La toute dernière révolution dans le domaine
de la communication va-t-elle créer une Eglise plus
unie ou au contraire une Tour de Babel électronique
?
Quel usage un chrétien peut-il faire du réseau
Internet ? Même dans l'univers à deux dimensions
de la presse, personne ne peut échapper à
l'engouement omniprésent, visible sur les pages de
chaque numéro des grands quotidiens et hebdomadaires
d'information. Aux yeux des prédicateurs les plus
sulfureux, Internet est un instrument de Satan - support
de toutes sortes de saletés et de choses dégradantes.
(Ce qui n'en est pas moins vrai, car d'après une
récente étude, on trouverait sur le réseau
autant de sujets sexuels qu'il existe de religions). Pour
une poignée de férus en prophétie,
Internet ne constitue ni plus ni moins que la bête
de l'Apocalypse, qui prendrait tranquillement contrôle
de chaque aspect de notre vie. (Ceci est peu probable, vu
la nature démocratique, voire anarchique du réseau).
Mais pour des milliers de chrétiens connectés
au réseau, Internet est devenu un endroit où
l'on peut croître dans la grâce et la connaissance
de Jésus-Christ, prier les uns pour les autres et
fraterniser avec des croyants du monde entier.
Une Eglise Universelle
Aujourd'hui, Internet, vaste réseau informatique
à l'échelle planétaire, comprend plus
de trente millions d'utilisateurs. D'ici à l'an 2000,
ce nombre, prédisent certains, passera à 250
millions.
Le réseau Internet permet de communiquer instantanément
dans le monde entier par l'intermédiaire d'un courrier
électronique, de tableaux d'affichage et d'une banque
de données appelés « World Wide Web
», la toile d'araignée à l'échelle
mondiale. Cet instrument technologique crée une occasion
sans précédent pour l'Eglise, mentionne Mark
Kellner, auteur de « Dieu sur Internet ».
Mark Kellner pense qu'Internet est un moyen de communication
qui peut rapprocher les chrétiens, à la fois
au sein d'une même confession et à l'intérieur
de l'ensemble de la communauté chrétienne.
Il rappelle son expérience personnelle, quand il
a placé sur des tableaux d'affichage électroniques
des demandes de prière : « Quand les médecins
diagnostiquèrent chez ma mère un cancer du
colon, en Mai, j'ai reçu du courrier du Japon, de
Singapour, de Nouvelle-Zélande - du monde entier.
C'est quelque chose qui vous encourage et vous rend plus
humble ».
Les chrétiens ont toujours prié les uns pour
les autres, et ceux qui sont connectés au réseau
ne font que ce qu'ils ont toujours fait jusqu'à présent.
Mais ils le font d'une toute autre façon.
Prenez le cas de l'étude biblique par exemple, le
réseau d'information évangélique fournit
une Bible, celle-ci étant disponible dans toutes
les principales traductions. Si vous vous intéressez
à l'histoire de l'Eglise, vous pouvez vous copier
un exemplaire d'Eusèbe (ou de tout autre Père
de l'Eglise primitive) à partir de la bibliothèque
éthérée des classiques chrétiens.
Au lieu de simplement lire un commentaire biblique, Internet
vous permettra l'interaction directe avec son auteur, dans
le cadre d'un groupe de discussion.
Ou encore considérez l'évangélisation.
« Internet vous permet d'aller à des endroits
où vous et moi ne pourrions nous rendre, »
mentionne Mark Kellner.
« Le réseau Internet est présent à
Cuba, en République populaire de Chine, ainsi que
dans la plupart des pays arabes. »
Alors que beaucoup de cultures n'apprécient pas
les missionnaires chrétiens, toute personne dans
le monde, muni d'un ordinateur et d'un modem (ou d'un satellite
du diamètre d'une pizza), peut librement avoir accès
à l'Evangile.
La masse d'information disponible sur le réseau
dépasse de loin celle des magazines et journaux qui
s'y trouvent également. Comme un citoyen du réseau
le dit si bien « c'est une chose que de lire ce qui
se passe en Bosnie, s'en est une autre que de pouvoir parler
à une personne qui y vit au quotidien ».
Comme Internet rapproche les gens, il fait aussi tomber
certaines barrières - raciales et confessionnelles
- qui les séparent. Très rarement visiterions-nous
une Eglise à l'autre bout de notre ville, alors que
sur le réseau nous pouvons rendre visite à
une demi-douzaine de confessions différentes au cours
de la même consultation.
Encore mieux, Internet vous offre une communauté
sans distinction de rang ou de classe. Connecté sur
le réseau, impossible de savoir si vous vous adressez
à un cadre ou à un ouvrier du bâtiment
- à moins que l'utilisateur ne vous l'indique. Impossible
de dire si c'est une personne de couleur ou de race blanche,
si c'est une femme ou un homme. L'Eglise sur le réseau
permet à la communauté de croyants de s'épanouir
et de fraterniser.
Un côté plus négatif ?
Qu'en est-il du côté négatif du réseau
? Internet est un outil qui propose une forme de démocratie
pure et donne une voix égale à chaque utilisateur
- l'équivalent électronique de la colline
de Mars ou du Cercle des Orateurs de Londres. Mais cela
ne signifie pas que tout un chacun ait quelque chose de
qualité égale à dire ou à partager.
Mark Kellner compare la révolution créée
par Internet à celle de l'imprimerie qui parfois
s'est avérée n'être pas tout à
fait une bénédiction pour l'Eglise. L'invention
de Gütenberg a rendu possible l'expansion de la Parole
de Dieu, mais a aussi permis la prolifération d'idées
athées et de la pornographie.
« Les chrétiens doivent évidemment
se méfier du monde et des tentations qui s'y trouvent
- certaines d'entre elles étant manifestes sur Internet,
» mentionne Mark Kellner. « Et il est tout à
fait possible à deux sites différents d'être
tous deux valables et intéressants, alors qu'un d'entre
eux prêchera une fausse doctrine ».
Le réseau peut rapprocher les chrétiens ou
à contrario fragmenter l'Eglise, en fonction de l'usage
qu'on en fait.
En résumé, Internet sera le reflet du type
de personnes qui l'utilisent. Pour l'Eglise, il représente
un grand défi et une opportunité inestimable.
« Les mots deviennent des choses, » dit Mark
Kellner. « Et en partageant nos idées et ce
que nous entreprenons sur le réseau Internet, nous
avons la possibilité de créer des choses grandes
et merveilleuses pour le royaume de Dieu . »