Aujourd'hui, la solitude devient un problème plus aigu que celui de la pauvreté, mais il ne faut pas toujours s'arrêter à tout ce qu'on appelle solitude. On y attribue un tas de choses qui permettent de généraliser tant les approches du problème que les solutions pour y remédier.
La solitude doit être comprise au regard des liens sociaux que les gens entretiennent entre eux. La notion vague de solitude doit être remplacée par celle, plus précise et plus pertinente, d'abandon de soi.
La solitude est un phénomène intérieur. On croit, à tort, que les isolés sont des gens qui vivent seuls. Or, on peut vivre seul et ne pas se sentir isolé. C'est pourquoi il faut faire une grande différence entre la solitude causée par un événement extérieur (divorce, veuvage, rupture…) et la solitude qui est un état d'âme. Cette dernière se développe considérablement à notre époque tant éprise de communication.
Les trois visages de la solitude
Nous pouvons distinguer trois sortes de solitude : 1-imposée, 2-consentie et 3-recherchée. La solitude recherchée est la plus confortable. Pour la posséder, il faut une forte spiritualité, qui est rarement innée ; elle s'acquiert par l'expérience et la foi. Si l'homme a parfois besoin de s'isoler des autres, c'est pour mieux comprendre ou admirer les choses de la terre ou de l'univers, pour mieux analyser sa propre pensée et celle des autres, et pour mieux aimer. Cette solitude recherchée a donc des conséquences toujours positives, elle est source de bonheur et permet parfois l'expression du génie.
La solitude consentie est la conséquence d'un choix de vie. Le sportif, par exemple, devra affronter la solitude de l'entraînement, de la course au large, de la falaise à gravir. Ce dépassement de soi ne s'acquiert sur le plan physique qu'après une formidable concentration solitaire de l'esprit. Cette solitude est également celle de l'écrivain, du peintre, du musicien devant la feuille blanche. C'est cet instant qu'il faut vaincre mais qui est indispensable à toute création.
La solitude imposée est, en revanche, insupportable. Elle existe par la volonté des autres ou naît de notre esprit. Combien de femmes et d'hommes pour leurs idées, ou par hasard ou par erreur, ont subi l'emprisonnement dans des geôles immondes ou des camps de la mort et ont hurlé en vain leur innocence ? La solitude imposée vient principalement de nous-mêmes, de notre attitude vis à vis des autres, de notre certitude de ne pas être aimés.
Nous sommes, bien sûr, prisonniers de nous-mêmes et de nos fausses convictions, mais savons-nous faire échec à l'égoïsme ? Savons-nous écouter ? La solitude imposée nous la fabriquons tous les jours.
Perdre la capacité d'aimer
La solitude s'installe partout, chez les couples, chez les jeunes, et chez les personnes âgées. De nombreux couples mariés parlent d'une nouvelle souffrance. Elle est souvent liée à leur incapacité de faire durer une relation amoureuse. On entend dire : «j'ai perdu la capacité d'aimer !». Cette perte entraîne une solitude très douloureuse souvent masquée par la multiplicité des relations superficielles où l'on n'engage rien de soi et qui laissent sur une faim insatiable. De même, «l'incapacité à se faire aimer» constitue une autre porte ouverte à la solitude.
Il existe aussi chez les jeunes, un malaise lié à cette mauvaise opinion qu'ils ont d'eux-mêmes ; ils se sentent si dévalorisés dans le regard des autres qu'ils en arrivent à s'interroger avec angoisse : «Arriverai-je un jour à me lier aux autres?» L'être humain est fait pour frayer avec ses semblables.
N'exister aux yeux de personne, c'est en quelque sorte être dépossédé de soi ! Mais il suffirait de se montrer moins âpre dans ses jugements, moins entiers dans ses dires pour que tombent les obstacles qui gênent la relation avec les jeunes.
Il faut cependant admettre, à regret, que les plus grandes prévenances, les plus grands projets, tous les petits soins possibles que l'on pourrait offrir à notre jeunesse, ne peuvent rien contre l'inaptitude chronique à la sociabilité.
La liberté individuelle reconnaît à tous le droit de vivre comme chacun l'entend, soit seul, soit en couple, soit en groupe. Malheureusement, nous constatons que la solitude n'est que la conséquence d'un choix libre. Ainsi donc, en s'isolant, on choisit d'échapper au jugement malveillant d'autrui, à sa critique, à l'oppression de l'opinion publique mais, dans le même temps, on se prive de la sollicitude, du secours, de l'obligeance des autres, tout en les privant de notre propre sollicitude.
Pour les personnes âgées toujours vivantes qui voient disparaître un à un parents et amis, et qui n'ont aucune relation avec les jeunes, l'ennui ne serait-il pas leur ennemi numéro un ? D'autres encore, ont perdu leurs relations professionnelles en raison de leur départ à la retraite. Certains ont subi l'abandon de leurs grands enfants installés ailleurs et peu soucieux du bien-être de leurs parents qu'ils ont quittés un jour sans le moindre adieu. Brouilles familiales, questions d'intérêts, contentieux à la suite de disputes installent la distance et l'oubli. Les querelles avec les enfants ont pour effet de rejeter les parents dans une solitude d'autant plus douloureuse que la coupure des liens de filiation est ressentie comme humiliante.
Si l'on veut tenter une analyse de cette attitude des enfants en évitant de l'expliquer uniquement par l'égoïsme, l'ingratitude et la dureté de cœur, il faudrait parler de ce rapport très particulier des enfants aux parents. La parabole de l'enfant prodigue dans Luc 15, apporte plusieurs éléments de réponse.
Pour revenir sur la solitude, la Genèse nous apprend qu'après avoir vécu dans un état «fusionnel» de communion parfaite avec Dieu, l'homme s'est retrouvé seul, coupé de Son Dieu. Chassé du jardin d'Eden, l'homme découvrit la solitude du cœur, et cette souffrance spirituelle sera définitivement guérie en Jésus-Christ qui réconciliera l'humanité avec le Dieu qui l'avait renvoyée du paradis terrestre.
Sortir de la solitude
Dieu ne nous laisse jamais seuls. La plus grande force et la plus grande joie de Jésus sur la terre était Sa communion avec Son Père : «Le Père ne me laisse jamais seul… Moi et le Père nous sommes Un» (Jean 8 : 16, 29 ; 16 : 32). La communion, voilà la solution à notre solitude ! Voyons ensemble quelques Ecritures qui en font la démonstration.»Ne crois-tu pas que je suis dans le père et que le père est en moi ?» (Jean 14 : 10). Nous ne pouvons pas être foncièrement heureux si nous ne sommes pas en communion avec Dieu. Adam et Eve, dans le jardin d'Eden, ont vécu intimement cet état et nous, nous le recherchons, nous le poursuivons jusqu'à ce que nous l'ayons trouvé par la grâce de Dieu, uniquement.
Jésus-Christ a décidé de ne pas nous laisser seuls (Jean 14 : 16-18). La présence du Saint-Esprit dans un être humain l'assure qu'il ne souffrira jamais de solitude.
Apprendre à communiquer
Alors que les moyens de communication sont aujourd'hui de plus en plus nombreux et sophistiqués, des millions de gens souffrent quand même de solitude. Et comme nous l'avons vu, toutes les catégories sociales sont touchées, et ce, pour des raisons multiples et variées. L'une d'entre elles réside dans notre difficulté à communiquer.
La communication demande une capacité de véritable écoute, d'une qualité telle que celui qui le fait est pleinement attentif aux paroles de l'autre, et cherche à comprendre le sens de ce qu'il dit. Le silence doit se faire. Celui qui écoute doit apprendre à se taire.
Là encore, l'exemple de Jésus-Christ peut nous venir en aide. Dans Marc chapitre 5 verset 40, dans le contexte de la guérison de la fille du chef de la synagogue, Jésus avant d'accomplir le miracle s'adresse aux parents de la fille malade et leur dit de “faire sortir tout le monde». Voilà une condition produisant la solitude dans laquelle quelque chose de bien précis pouvait s'accomplir.
Pour réaliser Son miracle, Jésus fit sortir la foule. Ainsi, pour que le miracle s'accomplisse en une personne, celle-ci doit se faire solitaire, en quelque sorte, et «faire sortir» d'elle-même, ses excuses, ses lâchetés, ses principes religieux creux, afin d'entrer, seule, en présence de Son Dieu. La repentance peut dans bien des cas libérer une telle personne de son isolement spirituel et physique. Le principe de «faire sortir tout le monde» s'applique à plus d'une situation. Joseph en Egypte l'appliqua quand il voulut réconcilier ses frères avec lui-même. En ce sens, il annonçait d'avance la réconciliation de Dieu avec les hommes (Genèse 45 : 1).
Traitons notre solitude en amie, mais en présence de Dieu. Demandons-Lui de transformer notre solitude imposée en solitude consentie et recherchée, pour Sa plus grande gloire.