« Au commencement Dieu créa les cieux et la
terre ». C'est par ces mots tout simples que commence
la Bible. Ils nous présentent le commencement de
notre monde et Celui qui en est l'auteur. Ils nous révèlent
l'existence et la toute puissance d'un Créateur Dieu.
Mais ces versets nous enseignent-ils sur le commencement
de notre monde aux points de vue historique et scientifique
?
Une interprétation littérale de l'histoire
de la création telle qu'elle est présentée
dans la Genèse voudrait que tout — nous disons
bien tout — soit créé en six jours de
vingt-quatre heures. Ce serait nier l'évidence même
et fermer la porte à toute investigation et à
un dialogue scientifique réel. Mais est-ce la seule
possibilité dont dispose le croyant ?
Nullement. Même parmi ceux qui croient en Dieu il
existe un vif débat quant à savoir si la Bible
traite du « comment » et du « quand »
de la création.
Une approche strictement littérale de l'histoire
de la création contenue dans la Genèse, connue
sous le nom de créationnisme, semble avoir la côte,
surtout dans certains milieux protestants, et particulièrement
aux Etats-Unis.
Le créationnisme voudrait que toutes les données
scientifiques et leur interprétation cadrent avec
une lecture strictement littérale de la Genèse.
Cependant, la majorité des théologiens et
des scientifiques rejettent le créationnisme. D'un
autre côté, les chrétiens de toutes
tendances acceptent la réalité d'un Créateur
Dieu, y compris des chrétiens qui sont des scientifiques
et qui, comme moi-même, croient au Créateur
et en la réalité d'une création. Ceci
dit, qu'est-ce que des gens comme moi apprennent de Genèse
1 ?
Des Suppositions
D'abord, il est important de savoir une chose : l'idée
que le récit de la Genèse aurait pour but
de présenter une quelconque description historique
et scientifique n'est qu'une supposition. La Bible elle-même
ne l'affirme pas. Dans son excellent ouvrage, « The
Meaning of Creation » (Le Sens de la Création),
dont je me suis largement inspiré pour la rédaction
de cet article, Dr.Conrad Hayes, Professeur de Religion
à l'Université Gustave Aldophe dans le Minnesota,
déclare que si le récit de la Genèse
n'avait pas pour objet de donner une description littérale
de la création, il est alors mal à propos
et fallacieux de chercher à savoir s'il est véridique
sur le plan scientifique ou littéral.
La richesse du symbolisme littéraire contenu dans
le tout premier chapitre de la Bible est malheureusement
dissimulé et dilué par une interprétation
strictement littérale. Hayes maintient même
que les contemporains de ceux qui ont élaboré
les textes de la création n'ont pas forcément
eux-mêmes pris ceux-ci au sens littéral, préférant
le sens symbolique voulu.
Le quatrième jour
Prenons l'exemple du quatrième jour de Genèse
1, qui a trait à la création du soleil, de
la lune et des étoiles.
Ce qui vient à notre esprit hautement scientifique,
propre à ce vingtième siècle, ce sont
des gaz chauds, des fournaises nucléaires et un satellite
planétaire rempli de cratères. Ces phénomènes
obéissent à des lois qui gouvernent la matière,
l'énergie et le mouvement, et peuvent être
des sujets d'étude. Mais le contexte de Genèse
n'aborde pas la création en ces termes.
Quand la Genèse fut écrite, la plupart des
gens pensaient que ces corps célestes étaient
des dieux et des déesses qu'il fallait craindre,
adorer, auxquels on devait adresser des prières et
dont il fallait gagner la faveur. De ce fait, le langage
employé ici est théologique et non astronomique.
Genèse l’affirme le monothéisme aux
dépens du polythéisme. Ce chapitre déclare
au lecteur qu'il ne s'agit nullement de divinités
dignes de louanges, mais de créations, œuvres
du Dieu unique.
Constat étonnant : Dans un coin du monde, et à
une époque de l'histoire, où une astrologie
complexe constituait un facteur déterminant dans
la vie et le culte des Mésopotamiens, les étoiles
sont volontairement mentionnées d'une manière
tout à fait fortuite et banale : « Il fit aussi
les étoiles ».
Le rédacteur n'a pas du tout l'intention de nous
donner une indication scientifique sur les relations physique
et chronologique qui existent entre le soleil, la lune et
les étoiles. D'un autre côté le message
théologique — qu'ils furent créés
par le Créateur Dieu — est clair et tout aussi
valable pour notre époque.
Ainsi le message constitue ce que Calvin appela un message
universel — écrit sous une forme qui utilise
les apparences universelles des choses avec lesquelles tout
homme, en tout lieu, peut s'identifier.
Il est facile de déformer une œuvre littéraire
qui provient d'une culture et d'une ère lointaines
pour la faire cadrer avec notre propre culture, langue,
époque, mode de penser et avec les questions qui
sont à l'ordre du jour. Il s'agit d'une tendance
particulière au vingtième siècle où
les questions et philosophies dominantes sont tout à
fait différentes de celles qui prévalaient
à l'époque du récit de la création,
qui date de plusieurs millénaires.
Néanmoins, le fait que nous lisions le texte avec
certaines idées préconçues, avec des
questions ou des a priori, ne veut pas dire pour autant
que ceux-ci sont effectivement présents dans le texte.
Comme l'écrit Conrad Hayes, « Une compréhension
littérale du récit de la Genèse est
impropre, inappropriée, fallacieuse et inacceptable.
Elle présuppose un genre de littérature et
une intention qui ne sont tout simplement pas présents
dans le texte – et elle s'y tient. En faisant ainsi,
elle passe à côté de la richesse symbolique
et de la puissance spirituelle de ce qui s'y trouve, et
elle soumet les écrits bibliques et la théologie
de la création à une controverse aussi futile
qu'inutile ».
Qui ? Quoi ? Comment ?
Voici donc la distinction importante qui existe entre la
création et le créationnisme. En tant que
scientifique et que chrétien, je crois que la Genèse
affirme un créateur ainsi qu'une création.
Mais, du fait que le message est assurément de nature
religieuse, il ne traite tout simplement pas des questions
du « quand » et du « comment ».
Celles-ci peuvent faire l'objet d'une étude académique
en sorte que nous puissions apprendre, comme l'affirme le
Psaume 19, de quelle manière « les cieux racontent
la gloire de Dieu, et l'étendue manifeste l'œuvre
de ses mains. Le jour en instruit un autre jour, la nuit
en donne connaissance à une autre nuit ».
Il y a des profondeurs qu'il convient de sonder, et toute
révélation de la science ne fait que confirmer
la majesté de Dieu et que L'exalter. Les «
théologiens naturels » du siècle dernier
avaient raison : il y a de la révélation dans
l'œuvre créée, tout comme il y en a dans
la Parole écrite. Mais puisque nous sommes des enfants
toujours en train d'apprendre, les chrétiens qui
sont aussi des scientifiques tiennent des hypothèses
différentes les unes des autres quant au «
comment »et au « quand » de la création.
Nous reconnaissons aussi que celles-ci ne sont pas aussi
importantes que les questions du « qui » et
du « pourquoi ».
Ainsi le physicien et théologien de Cambridge,
John Polkinghorne dans son livre « Beyond Science
» (Au-delà de la Science), publié en
1996, affirme non seulement sa croyance en la résurrection
de Jésus, et en Dieu en tant que Créateur,
mais déclare aussi que l'évolution est possible
et qu'elle constitue une preuve puissante d'un grand dessein
sous-jacent originel.
En bref, il croit que Dieu a fixé les paramètres
à l'intérieur desquels le hasard et la nécessité
peuvent œuvrer ensemble vers une finalité voulue,
sans l'aide d'une intervention constante. Cela ne signifie
pas que Dieu est incapable d'aimer Sa création et
d'être conscient de la mort des moineaux, car Il est,
dans tous les cas, Omniprésent dans l'espace et dans
le temps : « Ne remplis-je pas, moi, les cieux et
la terre ? »
L'évolution sans crainte
Ma propre spécialité consiste à nommer
et à classifier un groupe d'organismes marins (Bryozoaires)
qui nous ont laissé une impressionnante quantité
de fossiles divers. Je suis convaincu par ce que j'ai vu
chez plusieurs milliers d'espèces, de l'ère
jurassique à nos jours, que leur morphologie, leur
diversification et leur distribution se conforment très
bien aux théories scientifiques actuelles, et non
à une histoire de la terre, basée sur le déluge,
qui est, elle, irrecevable.
A cet effet, il est important de faire une distinction
entre l'évolutionnisme (une création sans
créateur) et l'évolution (qui dans la plupart
des cas, a trait aux mécanismes de changements biochimiques
ou génétiques dont le principe a déjà
été établi).
L'évolution, malgré ses éléments
discutables, peut cependant être testée et
étudiée. Ce n'est pas quelque chose qu'il
faut craindre de façon superstitieuse. Dieu semble
avoir réalisé Sa création sur des milliards
d'années. Après tout, Il est l'Ancien des
Jours et Il n'est nullement limité par notre manque
de compréhension de Son œuvre créée
ou de Sa Parole écrite.
Lorsque les scientifiques créationnistes déclarent
: « si la Bible ne dit pas la vérité
dans tout ce qu'elle affirme — l'histoire et la théologie
— alors elle ne peut constituer la Parole de Dieu
», ils ont raison. Mais insister sur la littéralité
quand ce n'est pas le but recherché, consiste à
enfermer et limiter la Parole de Dieu. Cela peut également
dresser une barrière inutile devant ceux qui autrement
seraient à même de répondre au message
de l'Evangile.