Actes 15 décrit le rassemblement le plus important
de l’Eglise primitive. En fait, l’avenir de
l’Eglise était en jeu. Se composerait-elle
de membres Juifs exclusivement, ou admettrait-elle aussi
des membres non-juifs? Si elle allait admettre des non-Juifs
sans qu’ils aient à se conformer aux lois juives,
l’Eglise attirerait à elle d’autres non-Juifs.
A la longue, la majorité des membres de l’Eglise
ne serait-elle pas constituée de membres non-juifs
? L’Eglise alors, ne serait plus une secte du judaïsme
mais, deviendrait plutôt une confession distincte.
Examinons le déroulement du concile de Jérusalem
Le contexte littéraire
Le récit du concile paraît dans le livre inspiré
et historique de Luc. Ce livre s’ouvre sur l’Eglise
juive avec Pierre comme personnage dominant (chapitre 1
à 5) pour se terminer avec la mission de Paul auprès
des non-Juifs (chapitres 16 à 28). Les chapitres
6 à 15 constituent une transition. Ils décrivent
la croissance dans le nombre de membres, tantôt chez
les Juifs, tantôt chez les non-Juifs.
Le chapitre 15 (le concile de Jérusalem) constitue
l’apogée de la transition entre l’évangélisation
des Juifs et des non-Juifs. Suite au décret du concile,
la mission auprès des non-Juifs prenait son essor
pour devenir l’activité prédominante
de l’Eglise. Paul et Barnabas rentraient d’un
voyage missionnaire réussi auprès des non-Juifs.
Ils avaient raconté à l’Eglise d’Antioche
comment Dieu « avait ouvert aux non-Juifs la porte
de la foi » (14 : 27). Et voilà ce qui prépare
le terrain pour le chapitre 15.
Un problème fort controversé
« Quelques hommes venus de Judée arrivèrent
à Antioche. Ils enseignaient les frères, en
disant : Si vous ne vous faites pas circoncire comme Moïse
l’a prescrit, vous ne pouvez pas être sauvés
» (15 : 1). A leur sens, il fallait être circoncis
pour être sauvé. L’affaire leur paraissait
peut-être fort simple : les chrétiens devaient
obéir à Dieu, et Dieu avait ordonné
la circoncision. Quiconque voulait recevoir les bénédictions
d’Abraham devait se comporter en enfant d’Abraham.
Selon eux la circoncision était donc obligatoire,
tant pour les non-Juifs que pour les Juifs (Genèse
17 : 12). Mais Paul et Barnabas avaient une toute autre
opinion : « Il en résulta un conflit et de
vives discussions avec Paul et Barnabas » (Actes 15
: 2). Comment donc résoudre le différend ?
« Paul et Barnabas monteraient à Jérusalem
avec quelques autres frères pour parler de ce problème
avec les apôtres et les responsables de l’Eglise.
» De cette façon, il y aurait de l’unité
dans le sein de l’Eglise.
Donc, « l’Eglise pourvut à leur voyage.
Ils traversèrent la Phénicie et la Samarie,
racontant comment les non-Juifs se tournaient vers Dieu.
Et tous les frères en eurent beaucoup de joie »
(verset 3). Selon Luc, la plupart des chrétiens appuyaient
la mission auprès des non-Juifs. « A leur arrivée
à Jérusalem, ils furent accueillis par l’Eglise,
les apôtres et les responsables ; ils leur rapportèrent
tout ce que Dieu avait fait avec eux » (verset 4).
L’œuvre de Dieu constituait une partie de la
preuve. Miracles et conversions soutenaient Ses paroles.
Le débat
Puis ils ont discuté la question : « Quelques
anciens membres du parti des pharisiens qui étaient
devenus croyants intervinrent pour soutenir qu’il
fallait absolument circoncire les non-Juifs et leur ordonner
d’observer la Loi de Moïse » (verset 5).
Au verset 1, nous constatons qu’à leur sens,
la circoncision était nécessaire au salut.
Nous remarquons ici qu’ils croyaient également
qu’il fallait observer les lois de Moïse. La
circoncision constituait le premier pas du processus : ils
croyaient que les chrétiens devaient observer toutes
les lois de Moïse.
De quelles lois s’agissait-il ? Des lois bibliques
ou des traditions non bibliques établies par les
anciens ? Dans le Nouveau Testament, chaque mention concernant
la loi de Moïse se référait aux livres
de Moïse (Luc 2 : 22 ; 24 : 44 ; Jean 7 : 22-23 ; Actes
28 : 23 ; I Corinthiens 9 : 9 ; Hébreux 10 : 28).
Luc aurait pu utiliser l’expression « tradition
», mais il ne l’a pas fait. Quiconque connaissait
l’enseignement de Jésus savait déjà
que personne n’était obligé d’observer
une tradition non biblique. Il n’y avait donc aucun
besoin de discuter les traditions juives.
La circoncision et les lois de Moïse étaient
bibliques. On prétendait que les croyants non-juifs
devaient d’abord se faire circoncire, car en tant
que membres du peuple de l’alliance de Dieu, ils devaient
obéir aux lois de l’alliance, dont celle de
la circoncision.
Aujourd’hui, nous pourrions dire que Jésus
a établi une nouvelle alliance et que les croyants
juifs constituaient le peuple de Dieu, non pas parce qu’ils
étaient Juifs, mais parce qu’ils étaient
des croyants. C’est par la foi qu’ils en sont
devenus membres et non à cause de leur ascendance.
Mais le concile de Jérusalem n’a pas abordé
le différend en ce sens. Voyons comment se sont déroulés
les débats.
La décision des apôtres
« Les apôtres et les responsables de l’Eglise
se réunirent pour examiner la question » (verset
6). Il est possible que des dizaines de responsables y ont
participé. « Après une longue discussion,
Pierre se leva et leur dit : « Mes frères,
comme vous le savez, il y a déjà longtemps
que Dieu m’a choisi parmi vous pour que j’annonce
la Bonne Nouvelle aux non-Juifs, pour qu’ils l’entendent
et deviennent croyants »(verset 7). Pierre leur rappelait
que Dieu s’était servi de lui pour prêcher
l’Evangile à Corneille et à sa famille
(Actes 10). Pour autant que nous le sachions, Corneille
n’a pas été circoncis. Mais Pierre n’a
pas utilisé ce précédent pour soutenir
son argument. Il s’est plutôt concentré
sur les principes théologiques traitant la manière
dont une personne est sauvée, à savoir par
la foi. « Dieu qui lit dans le secret des cœurs,
a témoigné qu’Il les acceptait en leur
donnant Lui-même le Saint-Esprit, comme Il l’avait
fait pour nous. Entre eux et nous, Il n’a fait aucune
différence, puisque c’est par la foi qu’Il
a purifié leur cœur » (versets 8-9). Dieu
a donné le Saint-Esprit à cette famille d’incirconcis.
Il leur a purifié le cœur, les a déclarés
saints et acceptables à Ses yeux à cause de
leur foi.
Ensuite, Pierre réprimanda le peuple qui exigeait
l’obéissance des non-Juifs aux lois de Moïse
: « Pourquoi donc maintenant vouloir provoquer Dieu
en imposant à ses disciples un joug que ni nos ancêtres
ni nous n’avons jamais eu la force de porter ? Non
! Voici au contraire ce que nous croyons : c’est par
la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes
sauvés, nous Juifs, de la même manière
qu’eux » (versets 10-11). Pierre voulait en
venir au fait que le joug de Moïse constituait un fardeau
que le peuple Juif lui-même n’arrivait pas à
respecter. Les rituels montraient que le peuple n’atteindrait
jamais la perfection, peu importe les efforts fournis. Pour
ceux qui se le demandaient, les rituels montraient que les
œuvres ne mèneraient jamais au salut. En fait,
le salut s’obtient d’une toute autre façon
: par la grâce. Nous ne pouvons rien pour le mériter.
Il est donc nécessaire qu’il nous soit donné.
Vu que les lois de Moïse ne pouvaient apporter le salut,
il n’était donc pas nécessaire que les
non-Juifs s’y conforment. Dieu leur a donné
le Saint-Esprit. Il leur a montré qu’Il les
acceptait sans la nécessité de se soumettre
à tous les rituels. Les non-Juifs étaient
sauvés par la grâce, tout comme les Juifs,
d’ailleurs. Selon le raisonnement de Pierre, il n’était
pas non plus nécessaire aux croyants juifs d’obéir
à la Loi. Tout comme les non-Juifs, les Juifs étaient
sauvés par la foi. L’Ancienne Alliance était
devenue caduque ; personne n’avait à s’y
soumettre. Voilà pourquoi Pierre pouvait vivre comme
un non-Juif (Galates 2 : 14). Mais là, nous anticipons
la suite des évènements. Actes 15 ne traite
que de la question suivante : les non-Juifs étaient-ils
tenus d’obéir à la Loi de Moïse
?
Les conclusions de Jacques
Après que Barnabas et Paul aient raconté
« les signes miraculeux et les prodiges que Dieu avait
accomplis par eux parmi les païens » (Actes 15
: 12), Jacques prit la parole. En tant que dirigeant de
l’Eglise à Jérusalem, il avait énormément
d’influence. Certains judaïsants prétendaient
même qu’il leur servait d’autorité
(Galates 2 : 12). Mais selon Luc, Jacques était parfaitement
d’accord avec Pierre et Paul. « Mes frères,
écoutez-moi. Simon (Pierre) vous a rappelé
comment, dès le début, Dieu lui-même
est intervenu pour se choisir parmi les non-Juifs un peuple
qui lui appartienne »Actes 15 : 13-14). Le fait que
Dieu avait déjà agi constituait une preuve
puissante. Jacques a continué en citant des versets
de la traduction grecque du livre d’Amos pour montrer
que ce qui arrivait concordait avec les Ecritures (versets
15-18). Il aurait pu tout autant citer d’autres prophéties
de l’Ancien Testament concertant l’inclusion
de non-Juifs parmi le peuple de Dieu. L’expérience
et les Ecritures en venaient à la même conclusion.
Jacques déclara : « C’est pourquoi je
suis d’avis qu’on ne crée pas de difficultés
à des païens qui se convertissent à Dieu…
» (verset 19). Il n’y avait aucun besoin d’exiger
que les croyants non-juifs se soumettent au joug de Moïse.
Cela leur causerait inutilement des difficultés.
Jacques proposait donc quatre règles à suivre
: « Ecrivons-leur simplement de ne pas manger de viande
provenant des sacrifices offerts aux idoles, de se garder
de toute inconduite sexuelle, et de ne consommer ni viande
d’animaux étouffés, ni de sang »
(verset 20). L’obéissance à ces quatre
règles suffirait pour ne pas créer de difficultés
aux non-Juifs. Evidemment, les croyants non-juifs devaient
s’abstenir de mentir, de voler et de commettre des
meurtres, choses qu’ils savaient déjà.
Aussi n’y avait-il pas lieu de le leur rappeler. Alors,
pourquoi leur imposer ces quatre règles. Selon certains
érudits d’aujourd’hui les Juifs croyaient
que ces lois remontaient à l’époque
de Noé ; elles s’appliquaient donc à
toutes les nations. D’autres prétendent que
les quatre lois touchent la question d’idolâtrie.
D’autres encore affirment qu’elles faisaient
parti des lois de Moïse de permettre aux non-Juifs
et aux Juifs de manger ensemble. Aucune des allégations
précitées n’est pleinement convaincante.
Le décret était clair : les non-Juifs n’étaient
pas tenus de se faire circoncire ou d’obéir
aux lois de Moïse. Ils étaient circoncis spirituellement
et non physiquement. Dieu n’avait jamais donné
de tels commandements aux non-Juifs.
On enseigne les lois de Moïse
Selon Jacques, il ne fallait pas créer de difficultés
pour les non-Juifs. A la place, il suffirait de leur donner
quatre règles faciles à suivre. Pourquoi ?
Remarquez la raison donnée par Jacques quand il dit
que depuis les temps anciens, il y a dans chaque ville des
prédicateurs qui enseignent les lois de Moïse
et qu’à chaque sabbat, on la lit dans les synagogues
(verset 21). Jacques n’encourageait guère les
chrétiens non-Juifs à assister aux assemblées
à la synagogue où les lois étaient
couramment prêchées. Il ne disait pas non plus
que les non-Juifs devaient se conformer aux lois de Moïse.
En revanche, les apôtres devaient enseigner les quatre
règles ou lois imposées aux non-Juifs (verset
28). Ainsi, le christianisme ne leur paraîtrait pas
plus difficile qu’il ne devait l’être.
Somme toute, selon certains, et à tort, les non-Juifs
devaient être circoncis et se conformer aux lois de
Moïse, sinon, ils ne seraient pas sauvés. Mais
les apôtres n’étaient pas d’accord,
car à leur sens, les non-Juifs étaient sauvés
par la grâce et la foi. Il a plu à Dieu d’habiter
dans les incirconcis qui ne participaient aucunement aux
rituels. Mais, puisque l’on prêchait couramment
les lois de Moïse, il fallait émettre un décret
qui distingue nettement la foi chrétienne de la Loi
de Moïse. Voilà qui a plu à toute l’Eglise.
Ils ont donc consigné la décision et l’ont
transmise dans une lettre à Antioche où les
membres « se réjouirent de l’encouragement
qu’ils y trouvaient » (verset 31).