"Dans
ma chaumière, je la préfère avec toi, oui avec toi, avec
toi, oui avec toi, au palais d'un roi". Tout le monde
connaît ce refrain populaire, bien français, qui évoque
le couple, le bonheur et leurs rapports à l'argent.
Pourquoi opposer si directement, et d'une manière irréversible,
le bonheur et l'argent ? Y a-t-il une raison, voire même
plusieurs ? Vénérer l'argent, le convoiter, le thésauriser,
le sacraliser, sans bien s'en rendre compte d'ailleurs,
peut constituer le début de la descente aux enfers. On ne
s'appartient plus. On lui appartient. Mais le bonheur appartient-il
à l'argent ?
Matthieu 6 verset 24 nous apprend que dans la vie, on ne
peut servir à la fois Dieu et Mammon. Ce dernier terme araméen
qui signifie "biens et profit" est déjà employé
avec un sens péjoratif dans la littérature juive. Jésus
l'emploie pour caractériser la corruption d'une conception
de vie matérialiste, par opposition au dénuement, à la confiance
en Dieu et à l'amour du prochain (Matthieu 6 : 24). Mammon
est en quelque sorte une puissance personnifiée anti-divine.
Le message est clair : ne nous laissons pas aller à adorer
l'argent, à n'avoir pour motivation que l'appât du gain
et par ailleurs, prétendre servir Dieu qui préconise la
charité et la générosité.
L'argent, de tout temps, a mené le monde. On ne peut plus
vivre sans. Et souvent, on a du mal à vivre avec. Quelle
règle de conduite sage adopter pour que ce métal, cette
référence, ce moyen de paiement nous laisse dormir en paix
? D'un côté, il y a l'argent. De l'autre, l'amour de l'argent.
EMPORTER TOUS SES BIENS PAR-DELA LA TOMBE
Cet attachement solide aux richesses matérielles paraît
avoir franchi la barrière des siècles. Pour les Egyptiens,
la vie terrestre n'était qu'un court épisode précédant le
bonheur éternel dans un autre monde. Selon leurs croyances,
la survie de l'âme après la mort, n'était possible que si
tous les éléments constitutifs de la personne humaine étaient
conservés dans leur intégrité. Les Egyptiens essayèrent
donc de protéger la dépouille mortelle de la dégradation
en l'enduisant de baumes. D'abord réservée aux rois, la
momification s'étendit à toutes les couches de la population.
La famille du mort était responsable de l'embaumement, et
selon sa richesse, devait choisir entre trois modes de momification.
Mieux encore, les tombeaux représentaient pour les Egyptiens
"la demeure éternelle" où la momie continuait
à vivre. A côté du mort, on plaçait un mobilier complet
et des provisions. L'argent facilitait un bon passage vers
l'au-delà. Aujourd'hui, on a parfois l'impression que l'être
humain ne se rend pas bien compte qu'il va devoir mourir
et quitter cette terre, tellement il est prévoyant, financièrement
parlant. Il est capable de se priver et d'économiser en
vue des jours futurs. Mais sur le moment même, il est incapable
de vivre pleinement le temps présent. Il est trop absorbé
par des réflexions qui le mènent toujours à demain, alors
qu'il devrait être pleinement reconnaissant de vivre aujourd'hui.
De plus, il a peur de ne jamais posséder assez.
UN EXEMPLE A MEDITER
Salomon a longuement réfléchi à la vie terrestre, et ses
paroles pleines de bon sens et de réalisme troublant devraient
nous interpeller. "Tout est vanité et poursuite du
vent", dit-il dans Ecclésiaste 1 verset 14. Salomon
est parmi les rois de l'Ancien Testament celui qui a le
plus accumulé de richesses. Il ne s'est point privé de ce
que ses yeux désiraient. En fait, il ne s'est privé de rien
tout au long de sa vie. Dans le long passage du second chapitre
intitulé "Vanité des plaisirs", il confesse qu'il
fit de grandes oeuvres, qu'il bâtit des maisons, qu'il acheta
des esclaves et des servantes, qu'il posséda des troupeaux
de bœufs, de brebis et tout cela en plus grande quantité
que tous les rois qui furent avant lui à Jérusalem. Il amassa
de l'or, de l'argent, les trésors des rois et des provinces,
et il devint grand et surpassa tous ceux qui étaient avant
lui dans Jérusalem. Et il conclut, amer, que tout était
vanité et poursuite du vent, car chacun doit laisser à d'autres
le fruit de son travail. Salomon avait amassé un nombre
considérable de richesses. Il n'en fut pas plus heureux
pour autant.
L'Ecclésiastique dans le chapitre 14 verset 4, nous avertit
autrement : "Celui qui amasse en se privant amasse
pour d'autres, et de ses biens, d'autres feront bombance".
Nous oublions trop souvent que nous sommes mortels et qu'amasser
ne sert à rien. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait.
Souvenons-nous des paroles du Christ dans la parabole du
riche insensé qui ne pensait qu'à faire fructifier ses biens
(Luc 12 : 15-21). Or, la réponse est claire : "Veillez
à vous garder de toute cupidité, car un homme a beau être
dans l'abondance, sa vie ne tient pas à ses biens".
Amasser des richesses, thésauriser, accumuler sans cesse
nous fait perdre le véritable sens de la vie. N'est-il pas
dit dans Luc 18 verset 24, "Combien il est difficile
pour les riches d'entrer dans le royaume de Dieu" ?
Et si Dieu prend tellement de temps pour nous avertir, s'Il
choisit à propos Ses paraboles, c'est que le message est
véritablement important. Il en va de notre bonheur, de notre
paix, de notre vie. Il vaut nettement mieux s'enrichir pour
Dieu. Cela au moins est porteur de réelles bénédictions.
L'homme est livré aux événements. Qu'il jouisse du bien-être
que Dieu lui accorde. Qu'il savoure pleinement ce don grandiose
et sacré qu'est la vie. Que l'homme sache enfin apprécier
les véritables valeurs dans ce monde car ses jours sont
comptés.
MONDE RICHE ET MONDE PAUVRE
Pourquoi l'amour de l'argent accapare-t-il et égare-t-il
autant d'esprits en ce bas monde ? Certaines personnes sont
tellement riches que cela en devient grotesque. De plus,
elles n'auront jamais assez de toute une vie pour dépenser
tout leur argent. Pour certaines d'entre elles, c'est comme
si elles étaient privées de raison. Tout ce qu'elles disent,
tout ce qu'elles pensent semble teinté d'un esprit cupide
où la référence à l'argent revient sans cesse (et inconsciemment)
dans la conversation. On vit une époque où certaines stars
de cinéma encaissent jusqu'à 18 millions d'euros par film,
soit environ 120 millions de francs, alors que le Smic en
France n'est que de 1 127,23 euros bruts par mois ! Il y
a des causes à la pauvreté et à la richesse, mais ce n'est
pas le but de cet article.
Une émission de télévision de moins d'un an intitulée Kolossal
nous alertait sur ces énormes disparités qui ne sont pas
toujours justifiées. Aujourd'hui, on se trouve dans une
ère critique de la mondialisation, une ère de "Bigness"
(où tout est grand). On ne cesse en Europe et dans le monde
de parler des évolutions boursières. On est placé dans une
sorte d'asservissement à la grandeur.
Le colossal dans l'économie mondiale n'a jamais atteint
le point actuel. Une économiste disait l'année dernière
que sur les principales places boursières d'Europe et du
monde, il y avait 25 trillions de dollars investis (25 avec
douze zéros). Avec la bulle financière qui a crevé, ce montant
continue de fluctuer. Si on voulait diviser cette somme
et donner une part égale à chaque être humain sur la terre,
cela ferait 4 000 dollars par personne (soit 25 000 F).
On pourrait aussi parler des fortunes colossales. Il y a
à la surface du globe quelques 440 milliardaires (en dollars).
Ces personnes-là ont autant en richesses et en biens qu'en
possède la moitié de la population mondiale. C'est-à-dire,
la richesse de ces 440 personnes est équivalente à la richesse
cumulée de 3 milliards d'individus.
Si l'on ne prend que les trois premières fortunes du monde
(deux personnes de Microsoft et un très grand marchand américain),
leurs avoirs sont équivalents à toute la richesse de l'Afrique
sub-saharienne. La dette des pays du Sud est faramineuse
et se chiffre à 2 000 milliards de dollars ! Chaque bébé
en Afrique ou en Amérique latine doit déjà, dès sa naissance,
381 euros (2 500 F). Enfin, si on prend les cent premières
économies du monde, quarante-neuf sont des Etats et cinquante
et une, des firmes internationales. Ces propos éloquents
témoignent à quel point ce monde est devenu injuste et déséquilibré.
LE CULTE DE MAMMON
A partir de quel moment l'homme s'arrêtera-t-il d'accumuler
des richesses ? Qu'est-ce qui le pousse ? Qu'est-ce qui
le motive ? Y a-t-il un dysfonctionnement de neurones qui
l'obligerait sans cesse à amasser plus et à retenir plus
que de besoin ? François de Closets écrivait déjà il y a
quelques années dans un livre édifiant intitulé Toujours
plus : "On ne redistribue pas l'argent sans se heurter
à l'opposition des riches. On ne redistribuera pas les Facteurs
Non Monétaires sans braver celle des corporations".
L'auteur, par ailleurs, évoque l'abîme qui sépare le milliardaire
du smicard et souligne que dans toute lutte contre les inégalités,
il faut commencer par attaquer le rôle de l'argent. Mais
il tempère sa réponse en précisant que la condamnation du
riche, parée de toutes sortes de justifications morales,
n'a d'égal que l'envie secrète d'être à sa place.
A la surabondance de biens matériels, d'argent, de profits,
de bénéfices, il s'ensuit le corollaire suivant : souvent
moins de sentiment, moins de charité, moins de générosité,
moins d'amour et de sollicitude envers son prochain. Le
désir d'accumuler des richesses, sorte de névrose de l'esprit,
ne peut pas rendre heureux. L'homme sage doit pouvoir et
savoir prendre du recul par rapport à ce qui peut aliéner
son mental, voire sa conscience. Pourquoi l'homme riche
apparaît-il le plus souvent dans la vie ou dans les films
comme un personnage avare, cupide, égoïste, mal dans sa
peau, déséquilibré et passe rarement pour un bienfaiteur
?
L'amour de la possession, le culte voué à Mammon est un
culte de l'égoïsme, de l'individualisme à outrance, de la
vanité et du rejet des autres. On ne vit que pour soi. Les
autres n'existent plus. C'est tout le contraire de l'amour
fraternel, de l'amour du prochain, de cet état altruiste
qui nous guide pour faire le bien. Plus l'homme, séduit
par l'appât du gain, durcit son cœur, moins il a de
chance de revenir à un état d'amour et de rencontrer Dieu.
Rien n'est neutre dans la vie. Tout a un sens. A un comportement
donné sont liés à tout jamais un système de valeurs, un
type d'éducation, une attitude croyante, indifférente ou
athée, un ensemble de sentiments porteurs, bienveillants
ou pas. Il faudra choisir entre l'amour et la haine, la
rancœur et le pardon, le bien-être et le poison. Il
faut croire qu'un être humain qui voue un culte à Mammon
choisit de vivre d'une manière différente et isolée. Il
préfère les richesses à la vie. Car posséder et vouloir
posséder toujours plus peut être ruineux moralement parlant.
C'est risquer d'annihiler les meilleurs sentiments. L'amour
vrai peut difficilement éclore dans un champ d'orties fiduciaires.
Un être humain qui ne croit plus en rien aujourd'hui s'attachera
encore plus aux richesses matérielles qui deviendront son
seul but dans la vie. Et persistant à marcher loin de Dieu,
il ne pourra qu'errer dans le néant existentiel. Vouer un
culte à Mammon, c'est embrasser le vide. Pire, c'est faire
le vide dans sa tête et autour de soi.
DIEU ET MAMMON
Surtout, que l'on ne se méprenne pas sur nos propos. Nous
ne nous positionnons pas bien sûr contre l'argent. C'est
un moyen de paiement fort ancien qui remonte à l'Antiquité.
On ne peut le nier.
On ne peut vivre sans. Et dans la société d'aujourd'hui,
il vaut mieux en avoir qu'en être dépourvu. Ce qui est critiquable,
c'est l'attitude que nous pouvons adopter face à lui. Qu'il
soit à notre service, cela se conçoit aisément. Mais surtout,
qu'il ne devienne pas notre maître. Qu'il ne dirige pas
nos vies. L'argent n'est pas mauvais en soi. Il nous permet
de vivre correctement si l'on en gagne suffisamment. Et
c'est bien agréable de s'offrir certains objets qui nous
procurent du plaisir ou de la joie.
En dehors des fonctions normales et premières (logement,
alimentation, transport, habillement), il nous permet, en
outre, d'organiser et de financer nos loisirs et d'agrémenter
notre quotidien. Jésus-Christ savait que les pharisiens
aimaient l'argent. D'où ces propos : "Aucun domestique
ne peut servir deux maîtres : car ou bien il haïra l'un
et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et ne tiendra
pas compte de l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent"
(Luc 16 : 13 ).
Devant les pharisiens qui se moquaient de Lui en entendant
cela, Sa réponse fut très claire et on ne peut plus explicite
: "Vous autres, vous êtes gens qui se donnent comme
justes aux yeux des hommes, mais Dieu connaît vos cœurs.
Car ce que les hommes prisent très fort est objet de dégoût
aux yeux de Dieu" (verset 15).
Dieu connaît bien l'être humain. Dieu sonde nos cœurs
et nos reins (Apocalypse 2 : 23). Et Il sait que le cœur
de l'homme est tortueux par-dessus tout. N'oublions pas
qu'Il nous rendra à chacun selon nos oeuvres (Apocalypse
2 : 23). Dieu a parfaitement conscience du danger qui nous
guette si nous approchons d'un peu trop près de Mammon.
Il est vrai que l'accumulation de richesses peut étouffer
l'homme et lui nuire spirituellement (Luc 8 : 14). Nombreux
sont les passages où Jésus-Christ nous met en garde. "Malheur
à vous riches", dit-Il dans Luc 6 verset 24. "A
vous maintenant les riches ! Pleurez à grands cris sur les
malheurs qui vous attendent. Vos richesses sont pourries
et vos vêtements sont dévorés par les vers", annonce
Jacques dans son épître au chapitre 5, versets 1 et 2.
Sachons bien mesurer la différence entre le besoin et le
surplus, le raisonnable et l'insensé. Essayons de distinguer
en tout temps le bien du mal, d'éviter les écueils de la
vie, de rejeter les pièges de la tentation afin de plaire
au Christ. Méfions-nous de cette ère de consommation effrénée
qui peut tout salir d'un seul coup et nous faire perdre
pied si l'on n'y prend pas garde.
Attachons-nous aux commandements du Christ. Et n'oublions
surtout pas, qu'en Christ, nous avons été comblés de toutes
les richesses (I Corinthiens 1 : 5).