Le baptème de Jésus
Gérard Stevenin
 

Il y a quelques mois, le présentateur du 20heures donnait une information pour le moins surprenante : “On aurait enfin situé avec précision le lieu où Jésus se serait fait baptiser par celui qui, ensuite, est devenu Jean-Baptiste”.

Des images étaient présentées pour confirmer la chose ; ainsi, on pouvait voir comme une espèce de grande bâtisse en pierre de taille à l'intérieur de laquelle on pouvait accéder en descendant une dizaine de marches, ou même plus, ceci, comme dans toutes les citernes retrouvées dans la région grâce aux fouilles archéologiques, telles que celles de Qumran et Massada dans le sud, ou Meggiddo et Hatzor dans le nord. L'information était extraordinaire et l'on était en droit de la vérifier.

Lorsque l'on connaît un peu les Ecritures et en particulier les Evangiles, il est facile de constater que cette soi-disant information relève de la pure imagination de celui qui en est à l'origine. Cette découverte conforterait-elle ce qu'on retient de Jésus dans l'histoire ? Serait-ce bien la preuve que Jésus a effectivement existé ? Et si c'est vrai, est-il important de savoir où et quand Jésus s'est fait baptiser par Jean ? N'est-il pas plus important de comprendre pourquoi ?

Dans l'Evangile de Luc, on apprend que Jean vivait dans le désert de Judée et qu'il prêchait le baptême de repentance pour le pardon des péchés. Dans l'Evangile de Matthieu, on découvre que les habitants de Jérusalem, de toute la Judée et de tout le pays des environs du Jourdain, se rendaient auprès de lui ; et, confessant leurs péchés, se faisaient baptiser par lui dans les eaux du fleuve.

A quel endroit précis ? D'après les Ecritures, on ne le sait pas avec certitude ; par conséquent il est impossible de pouvoir affirmer que ces baptêmes se faisaient à un endroit plutôt qu'à un autre. Aucune plaque commémorative n'a été retrouvée disant que c'est ici et non pas là.

Par exemple, un fait historique plus proche de nous, nous aide à mieux comprendre. Sur les bords de la Seine, à Rosny, dans les Yvelines, au niveau du château de Sully, ancien ministre du roi Henri IV, on peut lire sur une plaque en pierre : “Ici le 20 août 1944, nos vaillants alliés américains à la poursuite des allemands en déroute établissent le premier pont sur la Seine”.

Cette plaque, et surtout ce qu'elle explique, ne permet pas de douter un seul instant de quel événement il s'agit. Les chars du général Patton commandant la III ème armée ont franchi le fleuve depuis la rive gauche et sont arrivés dans la petite localité de Guernes située sur la rive droite. Les conséquences de cette percée dans les rangs de l'ennemi allaient faire basculer la guerre au profit des alliés, alors qu'ils étaient restés bloqués en Normandie depuis plus de deux mois après le débarquement. En quelques mots, le résumé du fait historique est gravé pour toujours dans la pierre.

Aucune plaque sur les bords du Jourdain pour rappeler que Jésus s'y est fait baptiser. Les Ecritures ne disent même pas à quel moment de l'année cela s'est produit ; ce n'était certainement pas en hiver car l'eau y aurait été trop froide ; alors où et quand ?

Ceci n'a pas d'importance, ce qui compte c'est le sens de l'événement qui s'est produit ce jour-là ; et pour le comprendre nous avons à notre disposition plus qu'une plaque commémorative, nous avons les Evangiles et les Ecritures dans leur ensemble.
Pourquoi Jean a-t-il choisi le Jourdain ? A cette époque, le baptême de repentance se pratiquait dans des eaux suffisamment profondes pour que le corps puisse y être plongé totalement. Or, il y avait à Jérusalem suffisamment de piscines ou de réservoirs pour pouvoir y plonger totalement celui qui faisait acte de repentance ; l'Evangile de Jean nous dit qu'à Jérusalem, près de la porte des brebis, il y avait une piscine qui s'appelait en hébreu Béthesda et que les malades y affluaient en raison du caractère curatif de son eau. Une autre piscine, celle d'Amygdalon, aurait pu être utilisée ou même les réservoirs de Siloé ou du Serpent qui alimentaient la ville en eau.

Non, c'est dans le Jourdain, dans le désert de Judée que Jean avait décidé d'agir. En lisant les Evangiles nous apprenons que Le Baptiste oeuvrait, en amont, à environ sept à huit kilomètres à l'est de Jéricho ; les habitants de Jérusalem allaient à sa rencontre en empruntant le seul chemin praticable à l'époque, celui qui conduisait justement à cette ville. Jéricho était presque essentiellement habitée par les lévites et les sacrificateurs qui officiaient dans le Temple ; ils ne pouvaient donc pas ignorer ce qui se faisait à proximité de chez eux. Ce chemin historique passait en particulier par Béthanie, petite commune bien connue où des amis de Jésus, Lazare et ses deux sœurs, habitaient. Sur tout son long, ce chemin d'une trentaine de kilomètres est chargé de symboles et de faits réels : c'est là que Lazare revient à la vie, c'est là que Marie, la sœur de Lazare oint les pieds de Jésus annonçant sa mort ; c'est un peu plus loin, que Jésus situe la parabole du bon samaritain, et c'est surtout là, en fin de parcours, que Jésus se fait baptiser et qu'Il rencontre ses premiers disciples, dont l'un, André, frère de Simon, dira de Lui : “Nous avons trouvé le Messie”.
Que signifie le baptême ? Pourquoi faut-il être totalement immergé dans l'eau ? L'eau symbolise l'ensevelissement, c'est-à-dire la mort ; sortir de l'eau symbolise la résurrection, c'est-à-dire la vie éternelle. Dans son épître aux Colossiens, Paul confirme le sens profond du baptême : “ayant été ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui, par la foi en la puissance de Dieu, qui l'a ressuscité des morts. Vous qui étiez morts par vos offenses et par l'incirconcision de votre chair, il vous a rendus à la vie avec lui, en nous faisant grâce pour toutes nos offenses” (Colossiens 2 : 12 - 13).

Jésus n'avait pas à se faire baptiser puisqu'Il n'avait pas à se repentir de péchés qu'Il n'avait pas commis, mais comme Il allait porter sur Lui, jusqu’à Sa mort sur la croix, les péchés de l'humanité entière, Il nous a montré l'exemple en nous révélant le Père. En effet, lors de Son baptême, Jésus apporte la preuve d'un Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Luc témoigne avec force de ce moment unique. “Tout le peuple se faisant baptiser, Jésus fut aussi baptisé ; et, pendant qu'il priait, le ciel s'ouvrit, et le Saint-Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix fit entendre du ciel ces paroles : Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j'ai mis toute mon affection” (Luc 3 : 21-22).

La vérité est que le baptême de Jésus a eu lieu dans le désert de Judée, aux environs de Jéricho, à ciel ouvert dans les eaux profondes du Jourdain

La leçon qu'il nous faut en tirer est que le Royaume de Dieu nous est offert à condition de faire acte de repentance, de nous faire baptiser et d'être justifiés par la grâce au moyen de la foi (Ephésiens 2 : 8-10).

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