Le Sermon sur la Montagne est connu de tous. Même
les non-chrétiens en ont entendu parler. Quant aux
chrétiens, ils ont écouté de nombreux
sermons sur le sujet, mais trouvent certains passages difficiles
à comprendre et difficiles à pratiquer.
John Stott en parle ainsi : " Le Sermon sur la Montagne
est probablement l'enseignement le plus connu du Christ,
bien qu'il soit le moins bien compris, et certainement celui
qui est le moins pratiqué" (Le Message du Sermon
sur la Montagne, InterVarsity Press, 1978, page 15).
Etudions ce sermon encore une fois. Peut-être y découvrirons-nous
quelques trésors, anciens ou nouveaux ?
Les Béatitudes
" A la vue de ces foules, Jésus gravit la montagne.
Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent de Lui.
Alors Il ouvrit la bouche et leur donna ces enseignements
...". Ce sermon n'était pas destiné aux
seuls disciples. Jésus leur demanda de proclamer
Ses enseignements dans le monde entier, et Matthieu le consigna
par écrit. Ces enseignements sont toujours là,
pour quiconque veut bien se donner la peine d'écouter.
Ce sermon commence par les béatitudes (le terme
"béatitude" vient du mot latin signifiant
bénédiction, béni, bienheureux) :
"Heureux les pauvres en esprit, car le royaume
des cieux est à eux" (verset 3). Que signifie
"pauvre en esprit"? Avoir une pauvre image de
soi-même ? Avoir peu d'intérêt pour les
choses spirituelles ? Non. On appelait "les pauvres"
plusieurs Juifs religieux, car ils étaient souvent
pauvres. Comme les pauvres devaient compter sur Dieu pour
combler leurs besoins quotidiens, ainsi donc, Jésus
parlait-Il peut-être des croyants.
Mais être "pauvre en esprit" signifie encore
davantage. Les pauvres en esprit savent qu'ils ont besoin
de Dieu. Ils ne s'imaginent pas qu'ils font une faveur à
Dieu en Le servant. C'est la personne humble, dépendante,
qui se verra donner le royaume des cieux. Les pauvres en
esprit s'en remettent à la miséricorde de
Dieu.
"Heureux ceux qui pleurent, car ils seront
consolés" (verset 4). Cette déclaration
contient une part d'ironie, puisque le mot "heureux"
implique une certaine joie. Joyeux ou heureux sont ceux
qui sont tristes, dit Jésus, car ils ont le réconfort
de savoir que leurs épreuves sont éphémères
et que tout se mettra en place puisqu'ils seront "consolés"
(verset 4).
"Heureux ceux qui sont doux, car ils possèderont
la terre" (verset 5). Dans les sociétés
anciennes, le doux se voyait souvent dépossédé
de sa terre. Cette injustice sera aussi corrigée
à l'avènement du Royaume de Dieu, puisque
les doux "hériteront de la terre" (verset
5).
"Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
car ils seront rassasiés" (verset 6). Ceux qui
souffrent et gémissent pour la justice (le mot grec
pour droiture signifie aussi justice), recevront ce qu'ils
attendent. Ceux qui souffrent à cause du mal, qui
attendent un meilleur comportement seront récompensés.
Dans ce monde, le peuple de Dieu ne reçoit pas toutes
les bénédictions qu'il souhaite recevoir.
Mais Jésus nous assure que nous n'attendons pas en
vain. Notre espoir sera comblé et nous serons "rassasiés"
(verset 6).
"Heureux les miséricordieux, car ils
obtiendront miséricorde" (verset 7). Nous reconnaissons
tous avoir besoin de miséricorde pour le jour du
jugement à venir ; Jésus nous dit que nous
avons, en conséquence, le devoir de témoigner
de la miséricorde au cours de notre vie terrestre.
Il serait contradictoire pour quelqu'un d'exiger la justice
d'un côté, et de tromper son prochain de l'autre,
ou de demander le pardon, tout en étant soi-même
sans pitié. Si nous voulons une vie d'abondance,
nous devons vivre une bonne vie, car "ils obtiendront
miséricorde" (verset 7).
"Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu"
(verset 8). Le cœur pur n'a qu'un seul désir. Ceux
qui ne recherchent que Dieu sont assurés de Le trouver.
Notre désir sera récompensé, car "ils
verront Dieu" (verset 8).
"Heureux les pacifiques, car ils seront appelés
fils de Dieu" (verset 9). Les pauvres ne gagneront
rien par la violence. Les enfants de Dieu doivent s'en remettre
à Lui. Nous devons témoigner de la miséricorde
et de l'humilité, et non de la colère et des
querelles. Nous ne pouvons pas vivre en harmonie dans un
royaume de justice en agissant sans justice. Puisque nous
désirons la paix du Royaume de Dieu, nous devons
rechercher la paix dans cette vie également, car
"ils seront appelés fils de Dieu" (verset
9).
"Heureux les persécutés pour la justice,
car le royaume des cieux est à eux" (verset
10). Les gens de bien souffrent parfois à cause de
leur droiture. Les hommes exploitent les doux. Certains
même dédaignent les chrétiens, parce
que le bon exemple de ces derniers expose la méchanceté
des premiers. Et parfois, le juste, en aidant la cause des
opprimés, affaiblit le système qui a donné
le pouvoir au méchant. Ainsi, il existe des raisons
expliquant pourquoi le méchant persécute le
juste. Mais, il faut nous réjouir, dit Jésus.
Tenons bon ! Vous serez récompensés.
Puis Jésus s'adresse plus directement à Ses
disciples, en utilisant le pronom personnel "vous"
: "Heureux serez-vous quand on vous insultera,
quand on vous persécutera, et qu'on dira faussement
de vous toute sorte de mal à cause de moi. Réjouissez-vous
et soyez dans l'allégresse, parce que votre récompense
est grande dans les cieux, car c'est ainsi qu'on a persécuté
vos prédécesseurs les prophètes"
(versets 11-12).
Il y a une phrase importante dans ce passage : "à
cause de moi". Jésus s'attend à ce que
Ses disciples soient persécutés, non seulement
parce qu'ils font le bien, mais parce qu'ils Lui sont associés.
Quand vous êtes persécutés, réjouissez-vous
et soyez contents ; c'est que vous en faites assez pour
qu'on vous remarque. Vous êtes différents dans
ce monde, et soyez assurés qu'une récompense
vous attend dans le monde à venir.
Etre différents
Jésus a aussi fait de courtes déclarations,
sous forme de paraboles, sur la manière dont Ses
disciples devraient avoir un impact sur la société
: "Vous êtes le sel de la terre. Si le sel perd
sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? Il n'est plus
bon qu'à être jeté dehors et foulé
par les hommes" (verset 13).
Si le sel perd de sa saveur, il ne sert à rien,
car c'est sa saveur qui lui donne sa valeur. Le sel est
bon justement parce qu'il goûte autre chose. De la
même manière, les disciples de Jésus
sont clairsemés dans le monde, mais s'ils sont comme
tous les gens de la société, ils ne peuvent
accomplir le bien.
"Vous êtes la lumière du monde. Une ville
sise en haut d'une montagne ne peut rester cachée
; on n'allume pas une lampe pour la mettre sous la huche
; on la met sur le lampadaire afin d'éclairer tous
ceux qui sont dans la maison" (versets 14-15). Les
disciples ne doivent pas se cacher ; ils doivent être
vus. Leur exemple fait partie de leur message.
"Que votre lumière luise si bien devant les
hommes, qu'à la vue de vos bonnes oeuvres, ils glorifient
votre Père qui est dans les cieux" (verset 16).
Plus tard, Jésus admonesta les Pharisiens, car ils
faisaient leurs oeuvres pour être vus des autres (6
: 1). Mais nos bonnes oeuvres doivent êtres vues,
pour la gloire de Dieu, et non pour la nôtre.
Une justice supérieure
Comment les disciples doivent-ils vivre ? Jésus
aborde ce sujet aux versets 21 à 48. Mais Il débute
par une mise en garde comme ceci : quand vous entendrez
ce que je dirai, vous vous demanderez peut-être si
je n'essaie pas d'anéantir les Ecritures. Mais ce
n'est pas le cas. J'accomplis et j'enseigne exactement ce
que les Ecritures disent. Ce que je dirai vous surprendra,
mais ne vous méprenez pas sur mes propos.
"Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la Loi
ou les Prophètes ; je suis venu, non pour les abolir,
mais les accomplir" (verset 17). Plusieurs ici focalisent
sur le mot Loi, et assument que le point consiste à
savoir si le Christ éliminera les lois de l'Ancien
Testament. Ceci rend le verset très difficile à
interpréter, car chacun admet que Jésus-Christ
a rendu obsolètes certaines lois, et que ce geste
faisait partie de Ses objectifs. De combien de lois au juste
s'agit-il ? La question demeure, mais tous admettent que
Jésus vint pour abolir au moins certaines lois. Précisons
que Jésus ne parle pas des lois (au pluriel). Il
parle de la Loi (au singulier). Il parle de la Torah, des
cinq premiers livres des Ecritures. Il parle aussi des Prophètes,
une autre partie importante de la Bible. Ce verset ne parle
pas de lois particulières, prises individuellement,
mais des Ecritures dans leur ensemble. Jésus n'est
pas venu pour abolir les Ecritures, mais pour les accomplir,
les réaliser.
Cela demande de l'obéissance, bien sûr, mais
il y a plus. Dieu s'attend que Ses enfants fassent plus
que de suivre des règles. Quand Jésus accomplit
la Torah, ce n'était pas qu'une question d'obéissance.
Il compléta tout ce que la Torah annonçait.
Il accomplit tout ce qu'Israël en tant que nation n'était
pas capable d'accomplir.
Jésus alors dit : "Oui, vous dis-je, le ciel
et la terre passeraient plutôt que ne disparaisse
un iota, un trait de la loi avant que tout ne s'accomplisse"
(verset 18).
Pourtant les chrétiens n'ont pas à faire
circoncire leurs enfants, ni à construire des cabanes
avec des branches, ni à porter des phylactères.
Tous admettent que nous n'avons pas à observer ces
lois-là. Ainsi, que voulait donc dire Jésus
quand Il déclara que rien de la Loi ne disparaîtrait
? Sur le plan pratique, ces lois n'ont-elles pas disparues
?
Il y a trois approches différentes à cette
question. Premièrement, nous pouvons reconnaître
que ces lois n'ont pas disparu. Elles sont toujours là,
dans la Torah. Mais le fait qu'elles soient dans la Torah
ne veut pas dire que nous devons les pratiquer. C'est vrai,
mais il semble que ce ne soit pas ce que Jésus ait
voulu dire.
Une seconde approche consiste à dire que les chrétiens
observent ces lois, mais qu'ils le font en ayant la foi
en Christ. En d'autres termes, nous observons la loi de
la circoncision dans nos cœurs (Romains 1 : 29), et nous
observons toutes les lois rituelles par le moyen de la foi.
Cela est également vrai, mais il semble que ce ne
soit pas précisément ce que Jésus affirme
ici. Son auditoire de l'époque n'aurait pas compris
ce langage.
Une troisième approche consiste à souligner
trois points :
1) rien de la Loi ne pouvait devenir obsolète jusqu'à
ce que tout soit accompli,
2) chacun admet qu'au moins une partie de la Loi est devenue
obsolète. Ainsi, nous concluons que,
3) tout fut accompli. Jésus a accompli Sa mission,
et l'ancienne alliance est maintenant obsolète.
Cependant, pourquoi Jésus dirait-Il : "le ciel
et la terre passeraient, plutôt que ne disparaisse
un iota" ? Etait-ce seulement pour souligner davantage
la vérité de ce qu'Il déclarait ? Je
ne sais pas.
Mais je sais qu'il y a plusieurs lois de l'Ancien Testament
que les chrétiens n'ont pas à observer, et
les versets 17 à 20 ne nous indiquent pas lesquelles.
Si nous citons ces versets pour maintenir les lois que nous
aimons, nous tordons le sens de ces versets. Ces versets
n'enseignent pas la validité permanente de ces lois,
car les lois ne sont pas toutes permanentes.
"Ces" commandements
Ensuite Jésus poursuit et dit : "Celui, donc,
qui violera l'un de ces plus petits commandements, et qui
enseignera à le faire sera déclaré
le moindre dans le royaume des cieux . Mais celui qui les
aura observés et enseignés, celui-là
sera déclaré grand dans le royaume des cieux"
(verset 19).
Quels sont "ces" commandements ? Jésus
parle-t-Il des commandements dans la Loi de Moïse,
ou de Ses propres commandements qu'Il s'apprête à
énoncer ? Nous devons tenir compte du fait que le
verset 19 commence par le mot "donc", mot qui
ne se retrouve pas dans la Nouvelle Traduction Internationale
(NIV - New International Version).
Il existe un lien logique entre les versets 18 et 19. Est-ce
à dire que, la Loi demeurera, donc ces commandements
doivent être enseignés ? Si c'était
le cas, ceci voudrait dire que Jésus parlait de la
Loi. Mais il y a des commandements dans la Torah (Loi) qui
sont obsolètes et qui ne doivent pas être enseignés
comme lois. Ainsi donc, Jésus ne pouvait pas dire
que nous devrions enseigner toutes les lois de l'Ancien
Testament. Ceci contredirait le reste du Nouveau Testaments.
Plus probablement, le lien logique entre les versets 18
et 19 est tout autre ; il appuierait davantage sur l'expression
"avant que tout ne soit accompli", qui est la
phrase charnière s'en rapprochant le plus. Alors
l'idée serait la suivante : toute la Loi demeurera
jusqu'à ce que tout soit accompli, et donc (puisque
Jésus a accompli toute chose), nous devons enseigner
ces lois (les lois de Jésus que nous allons lire
sous peu) plutôt que les lois anciennes qu'Il critique.
Cette idée a plus de sens dans le contexte, et du
sermon, et du Nouveau Testament.
Ce sont les commandements de Jésus qui doivent être
enseignés (Matthieu 7 : 24 ; 28 : 20). Jésus
nous dit pourquoi : "Car, vous dis-je, si votre justice
ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous
n'entrerez point dans le royaume des cieux" (verset
20).
Les Pharisiens étaient connus pour leur méticuleuse
obéissance, payant même la dîme sur leurs
plantes. Mais la véritable justice vient du cœur,
du caractère de la personne, et non pas seulement
en se conformant à certaines règles. Jésus
ne dit pas que nous devons obéir mieux aux même
lois (anciennes), mais plutôt, que nous devons obéir
à de meilleures lois, et Il va maintenant illustrer
ce qu'Il entend par là.
Mais nous ne sommes pas aussi justes que nous devrions
l'être. Nous avons tous besoin de miséricorde,
et nous entrons dans le royaume, non par notre propre justice,
mais par un autre moyen, comme Jésus l'explique aux
versets 3 à 10 (les béatitudes). Paul en parle
comme d'un don, celui de la justice, de la justification
par la foi ; le don de la justice parfaite de Jésus-Christ
qui nous est imputée, alors que nous devenons unis
en Lui par la foi. Mais Jésus n'explique pas tout
ce concept ici dans Matthieu 5.
Voici donc le sommaire de ce que nous venons d'étudier
: ne croyez pas que Jésus est venu pour abolir les
Ecritures. Il est venu pour accomplir ce qu'elles disaient.
Chacune des lois demeure en vigueur jusqu'à ce que
Jésus ait accompli tout ce qu'Il devait accomplir
par Sa venue sur la terre. Il donne maintenant les nouvelles
normes de justice qui doivent être enseignées
et auxquelles nous devons nous soumettre.