réelle que la Turquie est l'un des trois rares pays n'ayant pas ratifié la Convention Internationale sur les droits des rivières, signée à l'ONU le 27 mai 1997.
Le prochain tsunami sera démographique.
Pour Thomas Fraser Homer-Dixon, directeur du programme d'études sur la paix et les conflits à l'Université de Toronto, les prochaines guerres seront souvent engendrées par la rareté des ressources (l'eau, le pétrole, les terres arables, les forêts et le poisson). Sous couvert de répandre la démocratie, la guerre en Irak n'entrerait-elle pas plutôt dans ce cadre : assurer aux Etats-Unis des approvisionnements importants en ressources pétrolières et gazières pour les décennies à venir ? L'émergence de la Chine surpeuplée dévoreuse d'énergie commence à créer d'énormes pressions à la hausse sur le prix des produits pétroliers.
Tout comme il y aura des guerres et des courants d'émigration liés aux problèmes d'environnement, on verra aussi apparaître des dictatures. N'oublions pas que d'ici 2050, la population mondiale passera de 5,5 à 9 milliards d'habitants dont 95 % de cette augmentation se fera dans les pays les plus pauvres de la planète. Les tensions sociales seront alors à leur paroxysme entre les pays du Nord et ceux du Sud. Pour que la situation puisse s'améliorer au niveau mondial, il faudrait une redistribution des richesses mondiales et un soutien aux économies du Sud. Sinon, ce sera un véritable tsunami démographique qui se produira, avec des vagues énormes d'immigrants illégaux qui s'abattront sur les pays les plus développés, fuyant la misère, en quête de rêves et de vie meilleure.
A quand le développement durable ?
Soyons réalistes, l'être humain est un très grand prédateur égocentrique. Il ne pense qu'à lui et à son bien-être immédiat. En sélectionnant les animaux et les végétaux utiles pour lui, en déboisant, en accaparant les terres, en exploitant intensivement les richesses naturelles aggravant ainsi l'effet de serre, mais aussi en se dotant d'armes de destruction massive, beaucoup se demandent s'il ne risque pas finalement de provoquer un désastre planétaire, une extinction globale des espèces, quelque chose de comparable à ce qui aurait entraîné la disparition des dinosaures, mais pour d'autres raisons.
Pour faire face aux menaces réelles sur la planète, Stockholm en juin 1972 accueillait la première conférence mondiale des Nations Unies sur l'environnement. Date historique puisque pour la première fois, le monde se penchait au chevet de la terre qui était déjà malade et tirait la sonnette d'alarme. Elle fut suivie, l'année suivante, par la Convention de Washington sur la protection de la faune et de la flore, limitant le commerce international des espèces sauvages menacées. Puis, en 1987, ce fut le protocole de Montréal sur la protection de la couche d'ozone, véritable défi planétaire aux risques incalculables. Ensuite, ce fut la Convention de Bâle concernant la gestion des déchets domestiques et industriels.
Comme nous pouvons le constater, il y a une prise de conscience face à l'urgence d'une planification du développement qui soit équilibré, juste et durable. Malheureusement, changer les mentalités n'est pas chose facile. Ainsi, lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992, les pays occidentaux avaient promis de verser 0,6 % de leur PNB aux pays du Sud pour les aider à développer des technologies respectueuses de l'environnement. Finalement, cette promesse n'a jamais été tenue alors qu'il aurait fallu plutôt la porter à 1 %. Aujourd'hui, pour accélérer l'utilisation des ressources énergétiques renouvelables et favoriser la protection de l'environnement, certains avancent l'idée d'un impôt vert, une écotaxe, afin de limiter le gaspillage quant à la consommation énergétique.
Favoriser un développement durable planétaire est impératif. Mais reconnaissons que le défi est multiple lorsqu'on connaît les forces d'inertie qu'il faut vaincre. Il doit d'abord y avoir une réduction des dettes des pays du Tiers-Monde, sinon leur avenir est hypothéqué, et leur quête de croissance ne pourra pas se conjuguer positivement avec la protection de l'environnement. Il faut aussi favoriser le recyclage et engendrer une véritable révolution technologique produisant des machines et des procédés de fabrication propres. Il faut également une exploitation équilibrée de la terre qui permette la régénération naturelle accélérée des sols. Il est surtout impératif de changer notre attitude de consommation face à la sollicitation publicitaire qui nous pousse à acheter, nous qui vivons dans les pays nantis et qui sommes les plus grands gaspilleurs d'énergie.
S'inscrire dans l'amour.
La protection de la planète est un acte citoyen certes, mais c'est avant tout une affaire de bon sens. J'ajouterai que c'est surtout une question de cœur, une question d'amour, l'amour du prochain ! Si nous aimons nos enfants, il est évident que nous ne leurs laisserons pas un dépotoir en tant que planète. Vous vous souviendrez sans doute de la très populaire chanson de Pierre Perret des années 70, “Les jolies colonies de vacances… Merci papa, merci maman…”, alors que les enfants jouent et se baignent dans les égouts municipaux ! Est-ce vraiment cela que nous voulons laisser comme héritage à nos enfants ? Non, si nous aimons vraiment nos enfants, nous ferons en sorte de favoriser un développement durable, équilibré et harmonieux, non agressif envers la nature, exploitant plutôt les ressources renouvelables sachant que les ressources naturelles de la planète sont limitées, un développement durable qui sera respectueux de l'être humain et de son environnement.
Le problème, c'est que le cœur de l'être humain est tortueux, insatiable et égoïste. Il veut exploiter, posséder, conquérir, dominer. Il cherche sans cesse à faire plus de profits. L'apôtre Jacques dans les Saintes Ecritures nous met en garde : “D'où viennent les luttes, et d'où viennent les querelles parmi vous. N'est-ce pas de vos passions qui combattent dans vos membres ? Vous convoitez et vous ne possédez pas… Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions” (Jacques 4 : 1-3). Aimer son prochain c'est lui permettre d'atteindre sa pleine potentialité et non lui laisser que des miettes à gérer en partage.
Sachons-le, nos enfants récolteront ce que nous aurons semé comme société planétaire. Si nous ne changeons pas notre comportement centré sur nous-mêmes, si nous recherchons toujours plus l'accumulation des richesses comme style de vie, si nous continuons à consommer de façon irresponsable, si nous ne faisons pas des sacrifices maintenant et si nous ne sommes pas équitables dans notre commerce international, nous allons droit dans le mur. Les prochaines générations ne pourront pas avoir de vie décente, leurs standards de vie s'écroulant. Il risque d'y avoir de nombreuses révoltes à cause des inégalités dans le monde. Nous condamnerions nos enfants à subir un désastre écologique et économique sans équivalent dans le passé et qui pourrait être source de conflits meurtriers à cause de l'instabilité mondiale ainsi engendrée. Les prochaines générations risquent finalement de s'engager dans des luttes fratricides dans le seul but d'essayer de survivre.
Alors, ne l'oublions pas : “Nous n'héritons pas la planète de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants”.