Le hall des arrivées de la plupart des aéroports
internationaux est l'endroit idéal pour observer
les gens qui passent. Tout spécialement entre 6 et
8 heures du matin, quand arrivent les vols internationaux
long-courriers.
J'attendais des amis qui venaient de Boston. Tout à
côté de moi, une famille musulmane essayait
de repérer des gens de leur connaissance en provenance
de la région du Golfe Persique. L'homme avait sur
la tête une petite calotte joliment brodée.
Son épouse, elle, était vêtue de noir
de la tête aux pieds, ne laissant entrevoir que ses
yeux à travers le voile.
Acôté d'eux, se trouvaient des juifs orthodoxes
habillés de costumes sombres, portant la barbe et
de longues boucles qui tombaient de leurs tempes. Ils formaient
un contraste frappant avec un sikh enturbanné dont
l'épouse portait un sari coloré et lumineux...
et un point rouge dessiné sur le front.
Derrière nous, dans leur robes orangées,
il y avait des bouddhistes au crâne rasé ainsi
que trois prêtres avec leurs « cols blancs ».
Nous formions donc un groupe oecuménique, tandis
que nous attendions que nos amis passent la douane.
En se préparant pour venir à l'aéroport,
chacun de mes compagnons avait dû certainement se
conformer très scrupuleusement aux règles
dictées par sa religion sur la façon de paraître
en public, même à une heure très matinale.
Quelle que soit l'apparence étrange ou inhabituelle
qu'ils pouvaient avoir, il était important pour eux
d'être conformes à leurs croyances religieuses.
Et alors ?
Ma façon à moi d'exprimer ma foi ne nécessite
pas que je porte quoi que ce soit de distinctif. Mais il
y a des choses que je fais - et d'autres que je ne fais
pas - à cause de mes croyances religieuses, qui me
mettent également à part.
Elles sont aussi importantes pour moi que les vêtements
et les signes distinctifs le sont pour les autres. Mais
sont-elles importantes pour Dieu ? Toutes ces choses à
propos desquelles les gens religieux font toute une histoire
et qui gouvernent leur garde-robes, leurs cuisines, leurs
salles de bains et chaque petit recoin de leur vie, cela
fait-il vraiment une différence pour Dieu ? Y prête-t-Il
seulement attention ?
Même au sein du christianisme, il y a un large désaccord
quant à la bonne façon d'être religieux.
Nous discutons à propos des Sabbats, des sacrements,
des réunions de culte, et de bien d'autres choses
encore.
La foi religieuse est supposée conduire à
la paix. Ne trouvez-vous pas ironique que les gens religieux
soient parmi les personnes les plus intolérantes,
déraisonnables et capables même de tuer, dans
leur zèle pour imposer aux autres ce qu'ils croient
être agréable à Dieu.
Une vue intérieure
Mais comment pouvons-nous être sûrs de connaître
ce que Dieu aime ? Connaissons-nous suffisamment ce qu'Il
aime et ce qu'Il n'aime pas pour pouvoir dire : «
Voilà ce qu'Il aurait fait » ?
En fait, les chrétiens le peuvent, ou du moins le
devraient-ils. Nous croyons que Jésus-Christ était
Dieu dans la chair. En d'autres termes, Il nous donna la
meilleure « image » de Dieu et peut-être
même de ce qu'Il aime. Il a dit qu'Il a toujours fait
ce qui plaisait à Son Père, et que par Lui,
nous pourrions aussi connaître Dieu.
Donc logiquement, si nous regardons l'exemple de Jésus,
nous pourrons commencer alors à comprendre les normes
et les préférences de Dieu en ce qui concerne
la religion.
La religion au sein de laquelle Jésus se présenta
fut le judaïsme. Les chefs juifs s'opposèrent
à Lui, et complotèrent finalement Sa mise
à mort.
C'est étrange, mais on pourrait penser que s'il
y avait une religion qui pouvait s'approcher de la perfection,
c'était bien celle à laquelle appartenaient
ces gens. Leurs pratiques religieuses dérivaient
en fait de la religion que Dieu Lui-même avait révélée,
par l'intermédiaire de Moïse, à Son peuple
élu. Je dis « dérivaient», parce
que cette religion, au temps de Jésus, était
devenue beaucoup plus stricte que ne l'exigeait l'Ancien
Testament. Le peuple élu n'avait pas respecté
les termes de son accord avec Dieu et en avait souffert
les conséquences - invasion, captivité et
exil. Les chefs religieux du temps de Jésus ne voulurent
pas refaire la même erreur. Ils devinrent obsédés
par l'obéissance à chaque détail de
conduite personnelle, des codes alimentaires, hygiéniques,
et vestimentaires. Ils étaient déterminés
à ne rien laisser au hasard et ils allèrent
bien au-delà de ce qui leur était demandé.
Alors pourquoi Jésus ne pouvait-Il pas s'entendre
avec eux et eux avec Lui ?
Il les appela « hypocrites », et ils L'appelèrent
« hérétique ». Ils L'accusèrent
de violer la loi de Dieu ; Il leur répondit qu'ils
ne pouvaient pas comprendre cette loi. Ils dirent qu'Il
était un blasphémateur ; Il leur répondit
que toutes leurs tentatives pour obéir aux «
règles divines », n'étaient qu'un travestissement
basé sur la propre justice.
Jésus fit tout pour se distancier de l'approche
religieuse des pharisiens et des sadducéens. Au cours
de la dernière semaine de Sa vie sur terre, Il avertit
les gens de ne pas les imiter, et leur rappela qu'au lieu
de s'attirer les faveurs de Dieu, ils étaient en
danger de s'attirer à nouveau la condamnation sur
eux-mêmes et sur tout le peuple.
Que se passait-il ? Dieu n'aimait-Il donc pas Sa propre
religion ? Peut-être en était-Il un peu fatigué
? Si ces gens scrupuleusement corrects ne pouvaient pas
y arriver, quel espoir peut-il donc y avoir pour une personne
ordinaire ?
Eliminer le moucheron
Ce que Jésus voulait que les pharisiens comprennent,
c'était que leurs actions n'étaient pas tant
fausses qu'inadéquates. Ils s'enfermaient eux-mêmes
dans des détails, tout en manquant l'essentiel. Jésus
formula cela ainsi : « Eliminer le moucheron et avaler
le chameau ».
Par exemple, la loi leur enseignait à être
généreux par la dîme (donner un dixième)
de leur production donnée à Dieu. Les pharisiens
usèrent de ce principe à l'extrême,
en prélevant la dîme sur les plus petites plantes
de jardin. Jésus fut-Il impressionné par une
telle pratique extrémiste ?
« Malheur à vous scribes et pharisiens hypocrites
! parce que vous payez la dîme de la menthe, de l'aneth
et du cumin, et que vous laissez ce qui est plus important
dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité
: c'est là ce qu'il fallait pratiquer, sans négliger
les autres choses ».
Leur paiement de la dîme n'était pas une mauvaise
chose en soi. Mais ce genre de minutie légaliste
ne produit pas nécessairement un coeur généreux
plein de miséricorde, d'amour et de justice.
Ces chefs religieux étaient tout, sauf miséricordieux.
Dans leur persistance à pratiquer la religion très
scrupuleusement, ils firent de la loi une sorte de course
d'obstacles pour le juif moyen. «Ils lient des fardeaux
pesants et les mettent sur les épaules des hommes,
mais ils ne veulent pas les remuer du doigt », dit
Jésus.
Ce n'est pas ce que Dieu désire dans la religion.
Jésus savait qu'en réalité, les pharisiens
ne faisaient pas grand cas de ce que pensait Dieu.
« Ils font toutes leurs actions pour être vus
des hommes » explique-t-Il. « ils portent de
larges phylactères, et ils ont de longues franges
à leurs vêtements » Qu'y avait-il de
mal dans tout cela ? Les phylactères étaient
des petites boîtes contenant des rouleaux de parchemin
sur lesquels étaient écrites les paroles de
la loi. Les gens strictement religieux fixaient ces phylactères
sur leurs bras et leur front - selon une interprétation
littérale de Deutéronome 6:8. Ces signes étaient
également portés en obéissance à
une loi de l'Ancien Testament, destinée à
rappeler au peuple élu son identité spéciale,
alors que les gens s'adonnaient à leurs tâches
quotidiennes.
Comme on pouvait s'y attendre, les pharisiens poussèrent
cette loi à l'extrême, en rendant ces phylactères
plus larges et plus longs que nécessaire. Ce qui
aurait dû être un rappel personnel et discret,
devint un objet de démonstration destiné à
afficher et à étaler à la vue des autres
sa propre piété. Encore une fois, ils avaient
manqué l'essentiel.
Peine perdue
Et pourtant, ils ne se seraient pas attiré le mépris
de Jésus, s'ils avaient vécu conformément
à l'image qu'ils donnaient d'eux-mêmes. «
Ils ne pratiquent pas ce qu'ils prêchent » dit-Il.
Jésus n'a pas de temps à perdre à s'attaquer
aux détails. Il alla tout droit à la racine
du problème. Tous ces efforts externes pour plaire
à Dieu étaient une perte de temps.
« C'est en vain qu'ils m'honorent, en enseignant
des préceptes qui sont des commandements d'hommes
». (Matthieu 15:9)
Dieu pourrait-Il dire cela au sujet de vos pratiques religieuses
? ou des miennes ?
Que faites-vous pour plaire à Dieu ? John Stott,
un leader chrétien résolument non-pharisien,
répond à cette question d'une façon
pertinente : « Le Dieu que la plupart d'entre nous
adorent est radicalement trop religieux. Nous semblons nous
imaginer qu'Il s'intéresse seulement aux livres religieux,
aux édifices religieux et aux services religieux.
Mais non, Il s'intéresse à nous, à
notre foyer, à notre famille, à nos amis,
à notre travail, à nos loisirs, ainsi qu'à
notre vie communautaire de citoyen. (The Contemporary Christian,
page 139).
Dieu n'est pas religieux. Dieu est amour. Et Il est saint.
La Bible nous encourage nous aussi à devenir saints
et à être remplis d'amour.
Nous nous y employons en portant des choses « saintes
», en lisant des livres « saints », en
visitant des lieux « saints », en chantant des
chansons « saintes ». De temps en temps nous
avons même des guerres « saintes », et
généralement, ce sont les plus implacables
et les plus cruelles de toutes.
Toutes ces choses peuvent nous rendre plus religieux, mais
pas nécessairement plus saints ou plus aimants. S'ils
avaient pu, les pharisiens auraient été plus
saints que nous tous.
Dieu exprime très clairement ce qu'Il pense de l'hypocrisie
religieuse.
« Je hais, je méprise vos fêtes, je
ne puis sentir vos assemblées», tonne Dieu
au peuple d'Israël par le prophète Amos. «
Eloigne de moi le bruit de tes cantiques ; je n'écoute
pas le son de tes luths ».
Ces paroles sont dures. Mais Amos ne montre pas seulement
ce que Dieu n'aime pas, mais aussi ce qu'Il attend des gens
religieux. « Mais que la droiture soit comme un courant
d'eau, et la justice comme un torrent qui jamais ne tarit
».
Nous y voilà à nouveau - La justice et la
droiture. Le cri du prophète Amos, surgi du passé,
devrait aussi nous interpeller ! Qu'importe le lieu ou le
jour où vous vous rendez à l'église,
qu'importe ce que vous mangez ou ne mangez pas, comment
vous chantez, dansez ou ce que vous lisez, qu'importe tout
cela si en même temps, vous êtes aussi méchant,
injuste et dépourvu de miséricorde ?
L'épître de Jacques confirme cela : «
Si quelqu'un croit être religieux, sans tenir sa langue
en bride, mais en trompant son coeur, la religion de cet
homme est vaine. La religion pure et sans tache devant Dieu
notre Père, consiste à... »
Consiste à quoi ? Arrêtons-nous ici un instant.
Surtout si nous sommes des personnes qui prenons notre religion
au sérieux, et désirons sincèrement
que notre façon de vivre soit remarquée et
approuvée de Dieu.
Ce passage est un des quelques endroits où le Nouveau
Testament devient spécifique en matière de
religion.
Votre apparence, ce que vous mangez, ou la façon
dont vous rendez un culte à Dieu peut être
très importante pour vous. Je pourrais peut-être
penser que vous êtes étrange, ou même
dans l'erreur, et vous pourriez aussi penser la même
chose à mon sujet. Mais ces différences, voyons-les
en perspective.
Si nous essayons sincèrement de servir Dieu, nous
nous trouverons certainement un jour en Sa présence
ensemble. Si à ce moment Dieu nous montre Ses préférences,
nous nous y conformerons immédiatement sans discuter,
n'est-ce pas ?
En attendant, nous devrions peut-être nous concentrer
sur ce que Dieu nous dit de façon claire sur ce qu'Il
attend de nos pratiques religieuses et de nos traditions,
ce qu'elles doivent produire.
Laissons maintenant l'apôtre Jacques terminer sa
phrase : « La religion pure et sans tache devant Dieu
notre Père, consiste à visiter les orphelins
et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver
des souillures du monde. »
Les hypocrites chefs religieux du temps de Jésus,
polluaient leur monde.
Dans quelle mesure leur ressemblons-nous ?
Références bibliques : Jean 14:6-12 ;
Deutéronome 14:22 ; Matthieu 23 ; Deutéronome
6:8 ; Marc 7:7 ; Amos 5:21,23 ; Jacques 1:26-27.