A la sortie de l'école, comme vous, elle attend
son enfant, mais son regard n'a pas l'éclat du vôtre.
Elle reste discrète, un peu seule, et personne ne
la remarque. Elle n'a pas l'insouciance et le rire facile
de toutes ces jeunes mères qui viennent conduire
et rechercher leur enfant à l'école maternelle.
Un drame a déjà traversé sa vie.
Les portes s'ouvrent, chaque parent s'élance vers
la classe de son petit, puis main dans la main, heureux,
chacune et chacun s'en retournent à la maison.
Mais elle ne peut serrer la main de son enfant et l'emmener
gaiement. Ses mains à elle se referment sur deux
poignées de caoutchouc. Oui, vous la voyez pousser
le fauteuil roulant dans lequel se trouve son enfant. Vous
la regardez avec tristesse, avec compassion, mais vous ne
lui parlez pas. Son enfant est différent du vôtre.
Elle est différente de vous.
Souffre-t-elle de cette indifférence, de ces regards,
et de ces silences ? Cette situation la marginalise dès
le départ. Car elle s'est tout d'abord battue avec
son enfant pour qu'il vive. Ensuite elle s'est battue avec
elle-même pour accepter l'inacceptable : le handicap.
Et puis, elle se bat chaque jour contre ces regards.
Vous la voyez aujourd'hui à l'école de votre
enfant, mais combien de refus a-t-elle dû essuyer
avant qu'une école, qu'une institutrice accepte dans
sa classe un enfant « pas comme les autres ».
C'est pourtant dans une école maternelle qu'un enfant
présentant une déficience motrice ou intellectuelle
a le plus de chance d'être intégré.
L'enfant peut alors aller à la rencontre des autres,
avoir une vie sociale tout en développant ses capacités
intellectuelles.
Elle a pourtant dû faire le parcours du combattant.
Alors...regardez-la non avec pitié mais amicalement.
Souriez-lui, parlez-lui simplement. Ecoutez-la. Liez-vous
d'amitié. Invitez son enfant chez vous pour qu'il
joue avec le vôtre. Aidez-la à porter son fardeau.
Vous deviendrez plus riche de cette expérience. Vous
découvrirez dans cette famille une force. Vous découvrirez
dans cet enfant une richesse et des possibilités
peu communes.
Alors que les différences font peur et que nous
sommes le plus souvent attirés vers ce qui est soi-disant
« normal » et par ce qui nous ressemble, pensons
à ces paroles de Christ que nous trouvons dans Matthieu
19 : 19 : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même
».
Sommes-nous capables d'éliminer les barrières
que nous dressons, d'étendre notre amour au delà
des apparences et d'aller vers ceux qui sont différents
de nous comme le faisait Jésus-Christ ? C'est à
nous de le prouver chaque jour, par nos actions si petites
soient-elles, par des gestes simples mais toujours réconfortants,
comme envers cette mère qui a tant besoin d'un sourire.