Les chrétiens et la loi de Moïse :
une étude d'Actes 15
Michael Morrison
 

Actes 15 décrit le rassemblement le plus important de l’Eglise primitive. En fait, l’avenir de l’Eglise était en jeu. Se composerait-elle de membres Juifs exclusivement, ou admettrait-elle aussi des membres non-juifs? Si elle allait admettre des non-Juifs sans qu’ils aient à se conformer aux lois juives, l’Eglise attirerait à elle d’autres non-Juifs. A la longue, la majorité des membres de l’Eglise ne serait-elle pas constituée de membres non-juifs ? L’Eglise alors, ne serait plus une secte du judaïsme mais, deviendrait plutôt une confession distincte. Examinons le déroulement du concile de Jérusalem

Le contexte littéraire

Le récit du concile paraît dans le livre inspiré et historique de Luc. Ce livre s’ouvre sur l’Eglise juive avec Pierre comme personnage dominant (chapitre 1 à 5) pour se terminer avec la mission de Paul auprès des non-Juifs (chapitres 16 à 28). Les chapitres 6 à 15 constituent une transition. Ils décrivent la croissance dans le nombre de membres, tantôt chez les Juifs, tantôt chez les non-Juifs.

Le chapitre 15 (le concile de Jérusalem) constitue l’apogée de la transition entre l’évangélisation des Juifs et des non-Juifs. Suite au décret du concile, la mission auprès des non-Juifs prenait son essor pour devenir l’activité prédominante de l’Eglise. Paul et Barnabas rentraient d’un voyage missionnaire réussi auprès des non-Juifs. Ils avaient raconté à l’Eglise d’Antioche comment Dieu « avait ouvert aux non-Juifs la porte de la foi » (14 : 27). Et voilà ce qui prépare le terrain pour le chapitre 15.

Un problème fort controversé

« Quelques hommes venus de Judée arrivèrent à Antioche. Ils enseignaient les frères, en disant : Si vous ne vous faites pas circoncire comme Moïse l’a prescrit, vous ne pouvez pas être sauvés » (15 : 1). A leur sens, il fallait être circoncis pour être sauvé. L’affaire leur paraissait peut-être fort simple : les chrétiens devaient obéir à Dieu, et Dieu avait ordonné la circoncision. Quiconque voulait recevoir les bénédictions d’Abraham devait se comporter en enfant d’Abraham. Selon eux la circoncision était donc obligatoire, tant pour les non-Juifs que pour les Juifs (Genèse 17 : 12). Mais Paul et Barnabas avaient une toute autre opinion : « Il en résulta un conflit et de vives discussions avec Paul et Barnabas » (Actes 15 : 2). Comment donc résoudre le différend ? « Paul et Barnabas monteraient à Jérusalem avec quelques autres frères pour parler de ce problème avec les apôtres et les responsables de l’Eglise. » De cette façon, il y aurait de l’unité dans le sein de l’Eglise.

Donc, « l’Eglise pourvut à leur voyage. Ils traversèrent la Phénicie et la Samarie, racontant comment les non-Juifs se tournaient vers Dieu. Et tous les frères en eurent beaucoup de joie » (verset 3). Selon Luc, la plupart des chrétiens appuyaient la mission auprès des non-Juifs. « A leur arrivée à Jérusalem, ils furent accueillis par l’Eglise, les apôtres et les responsables ; ils leur rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux » (verset 4). L’œuvre de Dieu constituait une partie de la preuve. Miracles et conversions soutenaient Ses paroles.

Le débat

Puis ils ont discuté la question : « Quelques anciens membres du parti des pharisiens qui étaient devenus croyants intervinrent pour soutenir qu’il fallait absolument circoncire les non-Juifs et leur ordonner d’observer la Loi de Moïse » (verset 5). Au verset 1, nous constatons qu’à leur sens, la circoncision était nécessaire au salut. Nous remarquons ici qu’ils croyaient également qu’il fallait observer les lois de Moïse. La circoncision constituait le premier pas du processus : ils croyaient que les chrétiens devaient observer toutes les lois de Moïse.

De quelles lois s’agissait-il ? Des lois bibliques ou des traditions non bibliques établies par les anciens ? Dans le Nouveau Testament, chaque mention concernant la loi de Moïse se référait aux livres de Moïse (Luc 2 : 22 ; 24 : 44 ; Jean 7 : 22-23 ; Actes 28 : 23 ; I Corinthiens 9 : 9 ; Hébreux 10 : 28). Luc aurait pu utiliser l’expression « tradition », mais il ne l’a pas fait. Quiconque connaissait l’enseignement de Jésus savait déjà que personne n’était obligé d’observer une tradition non biblique. Il n’y avait donc aucun besoin de discuter les traditions juives.

La circoncision et les lois de Moïse étaient bibliques. On prétendait que les croyants non-juifs devaient d’abord se faire circoncire, car en tant que membres du peuple de l’alliance de Dieu, ils devaient obéir aux lois de l’alliance, dont celle de la circoncision.

Aujourd’hui, nous pourrions dire que Jésus a établi une nouvelle alliance et que les croyants juifs constituaient le peuple de Dieu, non pas parce qu’ils étaient Juifs, mais parce qu’ils étaient des croyants. C’est par la foi qu’ils en sont devenus membres et non à cause de leur ascendance. Mais le concile de Jérusalem n’a pas abordé le différend en ce sens. Voyons comment se sont déroulés les débats.

La décision des apôtres

« Les apôtres et les responsables de l’Eglise se réunirent pour examiner la question » (verset 6). Il est possible que des dizaines de responsables y ont participé. « Après une longue discussion, Pierre se leva et leur dit : « Mes frères, comme vous le savez, il y a déjà longtemps que Dieu m’a choisi parmi vous pour que j’annonce la Bonne Nouvelle aux non-Juifs, pour qu’ils l’entendent et deviennent croyants »(verset 7). Pierre leur rappelait que Dieu s’était servi de lui pour prêcher l’Evangile à Corneille et à sa famille (Actes 10). Pour autant que nous le sachions, Corneille n’a pas été circoncis. Mais Pierre n’a pas utilisé ce précédent pour soutenir son argument. Il s’est plutôt concentré sur les principes théologiques traitant la manière dont une personne est sauvée, à savoir par la foi. « Dieu qui lit dans le secret des cœurs, a témoigné qu’Il les acceptait en leur donnant Lui-même le Saint-Esprit, comme Il l’avait fait pour nous. Entre eux et nous, Il n’a fait aucune différence, puisque c’est par la foi qu’Il a purifié leur cœur » (versets 8-9). Dieu a donné le Saint-Esprit à cette famille d’incirconcis. Il leur a purifié le cœur, les a déclarés saints et acceptables à Ses yeux à cause de leur foi.

Ensuite, Pierre réprimanda le peuple qui exigeait l’obéissance des non-Juifs aux lois de Moïse : « Pourquoi donc maintenant vouloir provoquer Dieu en imposant à ses disciples un joug que ni nos ancêtres ni nous n’avons jamais eu la force de porter ? Non ! Voici au contraire ce que nous croyons : c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, nous Juifs, de la même manière qu’eux » (versets 10-11). Pierre voulait en venir au fait que le joug de Moïse constituait un fardeau que le peuple Juif lui-même n’arrivait pas à respecter. Les rituels montraient que le peuple n’atteindrait jamais la perfection, peu importe les efforts fournis. Pour ceux qui se le demandaient, les rituels montraient que les œuvres ne mèneraient jamais au salut. En fait, le salut s’obtient d’une toute autre façon : par la grâce. Nous ne pouvons rien pour le mériter. Il est donc nécessaire qu’il nous soit donné. Vu que les lois de Moïse ne pouvaient apporter le salut, il n’était donc pas nécessaire que les non-Juifs s’y conforment. Dieu leur a donné le Saint-Esprit. Il leur a montré qu’Il les acceptait sans la nécessité de se soumettre à tous les rituels. Les non-Juifs étaient sauvés par la grâce, tout comme les Juifs, d’ailleurs. Selon le raisonnement de Pierre, il n’était pas non plus nécessaire aux croyants juifs d’obéir à la Loi. Tout comme les non-Juifs, les Juifs étaient sauvés par la foi. L’Ancienne Alliance était devenue caduque ; personne n’avait à s’y soumettre. Voilà pourquoi Pierre pouvait vivre comme un non-Juif (Galates 2 : 14). Mais là, nous anticipons la suite des évènements. Actes 15 ne traite que de la question suivante : les non-Juifs étaient-ils tenus d’obéir à la Loi de Moïse ?

Les conclusions de Jacques

Après que Barnabas et Paul aient raconté « les signes miraculeux et les prodiges que Dieu avait accomplis par eux parmi les païens » (Actes 15 : 12), Jacques prit la parole. En tant que dirigeant de l’Eglise à Jérusalem, il avait énormément d’influence. Certains judaïsants prétendaient même qu’il leur servait d’autorité (Galates 2 : 12). Mais selon Luc, Jacques était parfaitement d’accord avec Pierre et Paul. « Mes frères, écoutez-moi. Simon (Pierre) vous a rappelé comment, dès le début, Dieu lui-même est intervenu pour se choisir parmi les non-Juifs un peuple qui lui appartienne »Actes 15 : 13-14). Le fait que Dieu avait déjà agi constituait une preuve puissante. Jacques a continué en citant des versets de la traduction grecque du livre d’Amos pour montrer que ce qui arrivait concordait avec les Ecritures (versets 15-18). Il aurait pu tout autant citer d’autres prophéties de l’Ancien Testament concertant l’inclusion de non-Juifs parmi le peuple de Dieu. L’expérience et les Ecritures en venaient à la même conclusion. Jacques déclara : « C’est pourquoi je suis d’avis qu’on ne crée pas de difficultés à des païens qui se convertissent à Dieu… » (verset 19). Il n’y avait aucun besoin d’exiger que les croyants non-juifs se soumettent au joug de Moïse. Cela leur causerait inutilement des difficultés. Jacques proposait donc quatre règles à suivre : « Ecrivons-leur simplement de ne pas manger de viande provenant des sacrifices offerts aux idoles, de se garder de toute inconduite sexuelle, et de ne consommer ni viande d’animaux étouffés, ni de sang » (verset 20). L’obéissance à ces quatre règles suffirait pour ne pas créer de difficultés aux non-Juifs. Evidemment, les croyants non-juifs devaient s’abstenir de mentir, de voler et de commettre des meurtres, choses qu’ils savaient déjà. Aussi n’y avait-il pas lieu de le leur rappeler. Alors, pourquoi leur imposer ces quatre règles. Selon certains érudits d’aujourd’hui les Juifs croyaient que ces lois remontaient à l’époque de Noé ; elles s’appliquaient donc à toutes les nations. D’autres prétendent que les quatre lois touchent la question d’idolâtrie. D’autres encore affirment qu’elles faisaient parti des lois de Moïse de permettre aux non-Juifs et aux Juifs de manger ensemble. Aucune des allégations précitées n’est pleinement convaincante.

Le décret était clair : les non-Juifs n’étaient pas tenus de se faire circoncire ou d’obéir aux lois de Moïse. Ils étaient circoncis spirituellement et non physiquement. Dieu n’avait jamais donné de tels commandements aux non-Juifs.

On enseigne les lois de Moïse

Selon Jacques, il ne fallait pas créer de difficultés pour les non-Juifs. A la place, il suffirait de leur donner quatre règles faciles à suivre. Pourquoi ? Remarquez la raison donnée par Jacques quand il dit que depuis les temps anciens, il y a dans chaque ville des prédicateurs qui enseignent les lois de Moïse et qu’à chaque sabbat, on la lit dans les synagogues (verset 21). Jacques n’encourageait guère les chrétiens non-Juifs à assister aux assemblées à la synagogue où les lois étaient couramment prêchées. Il ne disait pas non plus que les non-Juifs devaient se conformer aux lois de Moïse. En revanche, les apôtres devaient enseigner les quatre règles ou lois imposées aux non-Juifs (verset 28). Ainsi, le christianisme ne leur paraîtrait pas plus difficile qu’il ne devait l’être.

Somme toute, selon certains, et à tort, les non-Juifs devaient être circoncis et se conformer aux lois de Moïse, sinon, ils ne seraient pas sauvés. Mais les apôtres n’étaient pas d’accord, car à leur sens, les non-Juifs étaient sauvés par la grâce et la foi. Il a plu à Dieu d’habiter dans les incirconcis qui ne participaient aucunement aux rituels. Mais, puisque l’on prêchait couramment les lois de Moïse, il fallait émettre un décret qui distingue nettement la foi chrétienne de la Loi de Moïse. Voilà qui a plu à toute l’Eglise. Ils ont donc consigné la décision et l’ont transmise dans une lettre à Antioche où les membres « se réjouirent de l’encouragement qu’ils y trouvaient » (verset 31).

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