Dieu est-Il religieux ?
John Halford
 

Le hall des arrivées de la plupart des aéroports internationaux est l'endroit idéal pour observer les gens qui passent. Tout spécialement entre 6 et 8 heures du matin, quand arrivent les vols internationaux long-courriers.

J'attendais des amis qui venaient de Boston. Tout à côté de moi, une famille musulmane essayait de repérer des gens de leur connaissance en provenance de la région du Golfe Persique. L'homme avait sur la tête une petite calotte joliment brodée. Son épouse, elle, était vêtue de noir de la tête aux pieds, ne laissant entrevoir que ses yeux à travers le voile.

Acôté d'eux, se trouvaient des juifs orthodoxes habillés de costumes sombres, portant la barbe et de longues boucles qui tombaient de leurs tempes. Ils formaient un contraste frappant avec un sikh enturbanné dont l'épouse portait un sari coloré et lumineux... et un point rouge dessiné sur le front.

Derrière nous, dans leur robes orangées, il y avait des bouddhistes au crâne rasé ainsi que trois prêtres avec leurs « cols blancs ».

Nous formions donc un groupe oecuménique, tandis que nous attendions que nos amis passent la douane.

En se préparant pour venir à l'aéroport, chacun de mes compagnons avait dû certainement se conformer très scrupuleusement aux règles dictées par sa religion sur la façon de paraître en public, même à une heure très matinale. Quelle que soit l'apparence étrange ou inhabituelle qu'ils pouvaient avoir, il était important pour eux d'être conformes à leurs croyances religieuses.

Et alors ?

Ma façon à moi d'exprimer ma foi ne nécessite pas que je porte quoi que ce soit de distinctif. Mais il y a des choses que je fais - et d'autres que je ne fais pas - à cause de mes croyances religieuses, qui me mettent également à part.

Elles sont aussi importantes pour moi que les vêtements et les signes distinctifs le sont pour les autres. Mais sont-elles importantes pour Dieu ? Toutes ces choses à propos desquelles les gens religieux font toute une histoire et qui gouvernent leur garde-robes, leurs cuisines, leurs salles de bains et chaque petit recoin de leur vie, cela fait-il vraiment une différence pour Dieu ? Y prête-t-Il seulement attention ?

Même au sein du christianisme, il y a un large désaccord quant à la bonne façon d'être religieux. Nous discutons à propos des Sabbats, des sacrements, des réunions de culte, et de bien d'autres choses encore.

La foi religieuse est supposée conduire à la paix. Ne trouvez-vous pas ironique que les gens religieux soient parmi les personnes les plus intolérantes, déraisonnables et capables même de tuer, dans leur zèle pour imposer aux autres ce qu'ils croient être agréable à Dieu.

Une vue intérieure

Mais comment pouvons-nous être sûrs de connaître ce que Dieu aime ? Connaissons-nous suffisamment ce qu'Il aime et ce qu'Il n'aime pas pour pouvoir dire : « Voilà ce qu'Il aurait fait » ?

En fait, les chrétiens le peuvent, ou du moins le devraient-ils. Nous croyons que Jésus-Christ était Dieu dans la chair. En d'autres termes, Il nous donna la meilleure « image » de Dieu et peut-être même de ce qu'Il aime. Il a dit qu'Il a toujours fait ce qui plaisait à Son Père, et que par Lui, nous pourrions aussi connaître Dieu.

Donc logiquement, si nous regardons l'exemple de Jésus, nous pourrons commencer alors à comprendre les normes et les préférences de Dieu en ce qui concerne la religion.

La religion au sein de laquelle Jésus se présenta fut le judaïsme. Les chefs juifs s'opposèrent à Lui, et complotèrent finalement Sa mise à mort.

C'est étrange, mais on pourrait penser que s'il y avait une religion qui pouvait s'approcher de la perfection, c'était bien celle à laquelle appartenaient ces gens. Leurs pratiques religieuses dérivaient en fait de la religion que Dieu Lui-même avait révélée, par l'intermédiaire de Moïse, à Son peuple élu. Je dis « dérivaient», parce que cette religion, au temps de Jésus, était devenue beaucoup plus stricte que ne l'exigeait l'Ancien Testament. Le peuple élu n'avait pas respecté les termes de son accord avec Dieu et en avait souffert les conséquences - invasion, captivité et exil. Les chefs religieux du temps de Jésus ne voulurent pas refaire la même erreur. Ils devinrent obsédés par l'obéissance à chaque détail de conduite personnelle, des codes alimentaires, hygiéniques, et vestimentaires. Ils étaient déterminés à ne rien laisser au hasard et ils allèrent bien au-delà de ce qui leur était demandé.

Alors pourquoi Jésus ne pouvait-Il pas s'entendre avec eux et eux avec Lui ?

Il les appela « hypocrites », et ils L'appelèrent « hérétique ». Ils L'accusèrent de violer la loi de Dieu ; Il leur répondit qu'ils ne pouvaient pas comprendre cette loi. Ils dirent qu'Il était un blasphémateur ; Il leur répondit que toutes leurs tentatives pour obéir aux « règles divines », n'étaient qu'un travestissement basé sur la propre justice.

Jésus fit tout pour se distancier de l'approche religieuse des pharisiens et des sadducéens. Au cours de la dernière semaine de Sa vie sur terre, Il avertit les gens de ne pas les imiter, et leur rappela qu'au lieu de s'attirer les faveurs de Dieu, ils étaient en danger de s'attirer à nouveau la condamnation sur eux-mêmes et sur tout le peuple.

Que se passait-il ? Dieu n'aimait-Il donc pas Sa propre religion ? Peut-être en était-Il un peu fatigué ? Si ces gens scrupuleusement corrects ne pouvaient pas y arriver, quel espoir peut-il donc y avoir pour une personne ordinaire ?

Eliminer le moucheron

Ce que Jésus voulait que les pharisiens comprennent, c'était que leurs actions n'étaient pas tant fausses qu'inadéquates. Ils s'enfermaient eux-mêmes dans des détails, tout en manquant l'essentiel. Jésus formula cela ainsi : « Eliminer le moucheron et avaler le chameau ».

Par exemple, la loi leur enseignait à être généreux par la dîme (donner un dixième) de leur production donnée à Dieu. Les pharisiens usèrent de ce principe à l'extrême, en prélevant la dîme sur les plus petites plantes de jardin. Jésus fut-Il impressionné par une telle pratique extrémiste ?

« Malheur à vous scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous payez la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, et que vous laissez ce qui est plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité : c'est là ce qu'il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses ».

Leur paiement de la dîme n'était pas une mauvaise chose en soi. Mais ce genre de minutie légaliste ne produit pas nécessairement un coeur généreux plein de miséricorde, d'amour et de justice.

Ces chefs religieux étaient tout, sauf miséricordieux. Dans leur persistance à pratiquer la religion très scrupuleusement, ils firent de la loi une sorte de course d'obstacles pour le juif moyen. «Ils lient des fardeaux pesants et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigt », dit Jésus.

Ce n'est pas ce que Dieu désire dans la religion.

Jésus savait qu'en réalité, les pharisiens ne faisaient pas grand cas de ce que pensait Dieu.

« Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes » explique-t-Il. « ils portent de larges phylactères, et ils ont de longues franges à leurs vêtements » Qu'y avait-il de mal dans tout cela ? Les phylactères étaient des petites boîtes contenant des rouleaux de parchemin sur lesquels étaient écrites les paroles de la loi. Les gens strictement religieux fixaient ces phylactères sur leurs bras et leur front - selon une interprétation littérale de Deutéronome 6:8. Ces signes étaient également portés en obéissance à une loi de l'Ancien Testament, destinée à rappeler au peuple élu son identité spéciale, alors que les gens s'adonnaient à leurs tâches quotidiennes.

Comme on pouvait s'y attendre, les pharisiens poussèrent cette loi à l'extrême, en rendant ces phylactères plus larges et plus longs que nécessaire. Ce qui aurait dû être un rappel personnel et discret, devint un objet de démonstration destiné à afficher et à étaler à la vue des autres sa propre piété. Encore une fois, ils avaient manqué l'essentiel.

Peine perdue

Et pourtant, ils ne se seraient pas attiré le mépris de Jésus, s'ils avaient vécu conformément à l'image qu'ils donnaient d'eux-mêmes. « Ils ne pratiquent pas ce qu'ils prêchent » dit-Il. Jésus n'a pas de temps à perdre à s'attaquer aux détails. Il alla tout droit à la racine du problème. Tous ces efforts externes pour plaire à Dieu étaient une perte de temps.

« C'est en vain qu'ils m'honorent, en enseignant des préceptes qui sont des commandements d'hommes ». (Matthieu 15:9)

Dieu pourrait-Il dire cela au sujet de vos pratiques religieuses ? ou des miennes ?

Que faites-vous pour plaire à Dieu ? John Stott, un leader chrétien résolument non-pharisien, répond à cette question d'une façon pertinente : « Le Dieu que la plupart d'entre nous adorent est radicalement trop religieux. Nous semblons nous imaginer qu'Il s'intéresse seulement aux livres religieux, aux édifices religieux et aux services religieux. Mais non, Il s'intéresse à nous, à notre foyer, à notre famille, à nos amis, à notre travail, à nos loisirs, ainsi qu'à notre vie communautaire de citoyen. (The Contemporary Christian, page 139).

Dieu n'est pas religieux. Dieu est amour. Et Il est saint. La Bible nous encourage nous aussi à devenir saints et à être remplis d'amour.

Nous nous y employons en portant des choses « saintes », en lisant des livres « saints », en visitant des lieux « saints », en chantant des chansons « saintes ». De temps en temps nous avons même des guerres « saintes », et généralement, ce sont les plus implacables et les plus cruelles de toutes.

Toutes ces choses peuvent nous rendre plus religieux, mais pas nécessairement plus saints ou plus aimants. S'ils avaient pu, les pharisiens auraient été plus saints que nous tous.

Dieu exprime très clairement ce qu'Il pense de l'hypocrisie religieuse.

« Je hais, je méprise vos fêtes, je ne puis sentir vos assemblées», tonne Dieu au peuple d'Israël par le prophète Amos. « Eloigne de moi le bruit de tes cantiques ; je n'écoute pas le son de tes luths ».

Ces paroles sont dures. Mais Amos ne montre pas seulement ce que Dieu n'aime pas, mais aussi ce qu'Il attend des gens religieux. « Mais que la droiture soit comme un courant d'eau, et la justice comme un torrent qui jamais ne tarit ».

Nous y voilà à nouveau - La justice et la droiture. Le cri du prophète Amos, surgi du passé, devrait aussi nous interpeller ! Qu'importe le lieu ou le jour où vous vous rendez à l'église, qu'importe ce que vous mangez ou ne mangez pas, comment vous chantez, dansez ou ce que vous lisez, qu'importe tout cela si en même temps, vous êtes aussi méchant, injuste et dépourvu de miséricorde ?

L'épître de Jacques confirme cela : « Si quelqu'un croit être religieux, sans tenir sa langue en bride, mais en trompant son coeur, la religion de cet homme est vaine. La religion pure et sans tache devant Dieu notre Père, consiste à... »

Consiste à quoi ? Arrêtons-nous ici un instant. Surtout si nous sommes des personnes qui prenons notre religion au sérieux, et désirons sincèrement que notre façon de vivre soit remarquée et approuvée de Dieu.

Ce passage est un des quelques endroits où le Nouveau Testament devient spécifique en matière de religion.

Votre apparence, ce que vous mangez, ou la façon dont vous rendez un culte à Dieu peut être très importante pour vous. Je pourrais peut-être penser que vous êtes étrange, ou même dans l'erreur, et vous pourriez aussi penser la même chose à mon sujet. Mais ces différences, voyons-les en perspective.

Si nous essayons sincèrement de servir Dieu, nous nous trouverons certainement un jour en Sa présence ensemble. Si à ce moment Dieu nous montre Ses préférences, nous nous y conformerons immédiatement sans discuter, n'est-ce pas ?

En attendant, nous devrions peut-être nous concentrer sur ce que Dieu nous dit de façon claire sur ce qu'Il attend de nos pratiques religieuses et de nos traditions, ce qu'elles doivent produire.

Laissons maintenant l'apôtre Jacques terminer sa phrase : « La religion pure et sans tache devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde. »

Les hypocrites chefs religieux du temps de Jésus, polluaient leur monde.

Dans quelle mesure leur ressemblons-nous ?

Références bibliques : Jean 14:6-12 ; Deutéronome 14:22 ; Matthieu 23 ; Deutéronome 6:8 ; Marc 7:7 ; Amos 5:21,23 ; Jacques 1:26-27.

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