L'Econome Infidèle
Dominique Alcindor
 

La parabole de l’économe infidèle relate l’histoire d’un serviteur que son maître limogea après avoir appris qu’il dissipait ses biens. L’économe, avant que la décision ne soit effective, rencontre les débiteurs de son maître et réduit le montant de leurs dettes dans le but inavoué que l’un d’entre eux l’embauche après son renvoi. Le maître apprenant cela, loue la manière avisée avec laquelle il a agi pour assurer son avenir.

Enfants du siècle et enfants de lumière

La première remarque que Jésus partage avec Ses disciples concerne les enfants de ce siècle et les enfants de lumière. Ces premiers, leur dit-il, sont plus avisés à l’égard de leurs semblables que ces derniers (Luc 16 : 8). Jésus tient à exhorter les enfants de lumière, ceux qui vivent en Lui (Jean 12 : 36 ; Ephésiens 5 : 8) à avoir le même zèle et le même empressement que le serviteur, non pas sur le plan matériel, mais au niveau spirituel.

Pour assurer son avenir, le serviteur n’a pas hésité à user d’astuce pour gagner la faveur de personnes qui pourraient l’employer. Bien sûr, le maître n’a pas loué son serviteur pour son stratagème. Jésus ne fait pas ici l’apologie de la mauvaise conduite de l’économe. Plusieurs interprétations sont avancées pour expliquer l’apparente approbation du maître à l’égard d’un agissement des plus malhonnêtes. Le serviteur aurait-il ramené le montant de la dette au juste prix initial des produits, en renonçant au bénéfice excessif qu’il en aurait tiré ? Une autre explication serait qu’en agissant ainsi le serviteur aurait permis au maître de récupérer au moins une partie des dettes de longue date qu’il n’aurait pas du tout recouvrer autrement.

Quelle que soit la bonne interprétation, le point est que le maître loua le serviteur pour avoir fait preuve d’intelligence et de clémence en pensant à son propre avenir. Jésus nous demande de rechercher en premier notre bien-être spirituel, le Royaume de Dieu (Matthieu 6 : 33), de nous amasser des trésors dans le ciel (Matthieu 6 : 20) ou de saisir la vie éternelle (I Timothée 6 : 12), avec la même diligence que le serviteur infidèle employa mais seulement à des fins matérielles. Celui-ci s’inquiétait uniquement de son avenir sur terre. Alors que nous, nous devrions rechercher le spirituel. Notre loyauté doit servir en premier notre recherche du Royaume des cieux plutôt que la recherche de Mammon.

Faites-vous des amis

Jésus exhorte ensuite Ses disciples à se faire des amis avec les richesses injustes afin qu’ils les reçoivent dans les tabernacles éternels. Lorsqu’elle est mal comprise, cette exhortation peut offenser la morale chrétienne qui nous enseigne à faire du bien sans arrière-pensées. Ce n’est pas ce dont Il parle ici. Ces richesses “injustes” correspondent aux biens matériels et terrestres qui disparaîtront un jour (elles viendront à nous manquer). Ce sont ces richesses dont Jésus parle dans Matthieu 6 verset 20, que la teigne peut détruire ; des richesses du présent siècle, des richesses incertaines (I Timothée 6 : 17).

L’interprétation de cette exhortation du Christ varie selon les commentaires. Les amis dont il est question au verset 9 de Luc 16 représentent-ils les saints qui nous accueilleront à notre résurrection, ou s’agit-il d’autres personnes ? Que des saints nous accueillent dans les cieux sous-entendrait qu’ils y soient parvenus avant nous. Or, plusieurs passages (Hébreux 11 : 40) indiquent que les saints qui nous ont précédés n’ont pas encore obtenu la promesse de la vie éternelle et qu’ils nous “attendent” afin de ne pas parvenir à la perfection sans nous. Et si tel avait été le cas, qui seraient ceux qui auraient accueilli la génération précédente de saints, et ainsi de suite ? De plus, nous n’avons pas l’assurance que tous les “amis” que l’on pourrait se faire avec les richesses injustes sur cette terre, seront eux-mêmes sauvés.

Il semble plus probable que ces amis correspondent plutôt à ce que les Ecritures appellent l’armée des cieux qui sert Dieu jour et nuit (Psaumes 103 : 19-22 ; 148 : 2) et dont certains anges sont détachés au service des saints (Hébreux 1 : 14). Plusieurs chapitres du livre de l’Apocalypse nous démontrent leurs fonctions dans l’accomplissement de la volonté de Dieu.

Ce sont ces anges qui se réjouissent dans les cieux lorsqu’un seul pécheur se repent (Luc 15 : 10). Ce sont eux aussi qui vinrent auprès de Jésus et le servirent après Sa tentation dans le désert (Matthieu 4 : 11) ou chantèrent de joie au devant des rois mages et des bergers (Luc 2 : 14). De ce fait, ne constitueraient-ils pas le comité d’accueil pour les tabernacles éternels ? Ce sont eux qui nous recevront lorsque notre contrat (notre vie) prendra fin.

Les chrétiens sont donc exhortés à adopter un comportement et une attitude face aux biens de ce monde qui recueillent l’approbation des hôtes célestes et par conséquent, celle de Dieu Lui-même. C’est ainsi que nous faisons d’eux nos amis. Paul recommande à Timothée d’exhorter “les riches du présent siècle” dans le sens, “de faire du bien, d’être riches en bonnes œuvres, d’avoir de la libéralité, de la générosité, et de s’amasser ainsi pour l’avenir un trésor placé sur un fondement solide [les tabernacles éternels]” (I Timothée 6 : 18-19).

Jésus ne parle pas ici de gagner le Royaume par nos œuvres. Le salut est un don gratuit. Nous avons une responsabilité d’utiliser sagement et judicieusement les biens dont Dieu nous permet de jouir ; de faire preuve de générosité lorsque nous le pouvons. Un beau jour, pour nous aussi, notre temps sur terre prendra fin. Nous devons donc œuvrer pendant le temps que nous vivons dans la chair de telle sorte que nous nous assurons notre vocation céleste (Philippiens 2 : 12). Nous devrions être fidèles à Dieu en faisant preuve de persévérance et de diligence à l’égard des choses spirituelles, au même titre que les enfants de ce siècle le sont à l’égard de leur ambition humaine et matérielle.

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