Pour certains chrétiens, un des problèmes
les plus épineux rencontrés dans la Bible
est l'apparente contradiction entre Paul et Jacques ; entre
leur perception de ce que Paul dit sur la grâce et
sur ce que Jacques écrit au sujet de la loi. Paul
dit que nous sommes justifiés par la foi, et non
par les œuvres (Romains 4). Jacques semble dire que
nous ne sommes pas justifiés par la foi seule, mais
que nous sommes aussi justifiés par les œuvres.
Au premier regard, il semble y avoir une contradiction.
J'ai vu des gens effectuer des contorsions théologiques
impressionnantes en essayant de se pencher sur les écrits
de Paul et de Jacques. Il est cependant possible de concilier
les deux. La clé est que le mot « justifié
» a plus d'une signification. Paul l'utilise d'un
certain point de vue dans Romains 4, et Jacques l'utilise
d'un autre point de vue dans Jacques 2. En regardant dans
un dictionnaire vous pourrez voir que presque tous les mots
ont des sens différents. C'est le contexte qui nous
indique dans quel sens les interpréter.
Il y a une différence entre le moment où
Dieu justifie un homme et celui où un homme se justifie.
Quand je dis « justifiez-vous » ! Je vous demande
de me prouver quelque chose au sujet de la nature de vos
actions. Ici il s'agit de démontrer quelque chose.
Quand Dieu justifie Il ne nous démontre pas quelque
chose. Il nous donne quelque chose, Il nous octroie la justice.
Ainsi, le mot justifier a deux sens. Dieu justifie les
impies. Il leur « donne la justice ». Il la
met sur leur compte. Il les « déclare justes
», pour reprendre la formule de Paul (version Semeur).
Ainsi donc un aspect du mot justifier est d'accorder la
justice. Le second sens du mot est de « prouver que
l'on est juste ». Cela implique une démonstration,
comme lorsque je vous demande de vous justifier.
Comment savoir qu'il y a deux sens différents ?
Paul et Jacques se réfèrent tous les deux
à Abraham, mais ils se rapportent à deux périodes
différentes de sa vie. Paul dans Romains 4 cite Genèse
15 : 6. « Abraham crut à Dieu, et cela lui
fut imputé à justice ». Nous pourrions
considérer cet instant comme celui où Abraham
fut sauvé, quand Dieu le déclara juste.
Longtemps après cet événement, Dieu
met Abraham à l'épreuve dans Genèse
22. Lorsque Abraham obéit à Dieu et fait ce
qui lui est demandé, Dieu dit : « maintenant,
je sais que tu crains Dieu, parce que tu n'as pas refusé
ton fils, ton fils unique » (Genèse 22 : 12).
Quand Jacques fait mention de la justification d'Abraham,
il ne se réfère pas à Genèse
15, où Abraham fut déclaré juste, mais
il se réfère à Genèse 22 lorsque
Abraham démontra qu'il était juste.
Jacques considère Genèse22 comme une suite
et un accomplissement du salut d'Abraham dont il est question
dans Genèse 15. Jacques se réfère à
la justification comme l'évidence d'une vie changée.
En langage d'aujourd'hui, Jacques dirait : « Il
y a des gens qui parlent et il y en a d'autres qui agissent.
Il y a des gens qui disent avoir la foi, mais ne donnent
aucune évidence de cette foi. Pourquoi devrais-je
croire que vous avez confiance en Dieu, s'il n'y a pas de
preuve ? Cette sorte de foi peut-elle sauver ? Une simple
profession de foi, qui n'est pas démontrée
dans la réalité, peut-elle sauver ? Les mots
ne valent pas grand-chose. Les actions, elles, démontrent
ce que vous croyez réellement ».
Jacques continue à expliquer que même si
Abraham fut sauvé dans Genèse 15, il démontra
la véracité de sa foi en obéissant
à Dieu vingt ou trente ans plus tard, lorsqu'il fut
disposé à offrir son fils Isaac sur l'autel
(Genèse 22). Jacques voit cela comme une démonstration
de la foi.
Abraham fut justifié par la foi dans Genèse
15. Il fut sauvé par la foi et considéré
comme juste. Mais une foi seule, n'est pas une vraie foi.
Seule une foi qui produit du changement, une sorte d'évidence,
est valable. C'est une foi qui sauve. Et c'est ce que Jacques
explique, dans Jacques 2.
Ainsi, il n'y a pas de contradiction. Paul parlait du
salut d'Abraham dans Genèse 15. Jacques se réfère
à un événement qui eut lieu de nombreuses
années plus tard, qui est une conséquence
de la foi d'Abraham.
Les œuvres sont le résultat d'une justification
qui vient par la foi. Le vrai salut se manifeste par l'action.
(Tite 3 : 4-8).
L'apôtre Jean a écrit : « Celui qui
dit : je l'ai connu et qui ne garde pas ses commandements,
est un menteur et la vérité n'est point en
lui ». A partir de cela vous pouvez déduire
logiquement, que si vous ne gardez pas Ses commandements,
vous ne Le connaissez pas. Mais vous ne pouvez pas déduire
logiquement que, si vous gardez Ses commandements, vous
pouvez parvenir à Le connaître. Les œuvres
ne vous sauvent pas.
Les écrits de Jacques et ceux de Paul vont de pair.
Ils se complètent. Les chrétiens ont besoin
de la « justification », plus la « justification
». Paul regarde à ce qui se passe intérieurement.
Jacques parle de ce qui se passe extérieurement après
que le changement s'est produit intérieurement.