Vers quels bonheurs ?
Entre la vision de Paul et celle de Salomon
Dominique Martin de la Cruz
 

Dieu se sert d'hommes pour accomplir Son œuvre. La Bible l'atteste. On peut penser que voir Dieu est un suprême bonheur : la révélation divine dans toute sa splendeur, enfin perçue par des humains !

Deux hommes exceptionnels se sont fortement appuyés sur Dieu : le roi Salomon et l'apôtre Paul. Analysons leur vie et leur vision du bonheur.

Tous deux possédaient la foi à déplacer les montagnes (I Corinthiens 13 : 2). Ils ont cependant vécu très différemment. Le roi Salomon a accumulé les richesses, a obtenu tout ce qu'il désirait, et a vécu dans l'aisance et le raffinement, comblé par le “matérialisme” de l'époque. L'apôtre Paul a servi également Dieu mais d'une autre manière, plus dépouillée, moins ostentatoire et plus humble.

Tous deux ont connu des heures de gloire (n'ont-ils pas vu Dieu ?), des moments de bonheur, mais ils ont aussi ressenti des angoisses, ballottés qu'ils étaient par les vents mauvais, en proie aux doutes les plus tenaces, et connaissant des malheurs certains. Tout cela, en dépit de leur foi ; tous deux, enracinés dans leur conviction profonde que Dieu existe, qu'ils L'ont “vu” à l'œuvre, et qu'ils L'ont servi avec fidélité. Même si les vicissitudes de la vie ont fait que les tourments n'aient pas été les mêmes pour chacun d'eux.

Leur façon de vivre, leur mode de pensée sont des exemples à méditer. Le chrétien peut apprécier le bonheur d'une vie terrestre malgré ses peines, ses tracas et ses souffrances. La conduite à tenir pour y arriver se situe quelque part entre les visions et les actes du roi Salomon et de l'apôtre Paul.

Les ressemblances

Le roi Salomon et l'apôtre Paul sont deux hommes choisis et appelés par Dieu à un moment précis de leur vie. L'un comme l'autre a eu à entreprendre un travail colossal en servant l'œuvre de Dieu. On peut dire que ces deux hommes sont des bâtisseurs.

Béni par Dieu en souvenir de David, Salomon (Xe siècle avant Jésus-Christ) transforme la ville embryonnaire de son père en une capitale royale grâce au développement du commerce international et à la centralisation administrative qu'il a mise en place. Il mène une politique de grands travaux à l'échelle de la nation. Et surtout, Salomon construit le temple pour Yahvé le Dieu d'Israël. David ayant versé trop de sang de son vivant, c'est au roi Salomon qu'échoit l'honneur de bâtir une maison pour Dieu. Et comme le mentionne I Chroniques 22, versets 6 à 10 : “Il construira une maison pour mon nom, il sera mon fils et je serai son père et j'affermirai son trône royal en Israël à jamais”.

Durant sa vie, Dieu se révèle deux fois à Salomon. Une première fois, à Gabaon, Il lui apparaît en songe pendant la nuit et lui demande ce qu'il désire ; qu'il demande et il l'obtiendra (I Rois 3 : 5). Le roi opte pour la sagesse, ce qui plaît à l'Eternel qui lui accorde en plus, des richesses et la gloire (verset 13).

La seconde fois, c'est à l'issue de la construction du temple. L'Eternel exauce la prière de Salomon, et Il sanctifie la maison que le roi a bâtie pour y mettre à jamais Son nom (II Chroniques 7 : 1 ; 7 : 11). Dieu choisit ce lieu comme la maison où l'on devra Lui offrir des sacrifices. Et Il ajoute que si Salomon marche en Sa présence comme a marché David, et s'il suit Ses lois et Ses ordonnances, alors, Il affermira son trône comme Il l'a promis à David. Son avenir est donc conditionné par une recommandation qui a toute son importance. Salomon peut se sentir fort, fier et heureux d'avoir “vu” Dieu durant sa vie. Cela l'aidera par la suite. Par ses œuvres, ce roi plein de sagesse, fidèle serviteur de l'Eternel, contribue à faire connaître Dieu aux peuples de la terre (I Rois 10 : 24).

Dieu lui accordait tout ce qu'un homme peut désirer. Le roi lui-même dira que tout ce que ses yeux avaient désiré, il ne les en a point privés (L'Ecclésiaste 2 : 10). Salomon chercha le bonheur par l'accumulation (femmes, maisons, troupeaux, terrains, or, argent, serviteurs et servantes). L'abondance régnait également lors des banquets (I Rois 4 : 22).

Mille ans plus tard, l'apôtre Paul est choisi par Dieu pour une mission bien précise. Son zèle au début, en tant que Saul, le conduit à persécuter les chrétiens jusqu'à sa rencontre avec Jésus-Christ sur la route de Damas. Aveuglé, il entend une voix lui dire : “Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ?” Il ne sait pas encore qu'il est un instrument que Dieu a choisi pour porter Son nom devant les nations, devant les rois et devant les fils d'Israël (Actes 9 : 15). Après sa guérison, Paul prêche que Jésus est le Fils de Dieu. Dieu l'utilise pour faire de nombreux miracles. Il est l'un des piliers du christianisme. Sa foi en Jésus-Christ est inébranlable. Et il a de quoi s'enorgueillir (même s'il ne le fait pas). N'a-t-il pas été ravi jusqu'au troisième ciel ? N'a-t-il pas vu le paradis ? N'a-t-il pas entendu des paroles merveilleuses qu'il n'est pas permis à un homme d'exprimer (II Corinthiens 12 : 2-4) ? N'a-t-il pas vu le Seigneur en vision ? La nuit lorsqu'il se trouve à Corinthe, Dieu ne lui adresse-t-il pas ces paroles : “Ne crains point mais parle, ne te tais point car Je suis avec toi” (Actes 18 : 9) ? Que peut ressentir un homme simple, même possédant le Saint-Esprit, au vu d'une telle expérience ? Il ne peut éprouver que du bonheur, de la félicité, de la joie et la conviction profonde des choses à venir.

Salomon et l'apôtre Paul ont servi fidèlement Dieu. Tous deux ont agi en fonction de leur tempérament, de leur foi, de leur fougue, de leur passion, de leurs désirs et de leur degré d'obéissance. Et surtout, tout deux ont “vu” Dieu, expérience inoubliable qui marque une vie à tout jamais.

Les divergences

Salomon et Paul n'ont pas agi pareillement dans tous les domaines. Si le roi d'Israël fait bombance quotidiennement (I Rois 4 : 22), l'apôtre Paul, lui, n'hésite pas à déclarer qu'il a appris à être content dans l'état où il se trouve. Il sait vivre dans l'humiliation et dans l'abondance. En tout et partout, il a appris à être rassasié et à avoir faim.

Cette notion du “peu ou du beaucoup” est capitale dans la recherche du bonheur. Ce que Dieu nous donne, il peut également nous le retirer. Il faut donc savoir apprécier, à leur pleine valeur, les moments d'abondance que Dieu nous permet de vivre.

Salomon voulait tout vivre. Il ne s'est point privé de ce que ses yeux désiraient. Paul au contraire, refuse de s’asservir aux futilités. “Tout m'est permis”, dit-il, “mais tout n'est pas utile”, (I Corinthiens 6 : 12 ; 6 : 19). Salomon va finir prisonnier de ses désirs alors que Paul se déclare prisonnier de l'Evangile (Philémon 9-13). Salomon eut un grand nombre de femmes (sept cents légitimes et trois cents concubines) et aima beaucoup de femmes étrangères appartenant aux nations dont l'Eternel avait dit aux enfants d'Israël : “Vous n'irez point chez elles, elles tourneraient certainement vos cœurs du côté de leurs dieux.” C'est ce qui se produisit. A l'époque de sa vieillesse, le roi inclina son cœur vers d'autres dieux. Il renia le premier commandement “Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face”. Ce qui irrita l'Eternel (I Rois 11 : 9).

A l'inverse, l'apôtre Paul célèbre un seul Dieu. Il revendique d'ailleurs son choix du célibat afin de se consacrer pleinement au ministère du Christ. Dans I Corinthiens 7, verset 1, il n'hésite pas à affirmer, qu'il est bon pour l'homme de ne point toucher de femme. Mais il ajoute : “Je voudrais que tous les hommes soient comme moi ; mais chacun tient de Dieu un don particulier. L'un, d'une manière, l'autre d'une autre”.

Paul se situe aux antipodes de la vision du roi Salomon. L'apôtre veut avant tout se rapprocher de Dieu autant qu'il est possible afin de Le servir totalement. Toutefois, afin d'éviter la débauche, il conseille que chacun ait sa femme et chaque femme son mari.

La consécration au service de Dieu passe par le renouvellement de l'intelligence comme l'atteste Paul dans Romains 12, verset 2. Salomon, malgré sa sagesse et son intelligence, se conforme à son siècle et ce faisant, il perd de vue (il ne discerne plus) ce qu'est la volonté de Dieu : “ce qui est bon, agréable et parfait”. Dans Job 20, verset 22, nous apprenons que la force de l'impie est courte de toute façon et que malgré l'abondance il sera dans la détresse. Salomon, perdu dans les joies terrestres de son siècle, perd tout contact avec Dieu en s'éloignant du principe cité dans Proverbes 30, verset 8 : “Ne me donne ni pauvreté, ni richesse de peur que dans l'abondance je ne te renie et ne dise qui est l'Eternel ?” Salomon paye le prix fort pour ses erreurs : l'amertume, le désabusement, la solitude (loin de Dieu). “Tout n'est que vanité et vanité”, dit-il. Pour qui a-t-il travaillé en somme puisqu'il ne profitera pas de ses nombreuses richesses ? Paul lui répond plus tard que le labeur dans le Seigneur n'est pas vain (I Corinthiens 15 : 58).

Salomon régnait dans un monde matériel. Paul, lui, évoque un monde spirituel qui renvoie toujours au Christ. Salomon, qui se soucie de son royaume terrestre est désabusé à la fin de sa vie. Paul, quant à lui, accepte sa souffrance et est pressé de rejoindre le Christ (Romains 8 : 18). Dans I Jean 2, verset 15, nous lisons : “N'aimez point le monde”. Hébreux 13, verset 5 nous conseille de nous contenter de ce que l'on a. Méfions-nous des chimères et ne bâtissons pas en vain. Car il est vrai que finalement tout est vanité dans ce bas monde.

Entre Salomon et Paul, l'être humain et surtout le chrétien, doit pouvoir se situer en adoptant quelques principes.

Entre joie et souffrance

Avec la télévision et l'internet, il est facile aujourd'hui de parcourir des milliers de kilomètres, de se retrouver à l'autre bout du monde, et voir ce qui s'y passe ; en toute tranquillité, bien à l'abri. Mais peut-on vivre vraiment heureux quand on vit entouré de gens misérables, dans le besoin, en-dessous du strict nécessaire ? Peut-on rester insensible devant tant de détresse ? Les maladies (nombreuses encore), le chômage, la précarité, les guerres, toutes les misères du monde sont des rappels incessants.

La vie des gens (tout comme l'amour) est un mystère. On ne voit d'eux que quelques minutes d'une vie qui s'est étirée sur des années. Le malheur est bien souvent à nos portes. Il suffit de baisser les yeux.

Alors, le bonheur, le bien-être ? Dieu dit que nous aurons toujours des pauvres avec nous (Matthieu 26 : 11). Quant aux infirmes, ils ne manquaient pas au temps du Christ (Matthieu 15 : 30). Notre regard sur eux et sur leur vie, du moins ce que l'on peut en imaginer, ne change t-il pas notre vision du monde ?

Comparés à tous ces gens qui semblent malheureux et qui vivent dans la précarité, nous devrions nous sentir pleinement heureux, aimer Dieu, nous rapprocher de Lui et Le remercier pour Ses bénédictions. Mais qu'est-ce qu'une vie ? Qu'est-ce que notre vie ? Et qu'est-ce que le bonheur ? Dès que nous naissons, nous savons que la mort se dresse au bout du chemin, si ce n'est en cours de route. Et tout au long de notre vie, ce constat va nous marquer et influer sur notre moral et sur notre comportement. Et comment s'habituer à la mort alors qu'elle nous rebute ? Ce n'est pas parce que nous croyons en Dieu que notre vie ne sera pas semée d'embûches ou troublée par quelque épreuve difficile. Peut-on échapper à cette vie stressante, oppressante, qui nous défie, qui nous heurte, qui nous blesse et qui nous malmène ? Certes non ! Nous subissons de plein fouet, ses attaques et ses tentations.

De nos jours, le véritable bonheur, serait probablement d'être dégagé des problèmes et soucis en tout genre : de santé, de famille, d'argent ; pour être ainsi pleinement libre d'esprit.

Nous vivons tellement pressés par le temps qu'il nous est pratiquement impossible de prendre le temps pour penser à notre bonheur et à notre bien être. On vit poussé par les aléas et les vicissitudes de la vie. Alors les sempiternelles questions surgissent. Pourquoi est-ce arrivé à moi, mon Dieu ? N'y avait-il pas d'autres solutions ? Thoreau (penseur et écrivain américain 1817-1862) a dit : “Pour bien des gens, la vie est une lente désespérance.” Une telle désespérance n'est certainement pas le lot des chrétiens.

On voudrait souvent que Dieu intervienne dans nos vies et dans le monde afin de régler une bonne fois, toutes ces injustices. Mais Dieu garde le silence. Et Son silence nous interpelle car nous savons qu'Il est là, qu'Il nous aime, mais qu'Il a choisi de ne pas intervenir à cette heure précise.

La démarche du chrétien

La notion du bonheur chrétien est liée à Dieu. Dieu est amour. Les Ecritures l'attestent. Il a donné Son Fils pour nous sauver.

Dieu nous donne quelques bons conseils pour traverser cette vie. Ses préceptes sont précieux. Ne nous inquiétons pas trop à propos de l'avenir car Jésus a dit : “A chaque jour suffit sa peine.” Notre être intérieur est un jardin qu'il faut cultiver. Avant de refaire la façade (sourire, rayonnement, apparence saine), il faut faire renaître l'intérieur afin que les bons sentiments puissent éclore et s'exprimer en toute sérénité. Essayons de bannir l'inquiétude, l'angoisse et la culpabilité afin que disparaisse le vieil homme qui nous embarrasse et qui entrave l'épanouissement du nouvel être (Romains 6 : 6). Revêtons l'habit de l'homme nouveau (Ephésiens 4 : 24 ; Colossiens 3 : 9). Essayons de maîtriser les mots clefs de notre nouvelle existence : harmonie, équilibre, assurance (en Christ), joie de vivre. C'est un travail de tous les jours. Prenons le temps de bien réfléchir. Sortons du tourbillon et remercions Dieu pour notre existence et pour le fait suprême de Le connaître. Car connaître Dieu est un vrai bonheur. Dieu nous aime, c'est non seulement notre laissez-passer, mais c'est aussi notre sauf-conduit.

Entre les vies du roi Salomon et de l'apôtre Paul, retrouvons les bons sentiments qui animent et président à la destinée d'une belle vie ; l'amour, l'amitié, la générosité, la joie, le rire, l'humour, la patience, la bonté, la sollicitude, le pardon, la simplicité, la bonne humeur en font partie. Apprécions les petits bonheurs que peut nous offrir l'existence.

L'apôtre Jean nous exhorte à rechercher l'intelligence véritable (I Jean 5 : 20) qui peut nous permettre de mieux déceler les pièges de l'existence ou de l'adversaire. Puisque Dieu est divinement bon, pensons à Lui dans des dispositions paisibles plutôt que dans la crainte, la culpabilité ou l'amertume. La paix d'esprit en Christ nous est offerte (Actes 10 : 36). Et puisque la vie est ainsi, ne lui en demandons pas trop. Au contraire, sachons nous contenter du “peu ou du beaucoup” qu'elle nous offre.

Puisque nous sommes des vapeurs (Jacques 4 : 14), évitons les dangers qui menacent le voyage de notre humble existence : ambition démesurée, gloriole, colère, orgueil, vanité, pouvoir. Apprécions les choses simples de la vie.

Adressons-nous à Dieu. Confions-Lui nos problèmes de toutes sortes. Lui seul connaît la réponse. Gardons l'assurance qu'Il ne nous abandonnera pas (Hébreux 13 : 5 ; Matthieu 28 : 20).

Nous savons que le vrai bonheur n'est pas de ce monde. Aussi rappelons-nous réciproquement, par des actes d'amour, que nous sommes heureux de travailler ensemble à l'édification de l'œuvre de Dieu. Le reste suivra.

© Tous droits réservés – 1978-2008 - Eglise Universelle de Dieu