Lettre ouverte à mes enfants adultes
Colleen Reece
 

Les enfants devenus adultes et leurs parents échangent souvent leurs rôles, et le verbe “materner” devient parfois le verbe “suffoquer”.

Après la mort d’un conjoint ou lors d’un divorce, les familles se voient confrontées au problème de l’accueil d’un parent esseulé. Les enfants peuvent décider d’héberger leur père ou leur mère pour leur éviter la solitude. Cependant, bien que les parents soient perturbés mentalement, ils ont le droit de faire prévaloir leur choix.

Voici quelques choix possibles qui doivent être discutés entre le parent survivant et les enfants :
a) ne rien changer au statu quo, tant que la santé le permet. Il est inutile d’ajouter au stress d’un deuil, un rapide changement dans les habitudes de vie ;
b) rester seul dans son appartement ;
c) aller en maison de retraite ;
d) aller loger chez un fils ou chez un fille.

“Respectez mes choix”

Janet aimait les couleurs chatoyantes et vives. Sa fille Ruth, au contraire, pensait que sa mère devait porter des vêtements de couleur plus neutre. Un jour, Janet se rebella contre l’avis de sa fille en choisissant de teindre ses cheveux gris d’une couleur vive, tout en sachant ce que cela lui coûterait en discussion avec Ruth. “Il y a assez de gris dans ce monde sans que j’en rajoute”, dit-elle alors à Ruth.

Les parents d’enfants adultes (ou de grands enfants) doivent affronter une multitude de choix : continuer à travailler ou se retirer, voyager ou rester à la maison, manger à la maison ou à l’extérieur, faire de l’exercice ou lire un livre.

Ne pas défendre “son droit de choisir” c’est perdre le contrôle et bien souvent le respect de soi-même.

Jean, un veuf, rencontra un jour une jeune femme. Plusieurs mois plus tard, il la demanda en mariage. Il put difficilement attendre avant de partager son nouveau bonheur avec son fils. Matthieu en fut consterné. Il marmonna un faible “félicitations papa”, mais explosa devant son ami Pierre, “Pourquoi papa ne m’a-t-il pas demandé ce que j’en pensais ? Jeanne est très bien mais il y a seulement deux ans que maman est morte. Je sais que les gens se remarient mais papa va sur ses soixante ans !”

Pierre esquissa un sourire et répondit : “Oui, trop vieux pour savoir ce qu’il a à faire”. En émettant un avis qui n’est pas souhaité, un adolescent peut faire du tort, même dans de bonnes relations. Il est préférable d’attendre que l’on vous demande votre opinion.

“J’ai une vie bien à moi”

Suite à un divorce douloureux, Karine s’investit au service de la communauté et du voisinage. Le fait d’être toujours occupée l’aida à occulter son passé et à regarder l’avenir. Ses propres enfants avaient l’habitude de la voir se rendre disponible à tout moment pour eux et pour leur famille. Il fallut du courage à Karine pour leur dire “désolée, je ne suis pas libre samedi, je vais au restaurant avec des amis”. Après plusieurs rendez-vous de ce genre, elle leur expliqua que même si elle aimait être avec sa famille, elle avait aussi une vie à elle. Apprenez que les parents ont et devraient avoir une vie propre.

“Respectez ma façon de vivre”

Des enfants adultes peuvent épouser une façon de vivre dans leur foyer totalement différente que celle que mènent leurs parents. Quand parents et enfants se rencontrent, c’est souvent des conflits.

Des grands-parents attribuaient une chambre séparée à l’amie de Thomas, leur petit-fils, quand celui-ci venait en vacances chez eux. Il en prit ombrage. “vous m’embarrassez”, leur dit-il. “Tu es bien le seul qui devrais être embarrassé” lui répondirent-il. “Tu connais notre façon de vivre et nos habitudes et tu te montres particulièrement égoïste à vouloir nous imposer les tiennes.”

Vouloir imposer, dans ce cas là, son mode de vie à ses grands-parents peut faire voler la famille en éclats.

“Respectez mon foyer”

Etant chez ses grands-parents, Corinne, 4 ans, causa du vacarme en écrasant violemment les touches de piano. Avant que sa grand-mère n’intervienne, Suzanne, 6 ans, la sœur aînée, sévèrement, lui dit d’arrêter. Corinne s’arrêta avant de lancer avec mépris à sa sœur “Je le fais bien à la maison”.

“Et bien nous ne le ferons pas chez grand-mère”, répliqua Suzanne. “Arrête-toi tout de suite maintenant”. Corinne s’arrêta net.

Les grands-parents ont tout à fait le droit d’élever la voix dans leur propre maison.

“Soyez prudents dans le choix d’un conjoint”

Un des choix les plus importants est de choisir la personne avec qui vous passerez le restant de votre vie. Ce choix peut être basé sur l’amour mutuel mais également sur le respect, les intérêts communs et les mêmes buts. Ces choix doivent reposer sur de solides fondations afin que le mariage dure, c’est-à-dire une relation assez forte pour essuyer les tempêtes de la vie et apporter de la joie. Une jeune femme qui a réfléchi longuement sur le sujet nous dit : “Je veux me marier avec quelqu’un qui m’aide à devenir la meilleure possible. Notre mariage doit signifier que nous deviendrons de meilleures personnes et également que nous aiderons les gens à être plus proches - que si nous étions restés seuls”. Elle est heureuse, ils œuvrent ensemble.

“J’ai besoin de me sentir utile”

Les parents seront toujours des parents. Cependant, une fois les enfants élevés, beaucoup de parents ont peur de ne plus être utiles. Le vieillissement, la retraite contribuent à se sous-estimer. Cela peut tourner en dépression. Je crois fermement que si ma mère vécut jusqu’à l’âge de 96 ans, c’est parce qu’elle savait qu’elle était importante et qu’on avait besoin d’elle. Elle contait des histoires à l’église et se révéla un bon exemple de fidélité. Elle savait écouter aussi bien les jeunes que les personnes âgées. Elle corrigeait et annotait mes articles. Elle étudiait encore les Ecritures à la fin de sa vie. Savoir qu’elle pouvait toujours donner aux autres lui permit de garder un esprit jeune jusqu’à la fin.

“Partage ta vie avec moi”

Personne ne se réjouit plus du succès des enfants et des petits-enfants que les grands-parents. Personne ne partage mieux leur peine. Mais malgré les efforts des aînés, souvent ces jeunes adultes gardent leurs problèmes pour eux-mêmes. Bien que cela soit peu avisé de contacter ses parents pour des choses anodines, un bon échange à propos de certaines difficultés peut calmer la douleur et renforcer les liens familiaux.

Les appels téléphoniques peuvent également apporter de la joie quand les choses vont mieux, par exemple, lors d’une promotion ou lors de tout évènement heureux. N’hésitez pas à faire de tels appels.

“Permets-moi de te parler de l’avenir”

La plupart des grands enfants évitent de discuter de la mort avec leurs parents. En revanche, le fait d’en parler aide à accepter la dure réalité. Les parents ne vivront pas toujours. Alors qu’elle se trouvait en bonne santé, Laetitia rassembla ses enfants et leur dit : “Il nous faut discuter du futur. Il n’est pas triste et j’ai des souhaits à formuler”. Elle les énuméra. “Pas d’efforts héroïques !” dit-elle, “pour me rappeler à votre souvenir quand je serai morte. Un service commémoratif glorifiant ma vie plutôt qu’un lugubre service funèbre suffira…” Elle les informa de tous les documents qui concernaient ses dernières volontés. Laetitia mourut quelques mois plus tard d’une attaque cardiaque. Son ouverture d’esprit et son honnêteté face au futur permirent d’éviter les problèmes de la succession.

Un dernier mot

Si je n’ai pas dit assez souvent “Je vous aime”, je le fais maintenant… C’est la chose la plus importante que je veux vous communiquer.

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