Editorial
Donat Picard
 

Qui n'a jamais souffert de solitude ? Les uns souhaitent ne plus être seuls. Les autres désirent ardemment l'être. La solitude a double visage : soit qu'on veuille y entrer, soit qu'on veuille en sortir. La solitude semble incontournable. Elle fait partie des paradoxes modernes.

Les tragédies du XXè siècle nous ont tous transformés. Les phénomènes démographiques contemporains doublés de replis communautaires variés ont modifié les psychologies populaires nationales. Nos sociétés occidentales ont changé leurs valeurs ; elles les ont troquées pour d'autres qui ne comblent pas les besoins fondamentaux des hommes de notre temps. Nous sommes devant le paradoxe de la solitude à deux faces : celle que l'on veut fuir parce que nous souffrons d'être seuls, et celle que l'on recherche parce que nous avons besoin d'être seuls.

Nos mégapoles fourmillent de millions d'êtres qui se côtoient, qui s'effleurent du coude et du regard, mais qui sont seuls. L'anonymat crée la niche solitaire où se réfugient les hommes, et c'est dans cette sorte de caverne sociale qu'ils trouvent un refuge protecteur contre les agressions de la foule inconnue.

«Vivons heureux, vivons cachés !», dit le dicton. On en est même arrivé à soupçonner l'étranger qui nous salue ou qui nous sourit, sans raison particulière ; on se méfie, comme s'il était anormal de se sourire et de se saluer entre humains vivant sur la même planète, dans la même ville, habitant le même immeuble, achetant son pain chez la même boulangère. Ce mal ne date pas d'aujourd'hui, mais il se propage à grande vitesse.

L'expression «fracture sociale» traduit bien l'état dans lequel des millions d'humains se trouvent confinés. Il y a la solitude de l'homme et celle de la femme. Celle du pauvre et celle du riche. Celle du malade, celle du prisonnier, celle du perdu, celle du rejeté, celle du sourd, celle du muet, celle de l'aveugle, celle du sage devenu fou.

Les hommes sont «fracturés» socialement pour de multiples raisons. Certains ont les moyens d'entrer dans une solitude bénéfique et régénératrice. D'autres ont les moyens de sortir de leur isolement. Mais plusieurs demeurent sans moyen. L'expression «Je sors ce soir !» dit bien ce qu'elle veut dire ; car «sortir» de chez-soi, c'est sortir d'un confinement, d'un monde ; c'est mettre son cœur et son corps ailleurs.

Le Christ nous a donné la solution au paradoxe de la solitude. Il nous dit en peu de mots : «Aime Dieu de tout ton cœur. Aime ton prochain comme toi-même» (Marc 12 : 30-32). Si chacun appliquait ce simple principe de vie, tous trouveraient la compagnie de Dieu et des autres à des degrés d'intimité plus ou moins grands. Ils ne seraient plus seuls. De même, ceux qui désireraient se retirer seuls, mais avec Dieu, pourraient s'éloigner un instant de la foule anonyme, et y revenir mieux préparés pour aimer individuellement les hommes et les femmes qui forment nos sociétés et les aider ainsi à sortir de leur solitude.

J'espère que cette édition sur la solitude vous permettra d'en sortir ou de la découvrir.
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