« Que ton règne ... attende » ???
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« Que ton règne vienne », c'est l'une des premières demandes que nous formulons lorsque nous apprenons à prier. Qu'est-ce que cela veut dire au juste ? Quand ce règne arrivera-t-il ? Cela fait presque 2000 ans que les chrétiens se posent ces questions.

Lorsque Christ vint sur terre, nombreux étaient ceux qui L'attendaient. Peut-être pas Lui exactement, mais quelqu'un comme Lui. Il vint vers le reste du peuple d'Israel. Leur pays étant conquis et occupé par Rome, les Israélites attendaient un Libérateur - un Messie - qui leur viendrait de Dieu.

Pendant trois ans environ, Jésus-Christ oeuvra parmi eux, en faisant du bien, en enseignant, en guérissant les malades, sans jamais manquer de parler de Son royaume. Il n'était donc pas surprenant qu'un grand nombre d'entre eux aient cru qu'Il était le Messie promis. Ils l'écoutaient attentivement, attendant le moment où Il serait à leur tête pour renverser le pouvoir de Rome, et rétablir ainsi le bonheur du peuple choisi.

Certains ne pouvaient résister à l'idée d'acquérir du prestige et de détenir un pouvoir personnel. Ainsi la mère de deux de ses disciples un jour demanda tout de go à Jésus s'Il ne voulait pas donner à ses fils des positions importantes lorsqu'Il prendrait le pouvoir.

« Vous ne savez pas ce que vous demandez », lui répondit-Il (Matt. 20:21-22). Lorsque les autres disciples se mirent en colère à propos d'une connivence aussi flagrante, Jésus leur rappela ceci: «Quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur ; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu'il soit votre esclave. C'est ainsi que le Fils de l'homme est venu, non pas pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de beaucoup » (v26-28).

Venant d'un libérateur potentiel, ces paroles étaient plutôt étranges, mais cela n'empêcha pas Jésus de capter l'imagination de la foule. Lorsqu'Il entra dans Jérusalem pour la dernière fois, Il fut accueilli comme un héros. Les Romains Le surveillaient prudemment, et les dirigeants religieux gardaient aussi un oeil sur Lui, en Le jalousant de plus en plus. Mais Jésus ne fit rien pour soulever le peuple contre les forces d'occupation.

Ce fut au contraire le peuple qui se souleva contre Lui. Ses ennemis l'accusèrent auprès de leurs maîtres romains de fomenter une révolte. Lors de Son procès devant le gouverneur romain Ponce Pilate, Jésus ne nia pas qu'Il était un roi. « Mais maintenant mon royaume n'est point d'ici-bas », expliqua-t-Il (Jean 18:36).

Pilate se rendit compte que Jésus-Christ ne représentait pas une menace immédiate pour le pouvoir de Rome. Malgré cela, il permit qu'Il soit crucifié comme un vulgaire criminel.

Jésus semblait avoir totalement échoué dans Sa mission consistant à libérer Son peuple. Bon nombre de Ses partisans L'oublièrent ainsi que Son « royaume ». Même Ses amis les plus proches et Ses disciples étaient démoralisés.

Ensuite Il ressuscita. Il resta sur terre pendant six semaines environ - un homme littéralement sorti du tombeau. C'était sûrement maintenant qu'Il allait passer à l'action. « Seigneur, est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume d'Israel ? », lui demandèrent-ils (Actes1:6). Mais non. Il les quitta encore une fois. Mais alors qu'ils Le regardaient s'éléver dans les airs pour monter au ciel, des anges les rassurèrent en leur disant qu'Il allait revenir.

Ah, c'était donc ça. Il montait au ciel pour chercher du renfort.

Ils s'étaient trompés une fois de plus. Des jours, des semaines, des mois et des années passèrent, et Jésus ne revint pas. Même là, les membres de l'Eglise primitive croyaient que Jésus allait revenir de leur vivant. Quelques-uns d'entre eux firent l'erreur que beaucoup de personnes sincères ont faite depuis : Ils abandonnèrent leurs responsabilités journalières pour se préparer à la venue du royaume qui ne tarderait sûrement plus. Mais la Palestine resta occupée, Rome exerçant le pouvoir plus que jamais.

L'attendre?

Alors que les siècles passaient et que Christ ne revenait toujours pas, certains des premiers théologiens chrétiens, tel Augustin, commencèrent à adopter une nouvelle approche à propos du royaume. Peut-être ne fallait-il pas prendre à la lettre les paroles de Jésus. Peut-être qu'au lieu de renverser les trônes et les puissances de ce monde, Jésus voulait dire que le royaume de Dieu les remplacerait petit à petit par le travail de Son Eglise.

C'était un point de vue raisonnable, qui répondait à certaines questions. Il donnait aussi aux chrétiens une motivation pour passer à l'action plutôt que d'attendre simplement le retour de Jésus. « Que ton règne vienne » était devenu un cri de guerre. Les chrétiens formeraient l'armée de Dieu, appelée à combattre les royaumes pécheurs de ce monde, et Dieu triompherait finalement.

Mais le monde ne céda pas facilement au paisible royaume de Dieu. Il demeurait un monde violent, cruel, qui s'obstinait dans son impénitence. La majorité des êtres humains continuaient de vivre et de mourir sans même entendre le nom de leur Sauveur. Les armées chrétiennes partaient souvent en guerre (même les unes contre les autres !), et les soldats de la croix se montrèrent aussi impitoyables et cruels que leurs ennemis ignorants. Ce n'était sûrement pas ce qu'entendait Jésus-Christ lorsqu'Il parlait de la venue de Son royaume. Mais alors, qu'entendait-IL ?

Parfois Jésus parlait de Son royaume au futur. Mais en même temps Il indiquait clairement qu'Il l'avait amené avec Lui. En tant que roi de ce royaume, Il avait «envahi» les royaumes pécheurs de ce monde en apportant la paix et le salut. « Mais, si c'est par l'Esprit de Dieu que je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc venu vers vous » (Matthieu 12:28).

Dans la synagogue de Nazareth, Il lut à haute voix une prophétie concernant le Messie, et déclara solennellement à Son auditoire : « Aujourd'hui cette parole de l'Ecriture, que vous venez d'entendre, est accomplie » (Luc 4:21). La vie et le ministère de Jésus inaugurèrent le royaume de Dieu. Dans sa lettre aux chrétiens de Rome, Paul parla du royaume en tant qu'une réalité présente (Romains 3:21).

En somme, ce royaume semble être là maintenant, et cependant comme devant apparaître aux « derniers jours ».

Les signes des temps

Jésus (ainsi que certains prophètes de l'Ancien Testament) a dit des choses qui ont souvent été interprétées comme «signes des temps », et comme évidence que les « derniers jours » avaient commencé. Le mot clé dans la phrase qui précède est « souvent ». En effet, des personnes sincères (y compris nous-mêmes) ont considéré des tendances alarmantes dans le monde où ils vivaient, et ont vu dans ces événements des signes indéniables de la fin prochaine du monde. Et jusqu'ici elles se sont trompées.

Ceux qui avaient la foi et l'espérance ont attendu anxieusement, pour voir finalement s'effondrer leurs espérances. Les événements mondiaux atteignirent leur paroxysme pour connaître à nouveau une accalmie. Oui, il y a des choses terribles et alarmantes qui se passent dans le monde aujourd'hui, mais ces choses-là sont-elles le signe de la fin du monde et du retour imminent de Jésus-Christ ? Nous devons être prudents. Jésus pourrait certainement revenir à notre époque. Nous espérons qu'Il le fera. Mais trop concentrer notre attention sur les signes des temps peut nous amener à des impasses spirituelles, et nous empêcher de bien comprendre ce que Jésus attend de Son peuple.

Nous devons nous garder de faire un mauvais usage des prophéties. L'Histoire est remplie d'exemples de personnes qui sont devenues obnubilées par «les signes des temps», et qui ont littéralement fait leurs bagages et sont montées sur une montagne pour attendre le retour du Seigneur.

La plupart d'entre nous n'iraient pas jusque-là. Et pourtant nous pouvons monter sur la montagne émotionnellement. Nous pouvons alors être tentés d'abandonner ce monde, nous contentant de le laisser aller à sa perdition, alors que nous attendons avec impatience la grandeur et la puissance qui vont bientôt être données aux fidèles. C'est une attitude égoïste et irresponsable, et c'est aussi mal représenter l'Evangile. Souvenez-vous des paroles de Christ à Ses disciples égocentriques et ambitieux. Son royaume consiste à servir chaque fois qu'on le peut. La Bible ne nous enseigne pas à nous préoccuper de la date du retour du Christ. Il viendra lorsque Dieu sera prêt. Il peut se permettre d'attendre. Il a l'éternité pour Lui.

Déjà et pourtant pas encore

Mais Jésus n'a pas besoin de vous attendre. Sa promesse du royaume - avec la paix, la façon de vivre qui lui sont propres, ainsi que la vie éternelle qui en découle - est disponible maintenant. Si vous le voulez.

« Que ton règne vienne » n'est pas seulement une prière pour le futur. C'est un appel à l'action IMMEDIATE.

« Depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu'à présent, le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s'en emparent »

(Matthieu 11:12).

Alors,mêmesile royaume n'est pas de ce monde, il est cependant dans ce monde. Pasentièrement,et quelquefoistrès imparfaitement,et pasautantqu'ille sera.Nousvivons sousunesortede tensionentrele « déjà » et le « pas encore ». Le temps n'est peut-être pas encore arrivé ou la vision d'Esaïe aura son accomplissement, lorsque « la terre sera remplie de la connaissance de l'Eternel comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent ». Mais les premières vagues clapotent déjà à nos pieds. Le royaume est là pour ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre.

« Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous », avait dit Jésus à Ses disciples la nuit avant Sa crucifixion. Il peut aussi venir vers vous. Il peut établir Son royaume là où vous êtes maintenant.

Alors, au lieu de vous détourner de ce monde avec tous ses maux, servez-le comme le fit votre Seigneur. Demandez-Lui de vivre Sa vie en vous. Comme les ambitieux fils de Zébédée, vous devez apprendre à servir.

L'engagement chrétien est un engagement que l'on prend envers les autres. Ce qui signifie être honnête, bon, attentionné et généreux, plaçant les besoins des autres au-dessus de ses propres besoins. Alors que le royaume est venu vers eux, les chrétiens qui se sentent concernés prient toujours encore «que ton règne vienne» pour les Rwandais, les Bosniaques, les sans-abri, les affamés, les malades, et les êtres humains analphabètes qui vivent encore dans l'ignorance et dans la crainte. Jésus-Christ met les citoyens de Son royaume à contribution pour servir les royaumes de ce monde.

Un jour le retour de Jésus-Christ sera un fait historique. Mais jusqu'à ce jour Il nous montre qu'Il est présent en oeuvrant en, et à travers, les citoyens de Son « royaume en attente ». Ceux-ci montrent par leur façon de vivre que pour eux l'attente est terminée.

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