« Rendez à Dieu ce qui est à Dieu ! »
Dominique Alcindor
 

Le piège était tendu : pharisiens et hérodiens étaient persuadés cette fois qu’en Lui demandant s’il était permis ou non de payer le tribut à César, Il s’inculperait Lui-même et leur offrirait ainsi le prétexte tant recherché pour Le livrer aux autorités romaines (Matthieu 22 : 15-22).

Ils s’approchèrent donc de Jésus et L’abordèrent selon leur habitude, en Lui tenant des propos flatteurs pour tenter de déjouer Sa garde. Mais Jésus, connaissant la méchanceté de leur cœur et sachant qu’ils venaient Le tenter, leur demanda de Lui montrer un denier puis de Lui dire de quelle effigie la pièce de monnaie était frappée. “De César !” Lui répondirent-ils.

Il s’ensuivit alors l’une des déclarations bibliques les plus connues et les plus utilisées des locutions populaires : “Rendez donc à César ce qui est à César” (Matthieu 22 : 21). Quelle est la véritable portée de cette injonction ?

Rendez donc à César...

Sous la domination romaine, il était obligatoire pour la population de l’Empire de payer le tribut à César. Tant les pharisiens que les partisans d’Hérode y étaient soumis et tous le savaient très bien. Les recensements ordonnés régulièrement par les Romains visaient justement à s’assurer que personne n’en fût dispensé.

En leur apportant une réponse incontestable, Jésus déjouait ainsi leur piège. Il enseignait par la même occasion que le chrétien doit s’acquitter honnêtement de l’impôt envers l’Etat. Il s’agit là de la démonstration d’une attitude de soumission envers les autorités. Un principe que Paul réitérera plus tard dans son épître aux Romains : “Rendez à tous ce qui leur est dû : l’impôt à qui vous devez l’impôt” (Romains 13 : 7).

L’effigie et l’inscription

Les monnaies en circulation dans tout l’Empire Romain portaient une inscription. Sur l’un des côtés figurait soit l’effigie du gouverneur, soit un symbole, ou encore la représentation d’un dieu païen. Sur l’autre, il n’était pas rare d’y lire une inscription particulière, un slogan, ou le titre de l’autorité qui figurait à l’endos.

A l’époque, la monnaie en vigueur en Judée portait donc l’effigie (en grec : “icône”) de César et l’inscription (qui n’est pas précisée dans le verset) était certainement en rapport avec lui. Outre le désir de laisser une trace permanente dans le temps, la gravure des Césars sur les pièces de monnaie était une manière très concrète de rappeler à ceux qui utilisaient ces pièces, pour acheter ou vendre, que leur utilisation n’était rendue possible que par la bienveillance de l’Empereur.

De plus, l’effigie sur la pièce en vigueur indiquait son origine et son propriétaire. Même si les citoyens utilisaient librement les pièces qu’ils avaient en leur possession, elles n’appartenaient vraiment, en fin de compte, qu’à celui qui avait l’autorité de les frapper. Ceux qui en faisaient l’usage finalement n’étaient que des agents dépositaires qui contribuaient à la vie de l’Empire et à la renommée de l’Empereur. D’où la remarque fort pertinente de Jésus. L’effigie et l’inscription étant celles de César, il revenait de droit de lui payer le tribut. Cependant, la déclaration de Jésus va au-delà de cette affirmation.

...Et à Dieu, ce qui est à Dieu

L’autre partie de la déclaration de Jésus est : “Rendez à Dieu ce qui est à Dieu” (Matthieu 22 : 21). Rendons à Dieu ce qui Lui revient de droit. Par là, Jésus entend évidemment l’honneur, la louange, la gloire et l’adoration que nous devons légitimement et exclusivement rendre à Dieu.

Mais Il veut aussi nous enseigner autre chose : soutenir Son œuvre financièrement (II Corinthiens 9 : 11-12 et Matthieu 6 : 21). Le croyant a le devoir de contribuer financièrement à la prédication de l’Evangile et aux besoins de ceux qui le prêchent (I Corinthiens 9 : 14). Pour servir l’Evangile, Paul percevait son salaire des Eglises dont il avait la charge (II Corinthiens 11 : 7-9), sauf celles de Corinthe (à cause de leur mauvaise attitude). L’impôt qui revient à Dieu et dont les chrétiens doivent s’acquitter généreusement et spontanément permet de soutenir Son œuvre.

L’homme à l’effigie de Dieu

L’expression “Rendre à Dieu ce qui est à Dieu” nous renvoie aussi à la déclaration originelle : “Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance” (Genèse 1 : 26). Cette vérité prend sa pleine mesure en Jésus-Christ qui est l’empreinte même de la personne du Père (Hébreux 1 : 3). Lorsque l’homme repentant se tourne vers le Christ, il L’accepte en tant que Sauveur personnel. Jésus habitant en lui par le Saint-Esprit lui confère par conséquent l’empreinte, la marque ou l’effigie, dans un sens, du Père. Cette effigie en Jésus, gravée dans le cœur du chrétien témoigne ainsi de son appartenance à Dieu, comme l’effigie du nom de César marque l’appartenance à ce dernier. Né de nouveau, le chrétien porte désormais aussi l’inscription de “Fils de Dieu” (Romains 8 : 15-16). Il est marqué d’un sceau (II Corinthiens 1 : 22).

De même que l’empreinte ou l’effigie de l’Empereur inscrite sur la monnaie était permanente, le sceau du Saint-Esprit dans le chrétien est le gage de son héritage permanent et éternel (Ephésiens 1 : 14-15).

Finalement, l’autre aspect de la déclaration de Jésus est en rapport avec ce que Paul dit dans Actes 17 verset 28 : “… en Lui nous avons la vie, le mouvement, et l’être”. Le denier que Lui montrèrent les pharisiens leur permettait de transiger, de commercer, d’acheter ce dont ils avaient besoin, le tout sous le “regard” bienveillant et symbolique de l’Empereur, illustré par son effigie sur la pièce. Pour le chrétien, toutes ses activités s’accomplissent sous le regard de Dieu (Romains 14 : 8 ; I Corinthiens 10 : 31). Et parce que nous appartenons au Christ, nous devenons des agents de Sa volonté à laquelle nous adhérons volontairement.

Le chrétien n’est pas une monnaie d’échange évidemment ! Nous servons le Christ en servant notre prochain, et ce, sous Son regard bienveillant.

L’expression “Rendre à Dieu ce qui Lui appartient” revêt un caractère plus large et plus riche que la première partie de cette déclaration de Jésus. Ce caractère plus profond consiste à se rendre et à se soumettre à la souveraineté de Dieu (Romains 12 : 1).

Notre vie entière est un tribut à Dieu. Nous Lui appartenons puisque nous sommes marqués du sceau de Son effigie (II Corinthiens 1 : 22 et Apocalypse 9 : 4). Si nous pouvons vivre et agir, nous ne pouvons le faire que sous Sa providence. Jésus en nous est l’effigie même de Dieu, à qui nous appartenons. Il est le gage et le garant de notre héritage éternel. Notre vie étant un sacrifice vivant (Romains 12 : 1), notre vie entière est “l’impôt” qui Lui revient.

Certes, rendons à César ce qui lui appartient, mais avant tout, rendons à Dieu ce qui Lui revient, tout en mesurant bien la différence qui existe entre le matériel et le spirituel.

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