A la recherche du bonheur perdu
Donat Picard
 

Le Bonheur constitue certainement l'une des toutes premières quêtes de l'Homme moderne. Individus et gouvernements le recherchent et cherchent à le créer. La Science n'a pas découvert le gène de la Félicité, et le Bonheur reste indétectable dans l'ADN de l'Humanité. Le Bonheur existe, mais il est ailleurs. Mais où ?

Qu'est-ce que le Bonheur ? C'est un état d'esprit, mais difficile à définir s'il en est un ! Le Bonheur se définit par autant de définitions qu'il existe d'hommes sur la terre. Nous sommes bien dans la pluralité des bonheurs.

Le concept de Bonheur a évolué au cours des âges. Le Bonheur des hommes vivant au Moyen Age n'était pas le même que celui de l'homme ayant vécu au temps d'Abraham ; et le Bonheur tel que le conçoit l'homme moderne n'a rien de comparable à celui des temps révolus. Le siècle des Lumières proposa un modèle nouveau, mais pas nécessairement meilleur. Les philosophes du XVIIIe siècle proclamèrent que la vie, la vie elle-même, constitue le but de toute vie humaine. Plus besoin de consacrer cette vie au service de Dieu ou d'un monarque de droit divin.

Ce fut le commencement de la quête humaine du Bonheur, mais sans le secours de Dieu ou du Roi. La Société devint le moyen par lequel les citoyens pouvaient être heureux. La meilleure Société devait donc être celle qui pourrait procurer le plus grand bonheur au plus grand nombre, le plus rapidement possible. De cette idée sont nées les grandes théories du XXe siècle : le marxisme, le communisme, le socialisme, le capitalisme. Toutes ont promis, et promettent toujours, le Bonheur collectif dans un Etat-Providence où Dieu est absent ou presque.

C'est ainsi que la notion de Bonheur céda la place au nouveau concept de “Qualité de vie”. Et ce nouveau concept permet de partager l'humanité en catégories et sous-catégories dans lesquelles on place les pays du monde selon la qualité de vie de leurs habitants. Les habitants des pays riches devraient être très heureux, et ceux des pays pauvres devraient être malheureux. Ce constat est-il corroboré de manière absolue par l'expérience personnelle que les uns et les autres ont du bonheur ? Pas nécessairement : il existe des riches malheureux et il existe des pauvres heureux. Mais les statistiques démontrent qu'une meilleure qualité de vie permet au plus grand nombre d'être plus heureux.

Pourquoi les hommes recherchent-ils ce Grand Bonheur, le Vrai, celui qui leur ferait comprendre et accepter que dans cette vie le malheur existe ? Serait-ce dû, en partie, au fait que le Paradis terrestre s'est effacé de leur mémoire ?

Bonheur et Malheur : Origines

Dans le hall de la mairie du 15e arrondissement de Paris se trouve une sculpture de Jean Gautherin (1840-1890) représentant un homme tenant une femme dans ses bras. L'homme, désespéré, le visage défait par la douleur, semble impuissant à consoler sa bien-aimée, inconsolable et désespérée. Sur le socle, trois mots taillés dans la roche d'Etretat : Le Paradis Perdu.

En voyant cette œuvre, comment ne pas penser à Adam et Eve ? Adam, inconsolable, ne pouvait être d'aucun secours pour Eve, qui, en retour, ne pouvait pas non plus le consoler. Tous deux ayant été chassés du Jardin d'Eden, perdaient du même coup le Paradis. Pour les premiers parents, la consolation ne viendrait donc jamais ? Paradis perdu, Bonheur perdu. L'Homme et la Femme devinrent chacun persona non grata dans le jardin divin, ils furent chassés des lieux bénis où pendant un temps, ils vécurent le Bonheur (Genèse 2 et 3). Exclus, comme l'avait été celui qui les avait séduits (Apocalypse 12), mais à la différence que l'Homme et la Femme se virent donner par Dieu la promesse d'un Rédempteur (Genèse 3 : 15). Dieu leur laissa un espoir. Depuis, l'humanité vit d'espoir.

La chute originelle mit un terme à cette relation d'amour entre Dieu et Ses deux premiers enfants. Ce Summun Bonum comme le nomme les théologiens, cette communion intime de l'Homme avec son Créateur cessa brusquement d'exister. La déchéance s'ensuivit. Très vite, Eve découvrit une autre réalité qui était l'envers du Bonheur ; elle pleura la mort de son fils Abel assassiné par son frère aîné. “Caïn s'éloigna de la face de l'Eternel...” (Genèse 4 : 16). Eve supporta la douleur du deuil et de la séparation. Deux fils disparus : l'un mort, l'autre enfui au loin, errant et vagabond (Genèse 4 : 12).

Nous avons là trois éléments : l'origine du Bonheur, sa perte temporaire, et l'espoir de le retrouver. Mais cette tragique brisure, cette cassure affective entre le Divin et l'Humain enferma dans le Malheur l'Humanité toute entière. Les enfants des premiers parents furent privés du Bonheur parental originel. Du coup, ils perdirent tout ce que leurs parents avaient eux-mêmes perdu, et ils subirent, sans comprendre, les tragiques conséquences d'un geste parental auquel ils n'avaient pas participé. Dieu en avait décidé ainsi. La sentence est depuis sans appel !

La transmission de la vie s'accompagna d'un éloignement spirituel d'avec Dieu. Vivre sa vie devint synonyme de vivre sans Dieu, mais avec le Malheur comme compagnon de route. Affirmer le contraire, c'est entretenir l'illusion que l'Homme peut être heureux sans Dieu.

Ainsi, selon le récit biblique, Dieu se retira un temps, puis Il décida de détruire l'Humanité par le déluge. Le temps de tirer des flots le juste Noé et sa famille, l'Eternel dessina aussitôt un arc-en-ciel sous la voûte céleste (Genèse 6, 7, 8) : c'était un heureux présage de Bonheur. Puis Il intervint avec grande détermination et mit fin à la construction de la tour de Babel (Genèse 11). Ensuite commence l'histoire captivante d'Abraham, père des croyants, à qui Dieu donna la promesse du Bonheur (Genèse 12 : 3). Tous les peuples devaient être bénis par la foi de ce patriarche choisi et aimé de Dieu.

Tant que l'homme et la femme vivaient en compagnie de Dieu dans leur jardin paradisiaque, ils jouissaient du Donum Super additum (Donum super : don supérieur, don au-dessus des autres, don en plus de tout le reste), grâce à cette addition (additum) surnaturelle qu'était la présence divine qui leur conférait une garantie, une assurance de Bonheur ; mais encore, ils bénéficiaient de tous les bons attributs de la nature humaine telle que créée à l'origine : l'intelligence, l'ingéniosité, la créativité, la richesse émotionnelle, la santé physique et mentale. Ils étaient plus que comblés !

Cette complémentarité de l'Homme par son Dieu ayant été tragiquement interrompue, l'Homme entreprit de la retrouver ; il ne pouvait que la rechercher et espérer la trouver dans quelqu'un qui soit à l'image et à la ressemblance du Dieu qu'il avait aimé. Il ne restait en présence de l'Homme que celle qui était issue de sa chair. L'Homme continua à s'attacher à sa femme, et elle à lui. Mais désormais, ils étaient seuls. Dieu s'est absenté de leur vie. D'entier qu'il était, le Bonheur devint partiel, du fait de la rupture divine. Tant que l'Homme ne retrouvera pas son Dieu bien-aimé, son bonheur demeurera à la petitesse de sa nature humaine.

L'homme et la femme cherchent la perfection dans une relation d'amour véritable, mais la complémentarité de leur intelligence et de leur cœur n'est jamais parfaite. Les deux gardent la nostalgie d'un Amour éternel, et tous deux désirent ardemment le retrouver, tout en ne sachant jamais sur quel visage humain il renaîtra (Proverbes 30 : 18-19).

L'expérience humaine depuis les origines jusqu'à nos jours démontre que l'homme (hormis celui qui a reçu le don divin du célibat) cherche son bonheur aux côtés de la femme, comme s'il voulait, symboliquement, reprendre la côte que Dieu lui avait enlevée pour la former (Genèse 2: 21-22). De même, les regards de la femme se portent toujours vers l'homme, comme si elle tentait de retrouver l'origine de sa propre vie dans ce premier homme dont elle est issue. Le bonheur de l'un et de l'autre est indissociable de ce désir d'union pour aimer et être aimé, et pour transmettre la vie en étant “un” comme eux-mêmes étaient “un” avec Dieu dans le Paradis. Quel grand mystère (Ephésiens 5 : 32) !

Femmes et hommes cherchent le bonheur en essayant de se rapprocher les uns des autres. Cette recherche incessante de complémentarité est-elle la seule voie qui conduise au bonheur terrestre ? Le bonheur consiste-t-il uniquement à partager sa vie avec une personne du sexe opposé ? L'union des chairs, l'une masculine et l'autre féminine, sans amour réciproque et sans bonté, suffit-elle à créer le bonheur et à le maintenir ? Non, bien évidemment ! Le nombre de mariages brisés, de divorces justifiés et injustifiés, prouve que l'union seule de deux corps n'est pas le catalyseur miracle capable d'engendrer le bonheur. Il y a d'autres causes au bonheur. Se mettre en ménage n'est pas le seul moyen d'être heureux. Dans le contexte chrétien, les célibataires, femmes et hommes, heureux, actifs, impliqués à servir, généreux et épanouis peuvent certainement en témoigner. Ces célibataires ou personnes seules posent aux couples mariés malheureux des questions qui souvent restent sans réponses. Le bonheur n'est pas fonction uniquement des genres masculin et féminin. En Christ, il n'y a ni homme, ni femme (Galates 3 : 28).

Bonheur réaliste

La Bible ne dit mot sur le Bonheur du premier couple dans le Jardin d'Eden. C'est par déduction que l'on peut affirmer que le Bonheur y existait. Dieu étant Amour (I Jean 4 : 8), Dieu étant parfait, on ne peut qu'en déduire que Sa seule présence rendait Adam et Eve heureux. Ailleurs dans les Ecritures, nous constatons que Dieu n'est pas bavard au sujet du Bonheur de l'Homme sur la terre. Dieu est davantage préoccupé par le Bonheur futur, le Bonheur qui sera vécu dans une autre vie. Au cours de Son ministère terrestre, le Christ n'a que très peu parlé du bonheur au sens où nous l'entendons généralement. Il y a les béatitudes qui débutent par un espoir de bonheur qui viendra plus tard, et qui se terminent par une promesse de persécution qui devrait nous rendre heureux, mais pas selon notre notion moderne du bonheur.

Si le bonheur de l'homme sur terre ne semble pas être la première des préoccupations de Dieu, c'est que Dieu est fidèle aux décisions qu'Il prend. Après la chute, Dieu chassa l'Homme et la Femme du Jardin. Cette première décision divine était par elle-même d'une extrême gravité ; mais en plus, ce châtiment fut assorti d'une série de malédictions qui ne pouvaient que rendre l'Homme et la Femme malheureux sur la terre (Genèse 3). Dieu plaça ainsi ces deux premiers enfants dans des conditions de bonheur relatif. Bonheur conditionné par le sol qui devint maudit, par le labeur quotidien qui se pratiquerait dans les sueurs de la fatigue, par les rapports entre l'Homme et la Femme qui ne seraient plus les mêmes puisqu'un rapport d'autorité, de domination et de besoin faisait partie du lot des conséquences tragiques de la transgression.

Placé dans des conditions aussi adverses, l'Homme ne pouvait que ressentir sa misère et son impuissance. Impuissant devant le climat. Impuissant devant la souffrance. Impuissant devant la mort. Impuissant devant la haine et l'injustice. Abel restera mort. Dieu décida de ne pas le ressusciter. L'attente de la résurrection se transforma graduellement en désillusion. L'attitude de Caïn laissait présager d'autres crimes parmi la descendance d'Adam, et à la fin de sa longue vie, le premier homme n'avait toujours pas vu la promesse de Dieu se réaliser (Genèse 3 : 15).

Libre arbitre : outil de bonheur ou de malheur

Aujourd'hui, au vu et au su de tous, nous voyons que le libre arbitre de l'homme l'amène à détruire non seulement la terre qui a déjà été maudite, mais à se détruire lui-même en faisant un mauvais usage des biens et des inventions qui sont à sa disposition par les progrès de sa science et de sa technologie. On en est arrivé à ne plus dire ce qui devrait être dit.

Le libre arbitre doit être utilisé dans un monde en perpétuel changement. Il faut apprendre à décider pour le mieux, afin d'éviter de se placer en situation de malheur. Si nous parlons du bonheur qui ne peut être que relatif sur cette terre, c'est que tous ne sont pas en mesure d'user de leur libre arbitre selon la volonté de Dieu. Savoir discerner, tôt dans la vie, ce qui est bon pour soi et pour les autres constitue l'un des meilleurs atouts pour être heureux. Les autres facteurs de bonheur que sont la santé, le milieu social, la taille, la beauté du visage, les talents naturels ne seront des atouts que si on les considère comme des dons que l'on n'a pas mérités. Dieu peut donner plus à l'un qu'à l'autre (Matthieu 25 : 14-30 ; Luc 19 : 11-27), selon Son bon plaisir (Matthieu 20 : 1-16), mais Il s'attend à ce que chacun utilise bien ce qu'il a reçu (Deutéronome 30 : 11-20).

Faire les bons choix

Le monde est en perpétuel changement ; il va de progrès en progrès, changeant au gré des modes et des inventions. Personne n'arrêtera le progrès dans sa course.

L'homme doit donc s'adapter à cette nouvelle réalité pour que celle-ci contribue à son bonheur. C'est un choix que tous nous devons faire. Faire les bons choix exige du courage ; souvent il faut décider à contre-courant de la masse qui emprunte la mauvaise route ou choisit de perdre son temps sur des routes secondaires qui ne mènent nulle part.

Par exemple, il est important d'éviter les petits bonheurs artificiels et éphémères, tous ces paradis clinquants construits sur l'accumulation excessive de biens matériels, sur l'ingurgitation abusive d'alcool ou sur la consommation démesurée et inutile de nourriture (Luc 21 : 34), ou sur la sexualité dévoyée et sans amour. Il nous faut être plus forts que la vague déferlante des modes que nous vantent les plateaux et les écrans du monde entier.

Décider de naviguer à contre-courant dans une société qui valorise trop souvent la médiocrité, la vaine gloriole, la peau du corps, le jean plus serré que l'épiderme qui le porte, exige de la volonté et de la détermination. La vraie réussite requiert des efforts et du temps. Elle demande la pratique des valeurs de tête et de cœur, ces attributs qui différencient l'homme de la bête. Le succès fait partie du bonheur, et le succès se construit sur un fondement solide (Matthieu 7 : 24-27). Ne soyons pas de ceux qui disent comme Voltaire : “Nous cherchons tous le bonheur, mais sans savoir où, comme des ivrognes qui cherchent leur maison, sachant confusément que cela existe…”.

Si dans notre quête du Bonheur, il faut choisir d'être grand, recherchons alors un bonheur à la grandeur de Dieu. Etre grand consiste à reconnaître Dieu comme Source du Bonheur. Il nous faut remonter à contre-courant de ce monde jusqu'au Paradis duquel l'Homme et la Femme furent chassés. Le temps du rétablissement de toutes choses (Actes 3 : 21) est de plus en plus proche. Tandis que le monde passe avec sa gloire, Dieu ramène, un à un, Ses enfants vers ce Jardin où leurs parents furent un jour parfaitement heureux.

Conseils Pratiques et Praticables

Le bonheur se découvre, se prépare, se construit, et s'entretient.

Voici quelques conseils qui vous permettront d'être plus heureux, si vous les mettez en pratique.

- Faites l'inventaire de vous-même, de votre personnalité, de vos talents et de vos compétences. Essayez de répondre honnêtement à la question : "Qui suis-je vraiment ?"

- Prenez la mesure du monde dans lequel vous évoluez, sans vous attarder sur le passé (Ecclésiaste 7 : 10). Ne vous y complaisez pas. Vivez le présent. Le bonheur se conjugue au présent de l'indicatif.

- Déterminez une fois pour toutes, si possible, ce que vous attendez de la vie, après avoir fait une sérieuse analyse de la réalité, de vous-même, de vos moyens.

- Fixez-vous des objectifs réalistes et atteignables, étape par étape, afin de vivre des victoires et non seulement des revers.

- Passez à l'action. “Tout ce que ta main trouve à faire, fais-le avec toute ta force” (Ecclésiaste 9 : 10). Rien ne s'accomplit sans action. Ne remettez donc pas au lendemain.

- Maintenez-vous en bonne santé physique, mentale et spirituelle. Maintenez votre système immunitaire au plus haut niveau par une saine alimentation, un sommeil réparateur, une bonne élimination, de l'exercice physique, un regard optimiste et teinté d'humour sur la vie, comme le recommandent tous les spécialistes de la santé.

- Aimez ceux qui vous entourent. Faites du bien autour de vous. Rendez service sans rien attendre en retour. Dieu vous le rendra, car Il vous observe et Il voit tout (Matthieu 6 : 6-8 ; Ecclésiaste 12 : 15-16).

- Cultivez un esprit de générosité envers Dieu et envers tous les hommes, car tout ce que nous avons, nous l'avons reçu, soit de Dieu, soit des hommes.

- Soyez persévérant et tenace, sans sombrer dans l'entêtement obtus (Proverbes 24 : 10 ; Romains 5 : 3-4).

- Prenez la vie au sérieux car vous n'en avez qu'une. En revanche, ne vous prenez pas trop au sérieux. Considérez les autres comme vous étant supérieurs (Philippiens 2 : 3-4).

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