L'Argent et l'Amour de l'Argent
Dominique Martin de la Cruz
 

"Dans ma chaumière, je la préfère avec toi, oui avec toi, avec toi, oui avec toi, au palais d'un roi". Tout le monde connaît ce refrain populaire, bien français, qui évoque le couple, le bonheur et leurs rapports à l'argent.

Pourquoi opposer si directement, et d'une manière irréversible, le bonheur et l'argent ? Y a-t-il une raison, voire même plusieurs ? Vénérer l'argent, le convoiter, le thésauriser, le sacraliser, sans bien s'en rendre compte d'ailleurs, peut constituer le début de la descente aux enfers. On ne s'appartient plus. On lui appartient. Mais le bonheur appartient-il à l'argent ?

Matthieu 6 verset 24 nous apprend que dans la vie, on ne peut servir à la fois Dieu et Mammon. Ce dernier terme araméen qui signifie "biens et profit" est déjà employé avec un sens péjoratif dans la littérature juive. Jésus l'emploie pour caractériser la corruption d'une conception de vie matérialiste, par opposition au dénuement, à la confiance en Dieu et à l'amour du prochain (Matthieu 6 : 24). Mammon est en quelque sorte une puissance personnifiée anti-divine. Le message est clair : ne nous laissons pas aller à adorer l'argent, à n'avoir pour motivation que l'appât du gain et par ailleurs, prétendre servir Dieu qui préconise la charité et la générosité.

L'argent, de tout temps, a mené le monde. On ne peut plus vivre sans. Et souvent, on a du mal à vivre avec. Quelle règle de conduite sage adopter pour que ce métal, cette référence, ce moyen de paiement nous laisse dormir en paix ? D'un côté, il y a l'argent. De l'autre, l'amour de l'argent.

EMPORTER TOUS SES BIENS PAR-DELA LA TOMBE

Cet attachement solide aux richesses matérielles paraît avoir franchi la barrière des siècles. Pour les Egyptiens, la vie terrestre n'était qu'un court épisode précédant le bonheur éternel dans un autre monde. Selon leurs croyances, la survie de l'âme après la mort, n'était possible que si tous les éléments constitutifs de la personne humaine étaient conservés dans leur intégrité. Les Egyptiens essayèrent donc de protéger la dépouille mortelle de la dégradation en l'enduisant de baumes. D'abord réservée aux rois, la momification s'étendit à toutes les couches de la population. La famille du mort était responsable de l'embaumement, et selon sa richesse, devait choisir entre trois modes de momification. Mieux encore, les tombeaux représentaient pour les Egyptiens "la demeure éternelle" où la momie continuait à vivre. A côté du mort, on plaçait un mobilier complet et des provisions. L'argent facilitait un bon passage vers l'au-delà. Aujourd'hui, on a parfois l'impression que l'être humain ne se rend pas bien compte qu'il va devoir mourir et quitter cette terre, tellement il est prévoyant, financièrement parlant. Il est capable de se priver et d'économiser en vue des jours futurs. Mais sur le moment même, il est incapable de vivre pleinement le temps présent. Il est trop absorbé par des réflexions qui le mènent toujours à demain, alors qu'il devrait être pleinement reconnaissant de vivre aujourd'hui. De plus, il a peur de ne jamais posséder assez.

UN EXEMPLE A MEDITER

Salomon a longuement réfléchi à la vie terrestre, et ses paroles pleines de bon sens et de réalisme troublant devraient nous interpeller. "Tout est vanité et poursuite du vent", dit-il dans Ecclésiaste 1 verset 14. Salomon est parmi les rois de l'Ancien Testament celui qui a le plus accumulé de richesses. Il ne s'est point privé de ce que ses yeux désiraient. En fait, il ne s'est privé de rien tout au long de sa vie. Dans le long passage du second chapitre intitulé "Vanité des plaisirs", il confesse qu'il fit de grandes oeuvres, qu'il bâtit des maisons, qu'il acheta des esclaves et des servantes, qu'il posséda des troupeaux de bœufs, de brebis et tout cela en plus grande quantité que tous les rois qui furent avant lui à Jérusalem. Il amassa de l'or, de l'argent, les trésors des rois et des provinces, et il devint grand et surpassa tous ceux qui étaient avant lui dans Jérusalem. Et il conclut, amer, que tout était vanité et poursuite du vent, car chacun doit laisser à d'autres le fruit de son travail. Salomon avait amassé un nombre considérable de richesses. Il n'en fut pas plus heureux pour autant.

L'Ecclésiastique dans le chapitre 14 verset 4, nous avertit autrement : "Celui qui amasse en se privant amasse pour d'autres, et de ses biens, d'autres feront bombance".

Nous oublions trop souvent que nous sommes mortels et qu'amasser ne sert à rien. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait. Souvenons-nous des paroles du Christ dans la parabole du riche insensé qui ne pensait qu'à faire fructifier ses biens (Luc 12 : 15-21). Or, la réponse est claire : "Veillez à vous garder de toute cupidité, car un homme a beau être dans l'abondance, sa vie ne tient pas à ses biens". Amasser des richesses, thésauriser, accumuler sans cesse nous fait perdre le véritable sens de la vie. N'est-il pas dit dans Luc 18 verset 24, "Combien il est difficile pour les riches d'entrer dans le royaume de Dieu" ? Et si Dieu prend tellement de temps pour nous avertir, s'Il choisit à propos Ses paraboles, c'est que le message est véritablement important. Il en va de notre bonheur, de notre paix, de notre vie. Il vaut nettement mieux s'enrichir pour Dieu. Cela au moins est porteur de réelles bénédictions. L'homme est livré aux événements. Qu'il jouisse du bien-être que Dieu lui accorde. Qu'il savoure pleinement ce don grandiose et sacré qu'est la vie. Que l'homme sache enfin apprécier les véritables valeurs dans ce monde car ses jours sont comptés.

MONDE RICHE ET MONDE PAUVRE

Pourquoi l'amour de l'argent accapare-t-il et égare-t-il autant d'esprits en ce bas monde ? Certaines personnes sont tellement riches que cela en devient grotesque. De plus, elles n'auront jamais assez de toute une vie pour dépenser tout leur argent. Pour certaines d'entre elles, c'est comme si elles étaient privées de raison. Tout ce qu'elles disent, tout ce qu'elles pensent semble teinté d'un esprit cupide où la référence à l'argent revient sans cesse (et inconsciemment) dans la conversation. On vit une époque où certaines stars de cinéma encaissent jusqu'à 18 millions d'euros par film, soit environ 120 millions de francs, alors que le Smic en France n'est que de 1 127,23 euros bruts par mois ! Il y a des causes à la pauvreté et à la richesse, mais ce n'est pas le but de cet article.

Une émission de télévision de moins d'un an intitulée Kolossal nous alertait sur ces énormes disparités qui ne sont pas toujours justifiées. Aujourd'hui, on se trouve dans une ère critique de la mondialisation, une ère de "Bigness" (où tout est grand). On ne cesse en Europe et dans le monde de parler des évolutions boursières. On est placé dans une sorte d'asservissement à la grandeur.

Le colossal dans l'économie mondiale n'a jamais atteint le point actuel. Une économiste disait l'année dernière que sur les principales places boursières d'Europe et du monde, il y avait 25 trillions de dollars investis (25 avec douze zéros). Avec la bulle financière qui a crevé, ce montant continue de fluctuer. Si on voulait diviser cette somme et donner une part égale à chaque être humain sur la terre, cela ferait 4 000 dollars par personne (soit 25 000 F). On pourrait aussi parler des fortunes colossales. Il y a à la surface du globe quelques 440 milliardaires (en dollars). Ces personnes-là ont autant en richesses et en biens qu'en possède la moitié de la population mondiale. C'est-à-dire, la richesse de ces 440 personnes est équivalente à la richesse cumulée de 3 milliards d'individus.

Si l'on ne prend que les trois premières fortunes du monde (deux personnes de Microsoft et un très grand marchand américain), leurs avoirs sont équivalents à toute la richesse de l'Afrique sub-saharienne. La dette des pays du Sud est faramineuse et se chiffre à 2 000 milliards de dollars ! Chaque bébé en Afrique ou en Amérique latine doit déjà, dès sa naissance, 381 euros (2 500 F). Enfin, si on prend les cent premières économies du monde, quarante-neuf sont des Etats et cinquante et une, des firmes internationales. Ces propos éloquents témoignent à quel point ce monde est devenu injuste et déséquilibré.

LE CULTE DE MAMMON

A partir de quel moment l'homme s'arrêtera-t-il d'accumuler des richesses ? Qu'est-ce qui le pousse ? Qu'est-ce qui le motive ? Y a-t-il un dysfonctionnement de neurones qui l'obligerait sans cesse à amasser plus et à retenir plus que de besoin ? François de Closets écrivait déjà il y a quelques années dans un livre édifiant intitulé Toujours plus : "On ne redistribue pas l'argent sans se heurter à l'opposition des riches. On ne redistribuera pas les Facteurs Non Monétaires sans braver celle des corporations". L'auteur, par ailleurs, évoque l'abîme qui sépare le milliardaire du smicard et souligne que dans toute lutte contre les inégalités, il faut commencer par attaquer le rôle de l'argent. Mais il tempère sa réponse en précisant que la condamnation du riche, parée de toutes sortes de justifications morales, n'a d'égal que l'envie secrète d'être à sa place.

A la surabondance de biens matériels, d'argent, de profits, de bénéfices, il s'ensuit le corollaire suivant : souvent moins de sentiment, moins de charité, moins de générosité, moins d'amour et de sollicitude envers son prochain. Le désir d'accumuler des richesses, sorte de névrose de l'esprit, ne peut pas rendre heureux. L'homme sage doit pouvoir et savoir prendre du recul par rapport à ce qui peut aliéner son mental, voire sa conscience. Pourquoi l'homme riche apparaît-il le plus souvent dans la vie ou dans les films comme un personnage avare, cupide, égoïste, mal dans sa peau, déséquilibré et passe rarement pour un bienfaiteur ?

L'amour de la possession, le culte voué à Mammon est un culte de l'égoïsme, de l'individualisme à outrance, de la vanité et du rejet des autres. On ne vit que pour soi. Les autres n'existent plus. C'est tout le contraire de l'amour fraternel, de l'amour du prochain, de cet état altruiste qui nous guide pour faire le bien. Plus l'homme, séduit par l'appât du gain, durcit son cœur, moins il a de chance de revenir à un état d'amour et de rencontrer Dieu.

Rien n'est neutre dans la vie. Tout a un sens. A un comportement donné sont liés à tout jamais un système de valeurs, un type d'éducation, une attitude croyante, indifférente ou athée, un ensemble de sentiments porteurs, bienveillants ou pas. Il faudra choisir entre l'amour et la haine, la rancœur et le pardon, le bien-être et le poison. Il faut croire qu'un être humain qui voue un culte à Mammon choisit de vivre d'une manière différente et isolée. Il préfère les richesses à la vie. Car posséder et vouloir posséder toujours plus peut être ruineux moralement parlant. C'est risquer d'annihiler les meilleurs sentiments. L'amour vrai peut difficilement éclore dans un champ d'orties fiduciaires.

Un être humain qui ne croit plus en rien aujourd'hui s'attachera encore plus aux richesses matérielles qui deviendront son seul but dans la vie. Et persistant à marcher loin de Dieu, il ne pourra qu'errer dans le néant existentiel. Vouer un culte à Mammon, c'est embrasser le vide. Pire, c'est faire le vide dans sa tête et autour de soi.

DIEU ET MAMMON

Surtout, que l'on ne se méprenne pas sur nos propos. Nous ne nous positionnons pas bien sûr contre l'argent. C'est un moyen de paiement fort ancien qui remonte à l'Antiquité. On ne peut le nier.

On ne peut vivre sans. Et dans la société d'aujourd'hui, il vaut mieux en avoir qu'en être dépourvu. Ce qui est critiquable, c'est l'attitude que nous pouvons adopter face à lui. Qu'il soit à notre service, cela se conçoit aisément. Mais surtout, qu'il ne devienne pas notre maître. Qu'il ne dirige pas nos vies. L'argent n'est pas mauvais en soi. Il nous permet de vivre correctement si l'on en gagne suffisamment. Et c'est bien agréable de s'offrir certains objets qui nous procurent du plaisir ou de la joie.

En dehors des fonctions normales et premières (logement, alimentation, transport, habillement), il nous permet, en outre, d'organiser et de financer nos loisirs et d'agrémenter notre quotidien. Jésus-Christ savait que les pharisiens aimaient l'argent. D'où ces propos : "Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : car ou bien il haïra l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et ne tiendra pas compte de l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent" (Luc 16 : 13 ).

Devant les pharisiens qui se moquaient de Lui en entendant cela, Sa réponse fut très claire et on ne peut plus explicite : "Vous autres, vous êtes gens qui se donnent comme justes aux yeux des hommes, mais Dieu connaît vos cœurs. Car ce que les hommes prisent très fort est objet de dégoût aux yeux de Dieu" (verset 15).

Dieu connaît bien l'être humain. Dieu sonde nos cœurs et nos reins (Apocalypse 2 : 23). Et Il sait que le cœur de l'homme est tortueux par-dessus tout. N'oublions pas qu'Il nous rendra à chacun selon nos oeuvres (Apocalypse 2 : 23). Dieu a parfaitement conscience du danger qui nous guette si nous approchons d'un peu trop près de Mammon. Il est vrai que l'accumulation de richesses peut étouffer l'homme et lui nuire spirituellement (Luc 8 : 14). Nombreux sont les passages où Jésus-Christ nous met en garde. "Malheur à vous riches", dit-Il dans Luc 6 verset 24. "A vous maintenant les riches ! Pleurez à grands cris sur les malheurs qui vous attendent. Vos richesses sont pourries et vos vêtements sont dévorés par les vers", annonce Jacques dans son épître au chapitre 5, versets 1 et 2.

Sachons bien mesurer la différence entre le besoin et le surplus, le raisonnable et l'insensé. Essayons de distinguer en tout temps le bien du mal, d'éviter les écueils de la vie, de rejeter les pièges de la tentation afin de plaire au Christ. Méfions-nous de cette ère de consommation effrénée qui peut tout salir d'un seul coup et nous faire perdre pied si l'on n'y prend pas garde.

Attachons-nous aux commandements du Christ. Et n'oublions surtout pas, qu'en Christ, nous avons été comblés de toutes les richesses (I Corinthiens 1 : 5).

© Tous droits réservés – 1978-2008 - Eglise Universelle de Dieu