Pourquoi mourir si jeune ?
M-A Alcindor
 

A l'heure des Christina Aguilera et des Britney Spears, Aurélie, quinze ans, aurait pu être du nombre de ces stars adolescentes de la musique pop. Pour ses copains de lycée, Aurélie avait "tout pour plaire" : le physique, le look, les notes. Pour eux, Aurélie, "elle était top" ! Discrète ces derniers temps, mais toujours sympa.

Pourtant, un drame couvait sous l'éclat de sa jeunesse. Un matin, Aurélie ne se présenta pas au lycée. Malade ? Non ! Souhaitait-elle "sécher les cours" ? Non plus ! Nul n'aurait pu imaginer sa détresse. Elle s'était suicidée. Hier, elle était encore là, aujourd'hui, Aurélie n'est plus qu'une froide statistique !

Douze mille drames par an

Dans l'Hexagone, le suicide est devenu un problème majeur de santé publique. Au cours de ces vingt dernières années, le nombre de suicides a connu une progression vertigineuse, se stabilisant depuis cinq ans aux alentours de 12 000 cas par an. Ces chiffres alarmants furent divulgués et discutés lors de la Journée Nationale de la Prévention du Suicide le 5 février 2001, mais ne tiennent pas compte du nombre de tentatives de suicide qui, elles, sont estimées à plus de 150 000 par an. Combien de tentatives demeurent non déclarées ?

D'après l'INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale), le suicide est la première cause de décès chez les 25-37 ans, alors que chez les 15-24 ans, il constitue la seconde cause de mortalité en France. Aujourd'hui, les ados peuvent naviguer, et ce, pendant des heures, sur Internet qui offre plus de 100 000 sites traitant du suicide. Malheureusement, trop de ces sites "web" ne condamnent pas explicitement le suicide ; au contraire, certains l'encouragent. Loin d'être des bouées de sauvetage, certains sites sont des spirales engouffrant les jeunes vers la mort. En tant que chrétiens, comment peut-on aider à prévenir le suicide des adolescents ?

Le chrétien ne doit pas avoir la prétention de se substituer aux organismes compétents, tels que les professionnels de la psychiatrie juvéno-infantile, ou les associations spécialisées dans le soutien des jeunes en détresse.

Néanmoins, des études prouvent qu'un adolescent en dépression aura tendance à se confier d'abord à ses amis du même âge, parfois, de manière détournée, aux membres de sa famille ; il cherchera du secours même auprès des inconnus. Cet inconnu qui peut aider un adolescent, c'est vous, c'est moi ! Ce teenager ne sera peut-être pas amené à Dieu, du moins, pas tout de suite, mais vous pourrez certainement partager un peu d'espoir avec lui (Matthieu 5 : 16). Car, "suicide" rime avec "désespoir" et "souffrance". S'enlever la vie que Dieu a donnée est mal ; nous sommes tous d'accord, mais dans le cœur du désespéré, les choses sont plus complexes.

L'acte du suicide est perçu par l'adolescent comme étant la seule et unique solution pour remédier à la détresse morale dans laquelle il se trouve. Cela ne signifie pas que la personne veuille seulement mourir, mais "le sommeil" apparaît, pour elle, comme le seul moyen de faire disparaître sa douleur. C'est un ensemble de conditions, familiale, identitaire, environnementale, existentielle, qui rendent vulnérable une jeune personne à un âge normalement prometteur.

L'insurmontable et finalement l'irréparable proviennent de l'action conjuguée du sentiment de ne pas être aimé, des difficultés relationnelles à l'école, des conflits familiaux, de la peur de décevoir, du rejet de son corps, de la solitude, du sentiment d'être abusé ne sachant pas dire non. La souffrance peut aussi venir d'abus verbaux ou sexuels, d'une maladie ou d'un handicap, d'une incapacité à s'exprimer, de se sentir jugé ou déprécié. Tenter au-delà de ses capacités de répondre aux attentes des adultes peut être aussi une cause de désespoir chez nos jeunes.

S.O.S. dans la tourmente

Comment peut-on détecter autour de soi, à l'école, dans son foyer peut-être, l'appel au secours lancé par certains de nos jeunes ?

Cet adolescent, dans la tourmente, lance toujours des appels à l'aide : comportements inhabituels, messages verbaux agressifs, comportements dépressifs subtils, mais souvent détectables. Des études montrent qu'un adolescent, bien qu'il évitera de se confier à sa famille, pose des gestes qui attireront l'attention de ses parents et de son entourage. Le jeune prononce le mot "suicide", il parle de la mort ; il s'y prépare en se débarrassant souvent d'objets de valeur, ou encore, en mettant de l'ordre dans sa chambre et dans ses affaires personnelles ; souvent il choisit l'isolement social.

L'adolescent peut aussi démontrer un changement émotionnel significatif, passer de la tristesse à une joie excessive, ou parfois faire preuve d'une violence démesurée dans ses relations avec les autres. La perte d'un être cher, ainsi qu'un sentiment de culpabilité, une fugue ou une recherche d'affection sont autant d' appels à l'aide qu'il nous faut essayer de détecter. La fatigue et le besoin excessif de dormir sont aussi des signes à surveiller.

L'attitude chrétienne

Quelle est notre attitude face à un adolescent qui envisage le suicide comme solution ? Doit-on le voir comme un être faible ? A-t-il besoin qu'on lui dise qu'à son âge on n'était pas comme lui ? En tant que chrétien, peut-on accuser cette détresse juvénile d'être le reflet d'un manque de confiance en Dieu ? Certainement pas ! Dans les rares cas de suicide abordés dans la Bible, aucun n'est dépeint comme un acte de désespoir romantique. La Bible n'approuve pas le suicide. Job, le juste, a connu un tel état de désespoir qu'il a souhaité mourir, mais il n'a pas cédé à la tentation de s'enlever la vie (Job 3 : 3, 11).

Beaucoup considèrent, à tort, le suicide comme le péché ultime ne laissant aucune place au pardon ; ceux-là évoquent que seul, "L'Eternel fait mourir et il fait vivre. Il fait descendre au séjour des morts et il en fait remonter" (I Samuel 2 : 6), et que nul être humain ne peut usurper ce droit divin. Cependant, c'est là limiter la grandeur de la grâce de notre Seigneur. Ce même Dieu d'amour, le Christ, a pris sur Lui, par Sa mort, les péchés de tous, qu'ils soient présents, passés ou futurs.

Dieu n'est pas limité par un péché tel que le suicide causé par la souffrance. La résurrection des morts étant une certitude (I Corinthiens 15), qui peut dire qu'une fois revenu à la vie, l'amour du Christ ne suscitera pas un élan de repentir et d'amour chez le suicidé ressuscité ? Tout péché, sauf le blasphème contre le Saint-Esprit, sera pardonné (Matthieu 12 : 31). Laissons à Dieu le soin de juger ces adolescents qui sont aussi Ses enfants. Notre responsabilité en tant que chrétiens n'est pas de condamner, mais d'aider l'adolescent qui se trouve sur notre route.

Dans le cas où un adolescent admettrait qu'il a des pensées suicidaires, le chrétien peut, et doit faire quelque chose pour l'aider. Si l'on sent, ou constate, que l'adolescent est sur le point de commettre l'irréparable, notre devoir est d'intervenir en confiant l'enfant à un service médical compétent le plus rapidement possible. Il en va de notre responsabilité civique.

Le contrat

Tout d'abord, apprenons à écouter : prenons l'adolescent au sérieux, ne l'humilions pas. Respectons la confiance que ce jeune, ce frère, cette sœur, place en nous. Il s'agit de le laisser parler.

L'association "L'Entre Jeunes", qui a mis en place un réseau d'accueil pour les jeunes en détresse, encourage les proches à écouter la personne suicidaire afin de mieux la comprendre, l'aider à moins souffrir et à trouver ainsi des solutions pour atténuer et éliminer, si possible, la douleur. C'est l'aider dans son évaluation du pour et du contre, et la conduire, petit à petit, du côté de la vie. C'est l'emmener à réaliser que la mort n'est pas la solution.

Se rendre disponible pour l'enfant est essentiel. S'il l'accepte, pourquoi ne pas prier avec lui, ou au moins, faire savoir au jeune que l'on prie pour lui, ou pour elle.

Personne ne résiste à l'amour, tout le monde veut se sentir utile. Les adolescents fragiles sous leur carapace ont besoin d'acquérir de l'assurance en eux et en l'avenir.

Dans ces temps difficiles de chômage, de pression de groupe, d'insécurité financière, de familles monoparentales, il est difficile d'avoir de l'espoir. Aidons cet adolescent, en quête de raisons de vivre et de guérison, à mettre en place des objectifs concrets, à prendre la vie un jour à la fois (Matthieu 6 : 34).

Des études médicales ont montré que la mise en place d'un "contrat" entre un proche et l'adolescent favorisait fortement la guérison. Demandez à l'adolescent de vous contacter immédiatement à chaque fois qu'il a des idées de suicide. Engagez-vous à répondre toujours présent. Encouragez l'adolescent à décharger ses fardeaux au pied de la croix (I Pierre 5 : 7).

Cependant, la personne qui veut aider peut parfois malheureusement nuire en voulant "trop" aider, en s'ingérant trop dans la vie de la personne en difficulté. Face à des cas difficiles, il vaut mieux diriger le jeune suicidaire vers une tierce personne compétente. La sagesse doit nous permettre de réaliser que l'on ne peut pas seul aider cet adolescent à remporter la victoire sur lui-même. Recherchez toujours de l'aide ; soit auprès d'un médecin, d'un membre de la famille de l'adolescent, d'un pasteur ou d'un de ses amis.

Donner de l'espoir

Le suicide est un drame pour la famille et l'entourage de la victime. Pour Aurélie, personne n'a pu lui éviter le pire, humainement parlant. Quant à Dieu, il considère toujours Aurélie comme Son enfant ; Il a un dessein pour elle ; ses amis et sa famille la reverront un jour.

Nous avons tous, plus ou moins vivant dans notre esprit, le souvenir de cette période de l'adolescence. Période à la fois de croissance, où nous pensions tout savoir et n'avoir besoin de personne, et période de découragement et de profond "mal être". Mais sur la route vers l'âge adulte, quelqu'un (un parent, un ami, un inconnu) a pris le temps de nous comprendre et de nous aider.

Les raisons de vivre sont nombreuses, mais si difficiles à découvrir, lorsque l'on est dans la tourmente du découragement et de la désespérance ! Il semble, dans ces moments-là, qu'il y ait davantage de raisons de vivre "dans une autre vie" que dans celle-ci. Malheureusement, la fausse doctrine de la réincarnation peut inciter certains à croire qu'une autre vie sera toujours plus belle à vivre que celle dans laquelle ils se sentent piégés. Le vrai piège, si la réincarnation existait, c'est qu'une autre vie serait peut-être plus difficile à vivre que la présente. De plus, combien de "vies réincarnées" faudrait-il pour qu'un être humain soit heureux ?

Bien que la vie abonde en épreuves de toutes sortes, elle peut aussi abonder en joies multiples. Les Ecritures donnent un sens à la vie ; elles sont une lumière qui brille et éclaire notre chemin. Elles peuvent, souhaitons-le, aussi éclairer celui de ces adolescents suicidaires que nous rencontrerons peut-être un jour ou l'autre sur notre route.

Le Christ déclare : "Cherchez, et vous trouverez. Qui cherche trouve". Plutôt que de chercher à mourir, l'adolescent doit aussi faire encore un effort pour chercher à vivre. Qui cherche la vie, la trouve. On ouvre à celui qui frappe et Dieu entend ceux et celles qui frappent à Sa porte. Pourquoi ne leur donnerait-Il pas aussi la force, le courage, l'espoir et l'amour de la vie ?

Dieu, qui est aussi un Père, est le meilleur gardien qui puisse protéger l'adolescente ou l'adolescent lorsque l'envie de mourir trop jeune vient frapper à leur porte.

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