La plupart du temps, à 16 heures, Michaël et
son grand-père avaient pour habitude de marcher dans
la rue, main dans la main. C'était comme un rituel
quotidien pour le petit garçon et l'homme âgé.
Bien que séparés par des dizaines d'années,
ils se réjouissaient de ces moments précieux.
Depuis la naissance de Michaël, les deux partageaient
une maison dans la banlieue de New-York. Le grand-père
habitait dans la pièce du dessus. Quand Michaël
eut sept ans, sa famille déménagea à
Long Island. Le grand-père, lui, resta. "On
se verra à la Thanksgiving (l'Action de Grâce)"!
dirent-ils. Le jour de l'Action de Grâce arriva sans
que Michaël ne vît son grand-père. La
même chose se produisit à Noël. "Papy
est loin pour un moment. Ne t'inquiète pas à
ce sujet", expliquèrent les parents de Michaël.
Les mois passèrent et Michaël attendait toujours.
A son anniversaire, ne recevant pas de carte de son grand-père,
Michaël se demanda ce qu'il avait bien pu faire pour
que son papy ne "l'aime plus" !
Deux ans s'écoulèrent avant que les parents
de Michaël ne lui disent la vérité :
son grand-père bien-aimé était mort
peu de temps après leur déménagement.
"Je sais qu'ils pensaient bien faire", dit Michaël,
"mais ce fut une période difficile pour moi.
En se taisant, ils ne m'ont malheureusement pas épargné
la douleur. Et finalement, quand ils m'ont dit la vérité,
j'ai dû gérer le sentiment de la perte de papy".
Cette histoire est vraie, mais combien triste ! Chaque
jour, des enfants perdent quelqu'un qu'ils aiment intensément.
Comme la famille de Michaël, les parents tentent de
protéger l'enfant du choc. Cependant, quand la mort
est incorrectement expliquée, l'enfant ne peut expérimenter
le chagrin, partager le deuil de la famille et se tourner
vers "la guérison". Or, les enfants ont,
comme les adultes, le même besoin de réaliser
ce qui s'est produit et d'en faire le deuil.
Afin de vous aider à parler de la mort aux enfants,
voici quelques conseils vous expliquant quoi faire et ne
pas faire.
FAIRE : Etre honnête au sujet de la mort. Malgré
la difficulté d'en parler à votre enfant,
pratiquez l'honnêteté, c'est la meilleure alliée.
Il n'y a rien de plus néfaste pour un enfant que
d'être le dernier à découvrir, parfois
accidentellement, le "secret" et ensuite, d'entendre
l'excuse suivante : "Nous pensions que c'était
mieux de ne pas te le dire". Dès que vous apprenez
la mort de quelqu'un, informez votre enfant, simplement
et directement : "Chéri(e), une chose très
triste est arrivée cet après-midi. Grand-mère
est morte". Une fois que vous aurez donné, gentiment,
cette information à votre enfant, soyez sûr
qu'il (elle) comprendra ce que vous venez de lui dire.
NE PAS FAIRE : Utiliser des euphémismes. A la mort
de sa tante, on expliqua à une fillette de six ans
que : "Tati Ellen est partie pour un long voyage".
Or, parce que sa tante n'est jamais revenue de ce voyage,
la petite fille prit peur quand la famille envisagea de
partir "en voyage" pour les vacances d'été.
La réalité est tout autre : la mort n'est
pas un long voyage ; la mort, ce n'est pas "s'endormir"
; la mort, ce n'est pas "se reposer", ce n'est
pas non plus "passer de l'autre côté".
Quand vous parlez avec votre enfant, évitez les euphémismes.
Pour démontrer que la personne est biologiquement
morte, utilisez des mots ou des expressions simples comme
"mort", "arrêté de fonctionner"
et "usé complètement". Par exemple,
si votre enfant demande "Que veut dire mort ?",
vous pouvez lui répondre simplement en disant : "La
mort signifie que le corps d'une personne a cessé
de fonctionner et ne fonctionnera plus".
FAIRE : Aider les enfants à exprimer leurs pensées
et leurs sentiments. Encouragez les enfants à crier
leur douleur et à discuter de la mort. N'oubliez
pas que les enfants sont souvent limités verbalement
et qu'ils ont certaines difficultés à révéler
leurs sentiments. A cause de leur vocabulaire limité,
ils expriment souvent leur chagrin de manières non
verbales, par l'insomnie, par des cauchemars, un comportement
trop dépendant et des difficultés à
l'école. En tant que parent, vous pouvez prendre
l'initiative de décider avec vos enfants de parler
du chagrin. Une manière efficace consiste à
dire à la place de l'enfant les sentiments qu'il
ressent : "Je sais que papa te manque beaucoup. Il
me manque aussi". Une telle phrase est souvent suffisante
pour qu'un enfant s'ouvre.
NE PAS FAIRE : Dire à un enfant de cacher sa peine.
Quelques parents disent maladroitement à leur enfant
: "Sois brave. Sois fort, tu es l'homme de la famille
maintenant. Ne pleure pas, c'était la volonté
de Dieu". Laissez l'enfant expérimenter et exprimer
sa douleur.
FAIRE : Offrir un amour continu et de l'assurance. Au début
de la période de deuil, un enfant a besoin d'être
rassuré et savoir qu'il est aimé. Cela lui
procurera le sentiment de sécurité dont il
a besoin. "Les parents ne peuvent pas protéger
leurs enfants de la douleur, mais ils peuvent les aider
à la supporter", écrit le psychologue
Charles E. Schaefer dans son livre intitulé "Comment
parler à vos enfants des choses vraiment importantes".
Le Dr. Schaefer dit aussi qu'une des meilleures manières
pour un parent de montrer de la sollicitude envers son enfant,
c'est en étant présent et disponible durant
les mois difficiles d'affliction.
NE PAS FAIRE : Cacher votre propre chagrin à vos
enfants. Ce n'est pas grave si vos enfants vous voient pleurer
ou vous voient triste. Votre chagrin non dissimulé
donne à l'enfant la "permission" d'être
lui aussi affligé. En vous voyant, un enfant saura
qu'il est normal de pleurer et de se sentir triste quand
un proche meurt. "Il vous faut maîtriser vos
émotions. Ne craignez pas de vous montrer vulnérable,
soyez capable d'exprimer et d'identifier vos sentiments,
de sorte que votre enfant puisse faire de même avec
ses propres sentiments", propose Jerri Smock de Sacramento,
un thérapeute familial .
FAIRE : Chercher de l'aide de l'extérieur. Cherchez
de l'aide auprès d'un éducateur spécialisé
ou auprès de tout autre personne compétente.
Souvent, une personne extérieure à la famille
peut donner du réconfort, et porter beaucoup d'intérêt
et d'attention.
NE PAS FAIRE : Prétendre que les enfants "s'en
remettront tout simplement". "L'idée que
les enfants s'adaptent mieux que les adultes, et que la
mort est moins traumatisante pour eux, est un mythe",
affirment Candy Lightner et Nancy Hathaway, psychologues.
Les enfants sont les plus affectés par la mort et
doivent affronter un plus grand défi : grandir avec
une perte. S'ils côtoient la mort durant leur enfance
ou leur adolescence, l'impact de l'expérience de
la mort peut durer toute leur vie. Ne prétendez pas
que votre enfant se remettra de la mort naturellement ou
par lui-même. Soyez pro-actif, offrant tout le réconfort
et la consolation que vous pouvez.
FAIRE : Cultivez la foi, mais ne blâmez pas Dieu.
Quelques parents créent sans le vouloir de futurs
problèmes spirituels à leurs enfants, en attribuant
incorrectement à Dieu le drame d'une mort. Cela se
produit quand un enfant entend un adulte dire : "Dieu
avait besoin de papa" ; "c'était la volonté
de Dieu" ; "Dieu aimait tellement ta sœur
qu'il est venu la chercher" ; "Dieu l'a puni".
Plutôt que de parler de Dieu qui "aurait pris"
l'être cher, faites connaître à votre
enfant que Dieu "a reçu" le membre de la
famille bien-aimé, et que Dieu est aussi attristé
par la tragédie. Rappelez à votre enfant que
Dieu partage notre douleur et qu'il nous aidera à
surmonter l'épreuve. Priez en demandant à
Dieu de vous diriger dans les meilleures voies, pour répondre
le plus sagement possible à votre enfant.