Depuis Rome, l'apôtre Paul s'adresse aux chrétiens
de Philippes. Emprisonné injustement, trahi et abandonné
de plusieurs frères, Paul écrit qu'il est
dans la joie.
Comment peut-il être joyeux dans de telles circonstances
? La générosité des Philippiens est
la cause de sa grande satisfaction. Paul s'en réjouit,
et nous en découvrons les raisons.
Dans un monde qui réduit le bonheur à l'affirmation
du moi, le message de l'apôtre tranche nettement avec
le discours ambiant. Paul rappelle aux chrétiens
que leur épanouissement se trouve dans la recherche
du bonheur des autres plutôt que dans le leur, exclusivement.
Reconnaissant, mais pourquoi ?
L'occasion se présenta aux Philippiens d'exprimer
leur affection envers Paul. Epaphrodite, l'ami fidèle
de Paul, achemina personnellement depuis Philippes, des
biens pour subvenir aux besoins de l'apôtre, prisonnier
à Rome. Cet acte de générosité
et cette marque d'affection des Philippiens allèrent
droit au cœur de Paul. Celui-ci ne manqua pas de leur
exprimer sa plus profonde gratitude. Il en éprouva
une grande joie. A première vue, dirions-nous, quoi
de plus normal que d'être joyeux lorsqu'on est l'objet
d'un acte de générosité ?
Mais voilà, dans Philippiens 4, verset 10, ce qui,
à première lecture, est interprété
comme de simples remerciements de la part de Paul, prend
ensuite un sens plus profond. Ce n'est pas en vue de ses
propres besoins que Paul était sincèrement
reconnaissant et qu'il éprouvait une grande joie.
Il y avait une autre raison. Contrairement à l'attitude
générale, Paul ne recherchait pas son propre
intérêt, même si les circonstances auraient
pu légitimement l'y inciter. Tout en leur exprimant
quand même sa gratitude, “vous avez bien fait
de prendre part à ma détresse”, il est
évident que Paul ne faisait pas de sa condition de
prisonnier sa préoccupation première (Philippiens
4 : 14).
C'est parce qu'il avait appris à être content,
quel que soit l'état où il se trouvait que
la satisfaction de ses besoins était secondaire aux
yeux de Paul. Elle ne constituait donc pas la source première
de son bonheur. Son bonheur trouvait sa source ailleurs.
Vivre dans l'abondance ou dans la disette
Le parcours évangélique et pastoral de Paul,
ainsi que son histoire personnelle, l'avaient amené
à connaître à la fois l'abondance et
la disette. Paul avait su apprécier l'une et s'adapter
à l'autre.
Au milieu de la disette, il avait appris que tout pauvre
qu'il était, il pouvait quand même en enrichir
plus d'un ; et que même s'il n'avait rien, il possédait
toutes choses (II Corinthiens 6 : 10). Il savait que la
grâce divine lui était suffisante, et qu'il
était fort, lorsqu'il était faible (II Corinthiens
8 : 9). Son sentiment de pleine sécurité trouvait
son origine dans une relation réconfortante avec
le Christ.
Dans l'abondance, Paul avait compris que les richesses
étaient fugaces et éphémères.
Il avait appris à ne pas mettre son espérance
dans les biens matériels, ni à en faire l'objet
de son assurance. Il enseignait au contraire à faire
confiance à Dieu, Lui qui nous donne toutes choses
avec libéralité pour que nous en jouissions
et que nous en fassions bénéficier autrui
(I Timothée 6 : 17). Il avait appris à user
du monde, de ses richesses, comme n'en usant pas ; à
acheter, mais comme ne possédant pas (I Corinthiens
7 : 30-31).
Si Paul était capable de se contenter de l'abondance
comme de la disette, cela ne résultait pas d'une
simple discipline humaine. L'épître aux Philippiens
en fait la démonstration.
“Je puis tout par Christ qui me fortifie”
Paul déclare dans Philippiens 4, verset 13, qu'il
pouvait tout faire par la force que le Christ lui communiquait.
Jésus était la source de son contentement
; celle-ci lui garantissait son épanouissement spirituel.
C'est parce qu'il avait appris à se “contenter”
en Christ et à avoir confiance en Lui, que Paul pouvait
dire humblement qu'il savait se contenter en toute situation.
A plusieurs reprises au cours de son ministère, Paul
a été excessivement accablé, au-delà
de ses forces, “au point même de désespérer
de conserver la vie”. Regardant comme certain son
arrêt de mort, Paul plaça sa confiance en Dieu
qui le délivra, comme Il l'avait fait plusieurs fois
auparavant (II Corinthiens 1 : 8-10).
Au cœur des épreuves, Jésus-Christ a
toujours su satisfaire son besoin de sécurité.
Cette forme de contentement que ressent l'apôtre Paul,
et qu'il exprime dans son épître aux Philippiens,
n'a rien à voir avec une quelconque forme de vanité
ou de suffisance. Paul ne comptait pas sur lui-même
mais sur le Christ.
Fort de cette conviction d'être dans l'abondance
spirituelle, même s'il était dans la précarité
physique, Paul accueillit avec gratitude les dons que les
Philippiens lui avaient remis par l'entremise d'Epaphrodite.
Il écrit : “J'ai tout reçu, et je suis
dans l'abondance […]”. C'était comme
une grande consolation que Dieu lui apportait au creux même
de sa détresse.
“Ce n'est pas que je recherche les dons…”
Les dons que Paul reçut des Philippiens le comblèrent
sans aucune commune mesure. Qu'avaient-ils de particulier,
ces dons, pour que Paul en soit comblé à ce
point ? “J'ai été comblé de biens,
en recevant par Epaphrodite ce qui vient de vous comme un
parfum de bonne odeur…” (Philippiens 4 : 18),
écrit-il. Le regard de Paul se portait bien au-delà
du caractère matériel de leurs dons et de
leur geste.
Paul perçoit, avant tout, à travers la générosité
des frères philippiens, la présence grandissante
de l'amour de Christ dans leur cœur. Telle est la véritable
raison de la profonde joie de l'apôtre Paul. Il constate
que ses chaînes contribuent ultimement au progrès
spirituel des Philippiens. Lié comme un malfaiteur,
Paul s'émerveille que la parole de Dieu ne soit pas
liée ; qu'elle est libre et qu'elle porte des fruits,
dans la foi par l'amour (II Timothée 2 : 9). Et cela
lui procure une immense joie. Malgré la précarité
de sa condition, il remarque, que tout faible qu'il est,
celle-ci concourt, paradoxalement, à l'enrichissement
spirituel des Philippiens.
La préoccupation majeure de Paul n'est pas la satisfaction
de ses propres besoins mais la sanctification des Philippiens.
Justement, ceux-ci lui en donnent la preuve. Il voit la
main de Dieu seule en action et Lui rend gloire. C'est pourquoi
l'apôtre Paul rend d'abord grâces à Dieu.
Paul porte d'abord son attention sur Dieu, ensuite sur les
Philippiens pour les bons fruits spirituels qu'ils peuvent
porter. Paul, à partir de la situation où
Dieu l'avait placé, avait donné ainsi l'occasion
aux Philippiens de croître en amour. Ce qui fut pour
Paul une source remarquable de consolation. Paul tirait
une grande satisfaction dans le Seigneur de voir croître
spirituellement les personnes qu'il avait servies durant
son ministère.
Conclusion
Ce n'est qu'après avoir vécu lui-même
l'expérience de la sanctification que Paul peut la
constater, l'apprécier et la désirer chez
l'autre ; elle devient sa source principale de joie. Il
se réjouit du progrès de la foi des saints
et de la croissance de leur amour les uns envers les autres.
Il rend constamment grâces à Dieu car c'est
une démonstration de Sa main agissante (Ephésiens
1 : 15-16 ; Colossiens 1 : 3 ; I Corinthiens 1 : 4 ; I Thessaloniciens
1 : 2).
Il se réjouit que sa captivité soit l'occasion
exceptionnelle pour l'avancement de l'Evangile, car Dieu
peut utiliser n'importe quelle circonstance profitablement,
même les plus dramatiques. Paul nous démontre
aussi l'importance de savoir renoncer à soi-même
et à s'effacer pour se donner aux autres et à
leur bien-être. Dans une société marchande,
où nous sommes sans cesse harcelés de messages
centrés à la fois sur l'affirmation de l'ego
et sur la quête de bonheurs faciles, le message que
Paul nous adresse, crucial et vital, est plus que jamais
d'actualité pour tous les hommes.