150 ans d'abolition de l'esclavage
Devoir de mémoire
Jack Brunet
 

Ce n'est certes pas un hasard si "Amistad", le dernier film de Stephen Spielberg, sort sur les écrans parisiens en cette période spécifique de l'année. C'est une oeuvre cinématographique signée du réalisateur de " La liste de Schindler ", film émouvant qui avait remporté tous les honneurs des Oscars Hollywoodiens il y a quelques années. " Amistad " rappelle la révolte qui eut lieu en 1839 au large des côtes Américaines par des esclaves embarqués de force sur un brick battant pavillon espagnol. Il s'agissait d'un combat pour la dignité et les droits pour ces victoires de la Traite des Noirs qu'on apparente aujourd'hui à un crime contre l'humanité. Les chiffres sont imprécis, entre 8 et 50 millions d'africains, nous ne saurons probablement jamais le nombre exact, sont ainsi arrachés de force en 2 siècles à leur sol natal et leur clan pour vivre un véritable voyage vers l'horreur, l'humiliation et l'exploitation. Sans oublier les périples de la traversée et les nombreuses maladies et la malnutrition, ils sont problablement nombreux à avoir eu la mer comme ultime linceul.
De Louis XIV à la fin de l'Ancien Régime, près de 3000 bateaux partirent pour l'Afrique acheter des " Noirs " pour les planteurs des Amériques. C'était le triangle de la Traite (bétail humain comme main d'oeuvre avec la complicité de pouvoirs tribaux en Afrique - sucre, rhum et café dans les Antilles, coton pour l'Amérique - et armes, poudre, eau-de-vie, verroterie, miroirs et bassines pour la France afin de payer les monarques africains collaborateurs des esclavagistes et l'achat des esclaves).

Rappels historiques

Officiellement, en ce qui concerne la France, c'est le 27 avril 1848 que la IIième République abolissait l'esclavage dans toutes les colonies et possessions. Ce fut, en fait, l'aboutissement d'un long processus aux multiples rebondissements politico-militaires. En effet, déjà, le 4 février 1794, au lendemain de la Révolution Française, le député Jean-François Lacroix allait conduire la Convention à décréter l'abolition de l'esclavage. Il faut dire qu'à l'époque, la guerre en Europe (contre les Anglais, les Espagnols et les Hollandais) paralysait les ports négriers (Nantes, La Rochelle, Bordeaux, Le Havre). Des révoltes secouaient déjà les colonies (août 1789 à St-Pierre en Martinique, puis le sud de Saint-Dominigue, ainsi qu'en Guyane durant l'hiver 1790). Dans la pratique, seules la Guyane et la Guadeloupe bénéficièrent du décret de Lacroix ... la Martinique étant alors sous occupation anglaise et que certains colons refusèrent d'appliquer le décret. Toutefois, au lendemain du traité de paix d'Amiens en mars 1802 avec l'Angleterre, alors que les mers s'ouvrent à nouveau aux navires françaises, Bonaparte rétablit l'esclavage par décret, le 20 mai 1802. Plus tard, une loi de juillet 1845 encouragera l'affranchissement des esclaves par des avantages pécuniaires dans le but d'avoir accès à la propriété. Enfin, grand voyageur et député de la Martinique et de la Guadeloupe, puis sous-secrétaire d'Etat aux affaires coloniales, Victor Schoelcher deviendra l'artisan principal de l'adoption du décret du 27 avril 1848. Dans ce décret, il est alors stipulé que " Quiconque achètera ou vendra des esclaves sera déchu de la citoyenneté française ". Il faut souligner toutefois que le document d'officialisation n'aura pas eu le temps d'atteindre les côtes des Antilles que des révoltes éclataient accélérant ainsi le processus d'abolition de l'esclavage (22 mai 1848 pour la Martinique, 27 mai pour la Guadeloupe et 10 juin pour la Guyane française).

Les leçons de l'histoire

Certes, aujourd'hui l'esclavage, n'a plus cette dimension aussi abjecte et dégradante qu'elle ait pu avoir dans le passé. Il reste qu'il est facile de tomber dans une attitude " coloniale " qui s'exprime avec condescendance ou mépris ... et cela devient du racisme. C'est parfois plus subtil, plus vicieux mais tout aussi dégradant. Ainsi est-il si important que nous n'occultions pas la vérité de notre passé si nous voulons assumer l'avenir et bâtir un monde meilleur basé sur les valeurs chrétiennes d'amour et de justice. Si nous comprenions bien les leçons de cette page douloureuse de notre histoire, nous aurions une autre sensibilité concernant le respect des droits humains et des différences ethniques ou culturelles ; ou encore nous aurions un regard averti sur le cancer du racisme qui gangrène nos sociétés.
Quoique lorsqu'on regarde toutes ces exploitations humains qui avilissent l'homme ou la femme (le travail des enfants, la prostitution, l'exploitation de personnel de maison, la situation de la femme en Afghanistan ...). Le Bureau International du Travail a récemment lancé un cri d'alarme en annonçant que 250 millions d'enfants étaient aujourd'hui victimes de véritables travaux forcés autour de la planète. Ces enfants contribuent de 20 à 25 % des revenus de la famille.

L'Evangile, source de libération

D'autre part, si notre statut n'est pas un statut d'esclave entrant dans les catégories énumérées ci-dessus, il se peut que nous soyons toutefois esclaves de quelque chose (drogue, alcool, sexe, jeux de hasard, argent ...). Nous pouvons ne plus nous appartenir, être un esclave sans le savoir. Nous sommes dépendants d'un maître, peut-être est-il simplement le péché ? (Jean 8:34-35). celui-ci peut nous asservir, nous dominer, nous corrompre, un lien qui nous enferme vers la déchéance. Serions-nous esclaves de notre égoïsme ? Peut-être de notre orgueil ? Ou de la quête de pouvoir ? Serait-ce l'amertume, la haine, la peur ? Heureusement nous pouvons être libérés de toutes ces sortes d'esclavage par la puissance du saint-Esprit et par le sang régénérateur de notre Sauveur et Seigneur Jésus-Christ. A nous d'y faire appel, le Salut est accessible paar la foi à ceux qui sont repentants. En fait, quelques part, nous sommes tous des esclaves ... et nous avons besoin d'être libérés de ces liens de la servitude (Lamentations 1:14).
Choissons de nous libérer des chaînes qui nous entravent, choisissons aussi de nous libérer de nous-même, de nos sentiments, de nos " oeuvres mortes ", de nos passions stériles. Si nous devions être esclaves, puissions-nous cependant être plutôt esclave de celui qui nous a libéré, Jésus-Christ, et non pas du péché qui nous enferme dans la mort (Romains 6:6, 1 Corinthiens 7:22). Non seulement nous ne sommes plus des esclaves, mais en Christ nous devenons enfants de Dieu et co-héritiers de Jésus-Christ (Galates 4:7). Aucun des esclaves libérés n'aura eu un tel avenir, même si aujourd'hui les descendants d'esclaves ont une vie plus agréable que celle de leurs ancêtres.

Une question de choix

Dieu seul peut nous libérer de l'esclavage du péché. Attention, car lorsque nous choisissons le péché, nous ne sommes plus maître, c'est alors le péché qui domine sur nous. C'est un piège qui se tisse comme une toile d'araignée. C'est très subtil au départ, cela commence par des " choix " et finit en esclavage. A la fin, nous voulons haïr le péché, mais en fait, nous y sommes assujettis. Le joug du péché est alors bien réel.
Chaque décision effectuée est importante, elle nous rapproche ou nous éloigne de Dieu. Si nous ne faisons pas le bien alors que nous pourrions le faire nous commettons un péché (Jacques 4:17). Chaque pas qui nous rapproche de Dieu nous mène à la liberté alors que nos décisions vers le mal nous enferment de plus en plus dans un esclavage qui nous paralyse et nous détruit.

Célébrons la vraie libération

Déjà, sous l'Ancienne Alliance, Dieu avait libéré le peuple Hébreux de l'esclavage en Egypte (Lévitiques 26:13). Cette libération avait une dimension allégorique de la véritable libération, celle de l'Egypte spirituelle : le péché. L'Evangile est véritablement terre de libération, la vraie libération (Galates 5:1). Christ a demandé à ceux qui sont faitgués et chargés de venir à Lui et qu'Il leur donnerait le vrai repos, la vraie libération (Matthieu 11:25-30), pour qu'Il renvoit libres les opprimés (Luc 4:16-21). Dieu veut que nous soyons libérés de l'esclavage, et que nous aidions d'autres à être libérés. Affranchissons-nous de tous les esclavages en prenant sur nous le joug du service. C'est un engagement d'amour. En effet, l'Evangile est terre de respect, de service et d'entraide. Il est à l'antithèse de l'exploitation et de l'humiliation. Dieu est Amour et Il veut que nous nous aimions les uns les autres (Jean 13:34-35, 1 Pierre 1:22). Nous devrions être les serviteurs les uns des autres, c'est cela la grande chaîne de solidarité (Galates 5:13).
Alors que tant en métropole qu'aux Antilles Françaises, il y a un certain nombre d'évènements commémoratifs de l'abolition de l'esclavage, soyons sûrs que ce soit une période de réflexion et de méditation sur le coût qu'a nécessité notre libération de l'esclavage du péché, sur notre nouvelle vie en Christ, vie d'amour et de service.

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