Juste avant de prendre l'avion pour la Chine, un bon ami,
originaire de Chine, Yifan Zhang, m'appela au téléphone.
Il était tout juste de retour après un séjour
d'un an chez ses parents à Pékin. Je lui signalai
que dans quelques jours je retournerai en Chine après
plus de dix ans d'absence. Je lui demandai alors de me dire
jusqu'à quel point la Chine avait changé.
Yifan, qui est un homme intelligent, intuitif et perspicace,
me répondit sans hésitation : « les
Chinois ont une grande soif spirituelle. »
Je lui demandai pourquoi, et il me répondit : «
Le communisme n'existe plus sous sa forme originelle, et
la démocratie occidentale ne réussira pas
parce que nous avons une histoire totalement différente.
Et pour ce qui est des systèmes philosophiques ou
religieux tels que le bouddhisme, le confucianisme ou le
taoïsme, ils laissent beaucoup à désirer.
Ils ne paraissent plus en mesure d'aider efficacement le
Chinois moyen à faire face aux réalités
de la vie. »
Je lui répondis, « Les Chinois ont donc besoin
de croire en quelque chose de pratique. »
Il répliqua : « C'est exactement cela. C'est
un peuple pragmatique. Comme tout le monde, ils cherchent
quelque chose de plus. Si tu restes assez longtemps en Chine,
tu pourras t'en rendre compte toi-même.
Chacun semble préoccupé par le tourbillon
de sa propre existence, mais si tu écoutes les propos
de l'homme de la rue, tu découvriras que les gens
ont soif de quelque chose de plus. »
« Et qu'en est-il du christianisme ? » Demandai-je.
« Oh, ça c'est une tout autre histoire. Là
il faut être prudent. »
Je suis reconnaissante envers Yifan de ne s'être
pas trop étendu sur le sujet, car je voulais connaître
cet aspect de la Chine à partir d'une perspective
nouvelle. L'opportunité m'en était donnée,
puisque j'allais enseigner l'anglais dans un de ces treize
séminaires chinois.
Je découvris bientôt, à travers la
vie d'une poignée de chrétiens chinois, l'espérance
et la foi dont ils avaient soif, comme le disait Yifan.
L'espérance et le caractère chinois
Un soir, j'étais assise à l'extérieur
de la salle à manger du séminaire avec une
étudiante nommée Fan. Les rayons de la pleine
lune éclairaient son visage, et je pus distinguer
des larmes le long de ses joues. Je lui demandai tout doucement
si elle voulait partager ce qu'elle avait sur le cœur.
Elle dit, « Tu ne comprendras pas et je ne peux pas
t'expliquer ce que je ressens parce que j'en ai trop lourd
sur le cœur. » Puis elle « craqua »
et se mit à sangloter. Pendant toute la demi-heure
qui suivit, elle donna libre cours à son chagrin,
séchant ses larmes dans sa robe de coton. Tout ce
que je pus faire, fut de m'asseoir près d'elle et
de lui tendre mon épaule. Petit à petit les
sanglots cessèrent. Puis elle leva doucement la tête
et sembla comme fascinée par les gratte-ciel en construction
qui se dressaient de l'autre coté de la rue. En essayant
de retrouver ses esprits, elle murmura : « Où
va l'humanité avec toutes ces constructions ? Quelle
futilité. Vois-tu ces immeubles illuminés
? Toutes ces lumières seront bientôt éteintes.
Mais regarde les lumières de Dieu dans les cieux.
Elles ont toujours été là. Sans Dieu,
la vie semble tellement sans espoir. Si futile. Je veux
seulement faire la volonté de Dieu. Je ne voudrais
jamais me marier. Je veux seulement Le servir de tout mon
cœur. »
Par curiosité, je lui demandai, « Pourquoi
ne voudrais-tu pas te marier ? »
Fan répondit : « Parce que j'ai peur que mon
mari m'éloigne de Dieu. C'est difficile d'être
une femme en Chine. Il y a des choses trop dures à
supporter. »
Je lui répondis, « Ne crois-tu pas que Dieu
peut te donner quelqu'un qui te rapprochera de Lui ? »
Il y eut un silence. Puis elle soupira, « je n'en
fais pas assez pour Lui. »
Je dis alors, « Peut-être que Dieu ne se soucie
pas tant de ce que tu accomplis dans cette vie, mais plutôt
de ce que tu es en train de devenir. »
Je savais que j'avais touché un point sensible,
car elle répliqua aussitôt : « Tu ne
comprends pas. Tu as l'apparence d'une Chinoise, mais tu
es née en Amérique. Tu n'as jamais connu...
»
« connu la futilité ? » protestai-je.
« La futilité c'est lorsque les gens se délectent
à résoudre des problèmes qu'ils ont
eux-mêmes créés. La futilité
c'est de vivre un mensonge en croyant que c'est la vérité.
La futilité c'est se sentir obligé de faire,
faire et encore faire, sans jamais se permettre de recevoir.
»
En m'examinant attentivement, Fan me répondit, «
Tu comprends réellement certaines de mes peines.
»
Je lui dis : « Oui, je comprends. On n'a pas l'exclusivité
du chagrin ou de la futilité parce qu'on vit dans
un monde très sombre. » Nous devons puiser
l'espoir dans des Ecritures telles que Proverbes 4 : 18 :
« Le sentier des justes est comme la lumière
de l'aurore dont l'éclat ne cesse de croître
jusqu'en plein jour. »
Et Jean 1 : 5 :
« La lumière brille dans les ténèbres
et les ténèbres ne l'ont pas étouffée.
»
En réfléchissant sur ces pensées,
Fan dit : « L'espérance qui vient de Dieu est
si réelle. Prions ensemble. »
La foi et le caractère chinois
« Prions ensemble.» C'est aussi ce que disait
souvent une autre amie chinoise que j'ai été
amenée à apprécier. Tous les matins,
je la trouvais là, assise en face de la salle d'accueil
du séminaire, bien campée sur son tabouret
et méditant la Parole de Dieu et la littérature
chinoise.
Un matin, elle me confia qu'elle aurait pu être l'un
des huit enfants de sa famille, mais pour des raisons inconnues,
sa mère perdit chacun de ses sept frères et
sœurs aînés au moment de les mettre au
monde. De ce fait, elle se sentait privilégiée
d'avoir survécue et elle était décidée
à faire de son mieux dans la vie. Si vous pouviez
rencontrer Xiao Hua, vous verriez alors une parfaite combinaison
de force et de douceur. Vous verriez cette paix qui se dégage
de sa personnalité, en même temps qu'un désir
intense de prendre part à tout ce qui compte vraiment
dans la vie.
Les dures épreuves qu'a dû endurer Xiao Hua
ont rendu sa santé fragile, mais elle sait que l'esprit
l'emporte sur la matière et elle semble marcher placidement
au milieu de la tourmente.
La Chine est un pays où la confusion est devenue
une vertu et où une personne peut être anéantie
simplement en posant la question, « Pourquoi y a-t-il
tant de souffrances ? » ou encore « Pourquoi
suis-je né dans de telles conditions ? »
Xiao Hua a choisi de ne pas devenir esclave de ce type
de questions, mais plutôt, avec l'Esprit de Dieu,
d'amener progressivement de l'ordre dans un système
désordonné. Avec la simplicité de Christ,
elle est une prière vivante pour tous ceux qui l'entourent.
Quand vous allez dans certains coins de Chine, vous pouvez
voir ce type de foi à l'état brut. Une sorte
de foi profonde et intérieure qu'on ne peut pas apprendre
dans les séminaires ou dans les Eglises de ce monde.
C'est le type de foi qui émane d'une pauvreté
où il n'y a rien à prouver ni rien à
protéger. Aucun besoin d'affecter une attitude devant
les autres ou devant Dieu, car tout ce que vous avez, c'est
ce que vous êtes.
Tout ce que vous avez à faire est d'adopter une
position pour recevoir ce que Dieu veut offrir, et d'être
ainsi un conduit pour Ses bénédictions. C'est
ce que j'ai vu et ce que j'ai vécu de l'intérieur.
Vous n'avez pas besoin de voir beaucoup de monde pour comprendre
à quoi pourrait ressembler le royaume de Dieu.
Dans les années à venir, il sera intéressant
de voir quelle forme de christianisme se développera
en Chine. La Chine a une histoire religieuse complètement
différente de celle de l'Occident. Et en même
temps, c'est merveilleux de voir que dans ce pays qui construit
des murs autour de ses maisons, autour de ses villes, et,
s'il le pouvait, autour de son territoire, les Chinois sont
en train de briser la Grande Muraille qui se dresse entre
leurs coeurs et leur Créateur.
L'année dernière, je priais pour être
capable de vivre une expérience qui touche au cœur
de Dieu. Je me rendis en Chine en tant que professeur. Dieu
me fit revenir en tant qu'étudiante.