Prospérité et Précarité
Kerby Anderson
 

Tout chrétien, pauvre ou prospère, a à cœur de mener une vie agréable à Dieu. Il désire s’acquitter au mieux de ses responsabilités face à son prochain plus démuni que lui. De ce fait, les Ecritures abordant ce sujet l’intéressent au plus haut point.

Le point de vue biblique sur la prospérité

Notre société matérialiste, par le mode de vie qu’elle prône, peut séduire le chrétien alors qu’elle ne glorifie pas toujours Dieu. Bon nombre de chrétiens ont malheureusement adopté, parfois inconsciemment, ses valeurs matérialistes superficielles.

Il est évident que les croyants sont assaillis de clichés contraires à ce qu’enseigne la Bible. A tel point que certains d’entre eux prêchent un évangile de “santé et de prospérité”, tandis que d’autres, plus radicaux, condamnent la richesse sous toutes ses formes. Ces deux catégories de personnes ont tort.

La Bible enseigne-t-elle que la prospérité est nuisible au chrétien ? La condamne-t-elle ? Jésus et les prophètes de l’Ancien Testament ont prêché contre le matérialisme. Certains en déduisent qu’ils ne peuvent pas jouir de la prospérité et des richesses tout en faisant la volonté de Dieu. Nos sociétés occidentales modernes peuvent toutes être considérées comme très prospères comparativement aux sociétés orientales de l’ère apostolique. Que faut-il en penser ? Qu’est-ce que la prospérité, qu’est-ce que la pauvreté ?

Premièrement, la Bible ne condamne pas la prospérité. Dans Genèse 13 verset 2, par exemple, nous lisons qu’Abraham était très fortuné. Job 42 verset 10 nous indique aussi que Dieu avait béni Job en lui octroyant de grands biens matériels. Dans Deutéronome, Proverbes et l’Ecclésiaste, la prospérité est décrite comme l’évidence d’une bénédiction de Dieu (Deutéronome 8 : 18 ; Proverbes 22 : 2 ; Ecclésiaste 5 : 18). Les livres des Proverbes, de Jérémie, de I Timothée et de Jacques enseignent tous que le croyant ne devrait pas placer sa confiance dans la prospérité, mais en Dieu (Proverbes 11 : 4-28 ; Jérémie 9 : 23 ; I Timothée 6 : 17 ; Jacques 1 : 11 ; 5 : 2).

En second lieu, lorsque les gens riches de la Bible sont condamnés par Dieu, ils le sont à cause des moyens par lesquels ils se sont enrichis ; les richesses elles-mêmes n’y sont pour rien. Le prophète Amos dénonçait la richesse obtenue par la fraude (Amos 4 : 1 ; 5 : 11). Quant à Michée, il dénonçait les balances faussées et les mesures frauduleuses avec lesquelles Israël lésait le pauvre (Michée 6 : 11). Aucun de ces trois prophètes n’a condamné la prospérité ; ils ont seulement dénoncé les moyens corrompus par lesquels la richesse était parfois acquise.

Troisièmement, les chrétiens doivent être prévenus des effets nuisibles de la prospérité dans leurs vies. Dans Proverbes 30 versets 8 et 9 et Osée 13 verset 6, nous lisons que la richesse peut nous faire oublier Dieu. Les chrétiens fortunés risquent de cesser de mettre leur confiance en Dieu se croyant capables de répondre eux-mêmes à leurs propres besoins. Aux chapitres 2 et 5, l’Ecclésiaste mentionne que les riches ne peuvent pas vraiment profiter de leurs richesses. Proverbes 28 verset 11 et Jérémie 9 verset 23 nous mettent en garde contre la fierté et l’arrogance que la richesse pourrait engendrer en nous.

En résumé, les Ecritures ne condamnent pas les riches. Cependant, si Dieu nous bénit en nous rendant prospères, elles nous avertissent des effets pervers que les richesses peuvent provoquer dans notre vie.

L’approche biblique face à la pauvreté

La Bible mentionne quatre grandes catégories de causes à l’origine de la pauvreté.

La première est l’oppression et la fraude. Certains proverbes nous enseignent que beaucoup de gens étaient tombés dans la pauvreté à cause de l’oppression qu’ils subissaient de leurs pairs ou des autorités (Proverbes 14 : 31 ; 22 : 7 ; 28 : 15). Souvent, les gouvernements ont promulgué des lois qui se sont révélées, au fil du temps, injustes.

La deuxième est le malheur, la persécution ou le jugement. Dans Job, nous apprenons que Dieu a permis à Satan d’éprouver Job en causant son malheur (Job 1 : 12-19). Les Psaumes (109 : 16) Esaïe (47 : 9) et les Lamentations (5 : 3) nous révèlent les malheurs que Dieu a fait subir à un peuple désobéissant. Quand Israël s’est détourné des lois de Dieu, l’Eternel a permis aux nations étrangères de l’emmener en captivité, conséquence de sa désobéissance.

La troisième cause est la paresse, la négligence ou les excès du boire et du manger. Les Proverbes nous montrent que certaines personnes sont pauvres à cause de leur apathie et de leurs mauvaises habitudes de vie (Proverbes 10 : 4 ; 13 : 4 ; 19 : 15 ; 20 : 13 ; 23 : 21).

Enfin, la dernière cause de la pauvreté est une combinaison des trois premières ; c’est une sorte de pauvreté dans laquelle on naît et demeure. Le livre des Proverbes au chapitre 10 verset 15 dit : “La ruine des misérables, c’est leur pauvreté”. Cette chronicité de la pauvreté engendre la pauvreté et le cycle ne se brise pas facilement.

La pauvreté et les gouvernements

Bien que l’on ne puisse pas faire endosser aux gouvernements l’entière responsabilité de pourvoir aux besoins des pauvres, ceux-ci doivent reconnaître ce qui est dit dans Lévitique concernant la défense des pauvres en particulier, et de l’oppression des peuples en général. Les dirigeants ne doivent pas se soustraire à la responsabilité que Dieu leur a donnée de protéger les pauvres contre l’injustice.

Les autorités doivent d’abord établir des lois et des statuts qui proscrivent et répriment l’injustice. Ces lois doivent s’accompagner de sanctions importantes visant à décourager toute exploitation des pauvres. L’action gouvernementale s’étend au domaine de l’infortune. Beaucoup de gens peuvent devenir pauvres sans que ce soit de leur faute. Dans ce cas, le gouvernement devrait pouvoir leur allouer des indemnités appropriées. Malheureusement, les programmes sociaux ne sont pas toujours des plus généreux.

Nos sociétés ont besoin d’un système social qui mette l’accent sur le travail et l’initiative plutôt que d’encourager la dépendance et la paresse. Si les citoyens ont de véritables besoins, l’Etat doit les aider ; mais s’ils sont paresseux et qu’ils n’ont aucune éthique du travail, ils devraient changer. Souvent, les systèmes sociaux perpétuent la pauvreté en ne distinguant pas les gens qui ont de réels besoins de ceux qui profitent du système “Etat-Providence” par pure fainéantise.

L’Eglise et la pauvreté

Dans l’Ancien Testament, la séparation entre l’Eglise et l’Etat n’existait pas comme aujourd’hui. Cette précision faite, il y avait à cette époque deux manières d’aider les pauvres. La première découlait des lois décrites dans Lévitique 19 versets 9 et 10 et Deutéronome 24 versets 19 à 22. A la récolte, les fermiers ne moissonnaient pas certains coins de leurs champs pour le bénéfice des pauvres qui pouvaient ainsi se servir librement.

Le deuxième moyen utilisé pour aider le pauvre était la dîme. Dans Lévitique 27 verset 30, la dîme fournissait des fonds à l’Eglise et aux pauvres. Les fonds étaient distribués à ceux qui étaient vraiment dans le besoin. Le Nouveau Testament montre que l’Eglise avait aussi pour rôle de pourvoir aux besoins du pauvre. Dans I Corinthiens 16, Paul parle d’une collecte des églises qui était envoyée aux croyants de Jérusalem. Plusieurs avertissements appellent les chrétiens dans les Ecritures à partager leurs ressources avec les autres, par compassion (II Corinthiens 9 : 7 ; I Timothée 5 : 9-10 ; 6 : 18 ; Jacques 1 : 27).

Ces passages semblent indiquer que les gouvernements et les églises devraient être impliqués conjointement à aider les pauvres. Idéalement, les églises devraient être à l’avant-garde de cet effort. Cependant, les constitutions des Etats ne le leur permettent pas toujours. Les gouvernements peuvent apporter des solutions pour lutter contre l’exploitation et l’oppression en allant au-delà des lois et en établissant divers programmes d’aides sociales. Plusieurs pays le font au moyen de diverses associations caritatives.

Souvenons-nous que la pauvreté est tout autant un problème spirituel qu’économique ou social. C’est dans le domaine spirituel que les églises peuvent être les plus efficaces. Elles sont souvent mieux équipées que l’Etat pour répondre aux besoins spirituels et psychologiques engendrés par la pauvreté.

Briser le cycle de la pauvreté

Un individu qui grandit dans un monde très défavorisé est destiné à une vie de précarité, à moins que des circonstances favorables ne se produisent. Comme indiqué plus haut, plusieurs causes peuvent condamner un individu à la pauvreté perpétuelle.

La conversion spirituelle peut être l’une de ces circonstances favorables. Un contact heureux avec les Saintes Ecritures permet souvent à une personne pauvre de découvrir des solutions pratiques à son problème. Par exemple, dans Proverbes 6 verset 6, un principe nous est donné : “Va vers la fourmi, paresseux, considère ses voies et deviens sage”. Il y a matière à réflexion. Ce principe est rappelé par Paul : “Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus” (II Thessaloniciens 3 : 10). Les chrétiens devraient avertir, gentiment mais fermement, ceux dont la pauvreté est le résultat de médiocres habitudes de travail, afin de les encourager à s’assumer.

Le mode de vie du chrétien

Les Ecritures montrent que les serviteurs de Dieu ont vécu selon des niveaux de vie différents. Par exemple, Daniel a servi comme secrétaire d’Etat dans l’empire babylonien et bénéficiait d’un niveau de vie très aisé. Ezéchiel lui, vivait à l’extérieur de la ville, l’indication d’un niveau de vie de classe moyenne. Quant à Jérémie, il a certainement connu un niveau de vie de classe inférieure. Quel prophète a le mieux honoré Dieu par son mode de vie ? La réponse est évidente. Chacun a honoré Dieu là où il se trouvait, soit dans la prospérité, soit dans la pauvreté. Ce fut le cas de l’apôtre Paul qui avait appris à vivre dans “l’abondance et dans la disette” (Philippiens 4 : 12).

Laissons-nous guider par les principes bibliques. D’abord, reconnaissons que Dieu est le Créateur de tout ce que nous possédons et utilisons. Que nous soyons riches ou pauvres, admettons Sa présence dans notre vie. Cherchons “premièrement le royaume et la justice de Dieu” (Matthieu 6 : 33). Les chrétiens doivent être avertis contre les effets d’une mauvaise utilisation de la richesse. Leur vie spirituelle pourrait en souffrir. Il n’y a rien de mauvais à posséder des biens. Le problème surgit quand les biens nous possèdent.

Si Dieu vous bénit en vous accordant des richesses, saisissez les occasions de les partager. Appliquons-nous, comme le roi David, à garder les bonnes priorités, telles qu’il les exprime dans Proverbes 30 versets 8 et 9.

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