Le christianisme à visage... asiatique
Christina Kuo
 

Juste avant de prendre l'avion pour la Chine, un bon ami, originaire de Chine, Yifan Zhang, m'appela au téléphone. Il était tout juste de retour après un séjour d'un an chez ses parents à Pékin. Je lui signalai que dans quelques jours je retournerai en Chine après plus de dix ans d'absence. Je lui demandai alors de me dire jusqu'à quel point la Chine avait changé.

Yifan, qui est un homme intelligent, intuitif et perspicace, me répondit sans hésitation : « les Chinois ont une grande soif spirituelle. »

Je lui demandai pourquoi, et il me répondit : « Le communisme n'existe plus sous sa forme originelle, et la démocratie occidentale ne réussira pas parce que nous avons une histoire totalement différente.

Et pour ce qui est des systèmes philosophiques ou religieux tels que le bouddhisme, le confucianisme ou le taoïsme, ils laissent beaucoup à désirer.

Ils ne paraissent plus en mesure d'aider efficacement le Chinois moyen à faire face aux réalités de la vie. »

Je lui répondis, « Les Chinois ont donc besoin de croire en quelque chose de pratique. »

Il répliqua : « C'est exactement cela. C'est un peuple pragmatique. Comme tout le monde, ils cherchent quelque chose de plus. Si tu restes assez longtemps en Chine, tu pourras t'en rendre compte toi-même.

Chacun semble préoccupé par le tourbillon de sa propre existence, mais si tu écoutes les propos de l'homme de la rue, tu découvriras que les gens ont soif de quelque chose de plus. »

« Et qu'en est-il du christianisme ? » Demandai-je.

« Oh, ça c'est une tout autre histoire. Là il faut être prudent. »

Je suis reconnaissante envers Yifan de ne s'être pas trop étendu sur le sujet, car je voulais connaître cet aspect de la Chine à partir d'une perspective nouvelle. L'opportunité m'en était donnée, puisque j'allais enseigner l'anglais dans un de ces treize séminaires chinois.

Je découvris bientôt, à travers la vie d'une poignée de chrétiens chinois, l'espérance et la foi dont ils avaient soif, comme le disait Yifan.

L'espérance et le caractère chinois

Un soir, j'étais assise à l'extérieur de la salle à manger du séminaire avec une étudiante nommée Fan. Les rayons de la pleine lune éclairaient son visage, et je pus distinguer des larmes le long de ses joues. Je lui demandai tout doucement si elle voulait partager ce qu'elle avait sur le cœur.

Elle dit, « Tu ne comprendras pas et je ne peux pas t'expliquer ce que je ressens parce que j'en ai trop lourd sur le cœur. » Puis elle « craqua » et se mit à sangloter. Pendant toute la demi-heure qui suivit, elle donna libre cours à son chagrin, séchant ses larmes dans sa robe de coton. Tout ce que je pus faire, fut de m'asseoir près d'elle et de lui tendre mon épaule. Petit à petit les sanglots cessèrent. Puis elle leva doucement la tête et sembla comme fascinée par les gratte-ciel en construction qui se dressaient de l'autre coté de la rue. En essayant de retrouver ses esprits, elle murmura : « Où va l'humanité avec toutes ces constructions ? Quelle futilité. Vois-tu ces immeubles illuminés ? Toutes ces lumières seront bientôt éteintes. Mais regarde les lumières de Dieu dans les cieux. Elles ont toujours été là. Sans Dieu, la vie semble tellement sans espoir. Si futile. Je veux seulement faire la volonté de Dieu. Je ne voudrais jamais me marier. Je veux seulement Le servir de tout mon cœur. »

Par curiosité, je lui demandai, « Pourquoi ne voudrais-tu pas te marier ? »

Fan répondit : « Parce que j'ai peur que mon mari m'éloigne de Dieu. C'est difficile d'être une femme en Chine. Il y a des choses trop dures à supporter. »

Je lui répondis, « Ne crois-tu pas que Dieu peut te donner quelqu'un qui te rapprochera de Lui ? »

Il y eut un silence. Puis elle soupira, « je n'en fais pas assez pour Lui. »

Je dis alors, « Peut-être que Dieu ne se soucie pas tant de ce que tu accomplis dans cette vie, mais plutôt de ce que tu es en train de devenir. »

Je savais que j'avais touché un point sensible, car elle répliqua aussitôt : « Tu ne comprends pas. Tu as l'apparence d'une Chinoise, mais tu es née en Amérique. Tu n'as jamais connu... »

« connu la futilité ? » protestai-je.

« La futilité c'est lorsque les gens se délectent à résoudre des problèmes qu'ils ont eux-mêmes créés. La futilité c'est de vivre un mensonge en croyant que c'est la vérité. La futilité c'est se sentir obligé de faire, faire et encore faire, sans jamais se permettre de recevoir. »

En m'examinant attentivement, Fan me répondit, « Tu comprends réellement certaines de mes peines. »

Je lui dis : « Oui, je comprends. On n'a pas l'exclusivité du chagrin ou de la futilité parce qu'on vit dans un monde très sombre. » Nous devons puiser l'espoir dans des Ecritures telles que Proverbes 4 : 18 :

« Le sentier des justes est comme la lumière de l'aurore dont l'éclat ne cesse de croître jusqu'en plein jour. »

Et Jean 1 : 5 :

« La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas étouffée. »

En réfléchissant sur ces pensées, Fan dit : « L'espérance qui vient de Dieu est si réelle. Prions ensemble. »

La foi et le caractère chinois

« Prions ensemble.» C'est aussi ce que disait souvent une autre amie chinoise que j'ai été amenée à apprécier. Tous les matins, je la trouvais là, assise en face de la salle d'accueil du séminaire, bien campée sur son tabouret et méditant la Parole de Dieu et la littérature chinoise.

Un matin, elle me confia qu'elle aurait pu être l'un des huit enfants de sa famille, mais pour des raisons inconnues, sa mère perdit chacun de ses sept frères et sœurs aînés au moment de les mettre au monde. De ce fait, elle se sentait privilégiée d'avoir survécue et elle était décidée à faire de son mieux dans la vie. Si vous pouviez rencontrer Xiao Hua, vous verriez alors une parfaite combinaison de force et de douceur. Vous verriez cette paix qui se dégage de sa personnalité, en même temps qu'un désir intense de prendre part à tout ce qui compte vraiment dans la vie.

Les dures épreuves qu'a dû endurer Xiao Hua ont rendu sa santé fragile, mais elle sait que l'esprit l'emporte sur la matière et elle semble marcher placidement au milieu de la tourmente.

La Chine est un pays où la confusion est devenue une vertu et où une personne peut être anéantie simplement en posant la question, « Pourquoi y a-t-il tant de souffrances ? » ou encore « Pourquoi suis-je né dans de telles conditions ? »

Xiao Hua a choisi de ne pas devenir esclave de ce type de questions, mais plutôt, avec l'Esprit de Dieu, d'amener progressivement de l'ordre dans un système désordonné. Avec la simplicité de Christ, elle est une prière vivante pour tous ceux qui l'entourent. Quand vous allez dans certains coins de Chine, vous pouvez voir ce type de foi à l'état brut. Une sorte de foi profonde et intérieure qu'on ne peut pas apprendre dans les séminaires ou dans les Eglises de ce monde.

C'est le type de foi qui émane d'une pauvreté où il n'y a rien à prouver ni rien à protéger. Aucun besoin d'affecter une attitude devant les autres ou devant Dieu, car tout ce que vous avez, c'est ce que vous êtes.

Tout ce que vous avez à faire est d'adopter une position pour recevoir ce que Dieu veut offrir, et d'être ainsi un conduit pour Ses bénédictions. C'est ce que j'ai vu et ce que j'ai vécu de l'intérieur. Vous n'avez pas besoin de voir beaucoup de monde pour comprendre à quoi pourrait ressembler le royaume de Dieu.

Dans les années à venir, il sera intéressant de voir quelle forme de christianisme se développera en Chine. La Chine a une histoire religieuse complètement différente de celle de l'Occident. Et en même temps, c'est merveilleux de voir que dans ce pays qui construit des murs autour de ses maisons, autour de ses villes, et, s'il le pouvait, autour de son territoire, les Chinois sont en train de briser la Grande Muraille qui se dresse entre leurs coeurs et leur Créateur.

L'année dernière, je priais pour être capable de vivre une expérience qui touche au cœur de Dieu. Je me rendis en Chine en tant que professeur. Dieu me fit revenir en tant qu'étudiante.

© Tous droits réservés – 1978-2008 - Eglise Universelle de Dieu